RG IR AND, ME AU LN ES
faite pour les raconter. J'étais cependant au comble du malaise. C’est que nous avions juré à Frantz le bohémien de le servir comme des frères et voici que l’occasion m'en était donnée...
Or, était-ce le moment de gâter la joie que j'allais potter à Meaulnes le lendemain matin, et de lui dire ce que je venais d’apprendre? À quoi bon le lancer dans une entreprise mille fois impossible? Nous avions en effet l’adresse de la jeune fille; mais où chercher le bohémien qui courait le monde ?.. Laissons les fous avec les fous, pensai-je. Delouche et Boujardon n’avaient pas tort. Que de mal nous 2 fait ce Frantz romanesque | Et je résolus de ne rien dire tant que je n'aurais pas vu mariés Augustin Meaulnes et Mile de Galais.
Cette résolution prise, il me restait encore l’impression pénible d’un mauvais présage — impression absurde que je chassai bien vite.
La chandelle était presque au-bout; un moustique vibrait; mais la tante Moinel, la tête penchée sous sa capote de velours qu’elle ne quittait que pour dormir, les coudes appuyés sur ses genoux, recommençait son histoire. Par moments, elle relevait brusquement la tête et me regardait pour connaitre mes impressions, ou peut-être pour voir si je ne m’endormais pas. À la fin, sournoisement, la tête sur l’oreiller, je fermai les yeux, faisant semblant de m’assoupir.
— Allons ! tu dors. fit-elle d’un ton plus sourd et un peu déçu.
la campagne, était bien la plus sèche et la plus désolée cour d’école abandonnée que j’aie jamais vue...
Dans le couloir compliqué où s’ouvraient quatre portes, je trouvai la mère de Meaulnes rapportant du jardin un gros paquet. de linge, qu’elle avait dû mettre sécher dès la première heure de cette longue matinée de vacances. Ses cheveux gris étaient à demi défaits; des mèches lui battaient la figure; son visage régulier sous sa coiffure ancienne était bouffi et fatigué, comme par une nuit de veille; et elle baïssait tristement la tête d’un air songeur.
Mais, m'apercevant soudain, elle me reconnut et sourit :
— Vous arrivez à temps, dit-elle. Voyez, je rentre le linge que j’ai fait sécher pour le départ d’Augustin. J'ai passé la nuit à régler ses comptes et à préparer ses affaires. Le train part à cinq heures, mais nous arriverons à tout apprêter…
On eût dit, tant elle montrait d’assurance, qu’ellemême avait pris cette décision. Or, sans doute ignoraitelle même où Meaulnes devait aller.
— Montez, dit-elle, vous le trouverez dans la mairie, en train d'écrire.
En hôte je grimpai l’escalier, ouvris la porte de droite où l’on avait laissé l’écriteau Mairie, et me trouvai dans une grande salle à quatre fenêtres, deux sur le bourg, deux sur la campagne, ornée aux murs des portraits jaunis des présidents Grévy et Carnot. Sur une longue estrade qui tenait tout le fond de la