‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 76 sur 106 · DR COR A ND ME À ÙU L N ES · texte numérisé non relu

DR COR A ND ME À ÙU L N ES

salle, il y avait encore, devant une table à tapis vert, les chaises des conseillers municipaux. Au centre, assis sur un vieux fauteuil qui était celui du maire, Meaulnes écrivait, trempant sa plume au fond d’un encrier de faïence démodé, en forme de cœur. Dans ce lieu qui semblait fait pour quelque rentier de village, Meaulnes se retirait, quand il ne battait pas la contrée, durant les longues vacances.

Il se leva, dès qu’il m’eut reconnu, mais non pas avec la précipitation que j'avais imaginée :

— Seurel! dit-il seulement, d’un air de profond étonnement.

C'était le même grand gars au visage osseux, à la tête rasée. Une moustache inculte commençait à lui traîner sur les lèvres. Toujours ce même regard loyal... Mais sur l’ardeur des années passées, on croyait voir comme un voile de brume, que par instants sa grande passion de jadis dissipait…

Il paraissait très troublé de me voir. D’un bond j'étais monté sur l’estrade. Mais, chose étrange à dire, il ne songea pas même à me tendre la main. Il s'était tourné vers moi, les mains derrière le dos, appuyé contre la table, renversé en arrière, et l’air profondément gêné. Déjà, me regardant sans me voir, il était absorbé par ce qu’il allait me dire. Comme autrefois et comme toujours, homme lent à commencer de parler, ainsi que sont les solitaires, les chasseurs et les hommes d'aventures, il avait pris une décision sans se soucier des mots qu'il faudrait pour l'expliquer. Et maintenant

PERS RR ANS DS MeEVANUS L'N E S

Assis sut une chaise de l’estrade, la tête basse, l’écoutant sans le regarder, je ne savais que penser de ces explications obscures :

— Enfin, dis-je, Meaulnes, explique-toi mieux! Pourquoi ce long voyage ? As-tu quelque faute à réparer ? Une promesse à tenir ?

— Eh bien! oui, répondit-il. Tu te souviens de cette promesse que j'avais faite à Frantz ?...

— Ah! fis-je soulagé, il ne s’agit que de cela ?...

— De cela. Et peut-être aussi d’une faute à réparer. Les deux en même temps...

Suivit un moment de silence pendant lequel je décidai de commencer à parler et préparai mes mots...

— Il n’y à qu’une explication à laquelle je croie, dit-il encore. Certes, j'aurais voulu revoir une fois Mie de Galais, seulement la revoir. Mais, j’en suis persuadé maintenant, lorsque j'avais découvert le Domaine sans nom, j'étais à une hauteur, à un degré de perfection et de pureté que je n’atteindrai jamais plus. Dans la mort seulement, comme je te l’écrivais un jour, je retrouverai peut-être la beauté de ce temps-là...

Il changea de ton pour reprendre avec une animation étrange, en se rapprochant de moi:

— Mais, écoute, Seurel! Cette intrigue nouvelle et ce grand voyage, cette faute que j’ai commise et qu’il faut réparer, c’est, en un sens, mon ancienne aventure qui se poursuit...

Un temps pendant lequel péniblement ilessaya de ressaisirses souvenirs. J’avais manqué l’occasion précédente.

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