‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 63 sur 106 · LÉ: G R-A ND M ELA CU NTENINENS · texte numérisé non relu

LÉ: G R-A ND M ELA CU NTENINENS

examens et une terrible chaleur dont la buée suffocante planait sur le pays sans qu’un souffle de vent la vint dissiper. La nuit n’apportait aucune fraicheur et par conséquent aucun répit à ce supplice. C’est durant cet insupportable mois de juin que je reçus la deuxième lettre du grand Meaulnes.

« Juin 189...

» Mon cher ami,

» Cette fois tout espoir est perdu. Je le sais depuis hier soir. La douleur, que je n’avais presque pas sentie tout de suite, monte depuis ce temps.

» Tous les soirs j’allais m’asseoir sur ce banc, guettant, réfléchissant, espérant malgré tout.

» Hier, après diner, la nuit était noire et étouffante. Des gens causaient sur le trottoir, sous les arbres. Au-dessus des noirs feuillages, verdis par les lumières, les appartements des seconds, des troisièmes étages étaient éclairés. Çà et là, une fenêtre que l'été avait ouverte toute grande. On voyait la lampe allumée sur la table, refoulant à peine autour d’elle la chaude obscurité de juin; on voyait presque jusqu’au fond de la pièce. Ah ! si la fenêtre noire d’Yvonne de Galais s'était allumée aussi, Rene osé, je crois, monter l'escalier, frapper, entrer.

» La jeune fille de qui je t’ai parlé était là encore, attendant comme moi. Je pensai qu’elle devait connaître Ja maison et je l’interrogeai:

PRPRRGRREAENNDENMUEvA U. LiN E:S5

»— Je sais, a-t-elle dit, qu’autrefois, dans cette maison, une jeune fille et'son frère venaient passer

- les vacances. Mais j'ai appris que le frère avait fui

le château de ses parents sans qu’on puisse jamais le retrouver, et la jeune fille s’est mariée. C’est ce qui vous explique que l’appartement soit fermé.

» Je suis parti. Au bout de dix pas mes pieds butaient sut le trottoir et je manquais tomber. La nuit — c’était la nuit dernière — lorsque enfin les enfants et les femmes se sont tus, dans les cours, pour me laisser dormir, j’ai commencé d’enténdre rouler les fiacres dans la rue. Ils ne passaient que de loin en loin. Mais quand l’un était passé, malgré moi, j'attendais l’autre: le grelot, les pas du cheval qui claquaient sur l’asphalte. Et cela répétait: c’est la ville déserte, ton amour perdu, la nuit interminable, l’été, la fièvre.

» Seurel, mon ami, je suis dans une grande détresse.

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