‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 97 sur 106 · LE GR AN D M EA D · texte numérisé non relu

LE GR AN D M EA D

je suis trop décolletée. » Et elle s’est enveloppée dans

son écharpe. En effet, sous le carré de dentelle noire,

on voyait que, dans sa hâte à changer de toilette, elle avait refoulé le haut de sa simple chemise montante.

Il y a en elle je ne sais quoi de pauvre et de puéril; il y a dans son regard je ne sais quel air souffrant et hasardeux qui m’attire. Près d’elle, le seul être au monde qui ait pu me renseigner sur les gens du Domaine, je ne cesse de penser à mon étrange aventure de jadis...

’ai voulu l’interroger de nouveau sur le petit hôtel du boulevard. Mais à son tour, elle m’a posé des questions si gênantes que je n’ai su rien répondre. Je sens que désormais nous serons, tous les deux, muets sur ce sujet. Et pourtant je sais aussi que je la reverrai. À quoi bon ? Et pourquoi? Suis-je condamné maintenant à suivre à la trace tout être qui portera en soi le plus vague, le plus lointain relent de mon aventure marquée 7...

À minuit, seul, dans la rue déserte, je me demande ce que me veut cette nouvelle et bizarre histoire. Je marche le long des.maisons pareilles à des boîtes en carton alignées, dans lesquelles tout un peuple dort. Et je me souviens tout à coup d’une décision que j'avais prise l’autre mois: j’avais résolu d’aller là-bas en pleine nuit, vers une heure du matin, de contourner l’hôtel, d’ouvrir la porte du jardin, d’entrer comme un voleur et de chercher un indice quelconque qui me

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