‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 92 sur 106 · LE GRAN D M EC · texte numérisé non relu

LE GRAN D M EC

M. de Galais, accroupi dans un coin, nous tournant …

le dos, est en chaussettes, sans souliers, et il fouille avec une terrible obstination dans des tiroirs en désordre, arrachés d’une armoire. Il en sort de temps à autre, avec une crise de sanglots qui lui secoue les épaules comme une crise de rire, une photographie ancienne, déjà jaunie, de sa fille.

L’enterrement est pour midi. Le médecin craint la décomposition rapide, qui suit parfois les embolies. C’est pourquoi le visage, comme tout le corps d’ailleurs, est entouré d’ouate imbibée de phénol.

L’habillage terminé — on lui a mis son admirable robe de velours bleu sombre, semée par endroits de petites étoiles d’argent, mais il à fallu aplatir et friper les belles manches à gigot maintenant démodées — au moment de faire monter le cercueil, on s’est aperçu qu’il ne pourrait pas tourner dans le couloir trop étroit. Il faudrait avec une corde le hisser du dehors par la

fenêtre et de la même façon le faire descendre ensuite...

Mais M. de Galais, toujours penché sur de vieilles choses parmi lesquelles il cherche on ne sait quels souvenirs perdus, intervient alors avec une véhémence terrible.

— Plutôt, dit-il d’une voix coupée par les larmes et la colère, plutôt que de laisser faire une chose aussi affreuse, c’est moi qui la prendrai et la descendrai dans mes bras...

Et il ferait ainsi, au risque de tomber en faiblesse, à mi-chemin, et de s’écrouler avec elle!

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