‹ Le grand menteur [microforme]Chapitre 15 sur 21 · LES · texte numérisé non relu

LES

La leçon du charretier

C’est un avocat qui parle. Il raconte la leçon que lui donna un jour un pauvre charretier de campagne.

Je revenais, dit-il, il y a quelques années, de la campagne où j'avais été appelé pour quelques affaires.

Je dus prendre, pour revenir en ville, une charrette branlante. Elle était attelée d’un seul cheval qui allait au pas. La route était cahoteuse, et le banc formé d’une simple planche mal rabotée. A mi-chemin, je descendis près du charretier, et je me mis à suive à pied comme lui.

Ce charretier était un homme encore jeune.

Son apparence annonçait cette santé robuste, qui est le salaire d’une bonne conscience. J'appris bientôt qu’il possédait quelques arpents de terre qu'il cultivait tout en exerçant son métier.

Il était à me raconter l’histoire de son petit domaine, comme il appelait en riant ses quelques arpents de terre, quand nous fûmes croisés sur la route par un homme pauvrement vêtu, courbé, dont les cheveux grisonnants retombaicnt en désordre sur son visage bourgeonné. En passant près de nous, il chancela. Ce qui ne l’empêcha pas de saluer le charretier avec la chaleur de l'ivresse. Le voiturier répondit d’un ton de familiarité q' i me surprit.

—C’est un de vos amis ? demandai-je, quand il fut éloigné.

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—Cet homme-là, monsieur, répéta-t-il, c'est mon bienfaiteur et mon maître.

Je le regardai tout surpris.

—Ça vous étonne, reprit le charretier, en riant. C'est pourtant la vérité. Seulement, le malheureux ne s’est jamais douté de la chose. Il faut vous dire que J. P. est un de mes camarades d’enfanc-. Nos parents étaient voisins. Nous avons fait notre première communion ensemble. Nous nous éloignâmes ensuite quelque peu. La Providence finit par nous mettre engagés chez le même cultivateur. Le premier jour, au moment de partir pour le travail, J. P. et les autres s'arrêtèrent à la buvette pour prendre un coup. Je restai à la porte sans trop savoir ce que je devais faire. Ils m’appelèrent tous.

—N'a-t-il pas peur que ça le ruine ! s’écria P., en se moquant. Cinq centins d’économisés! Il eroit peut-être que ça va le rendre millionnaire !

Les autres se mirent à rire aux éclats. J'eus honte et j’entrai boire avec eux.

Cependant, arrivé au champ, je commençai à ruminer ce que P. avait dit. Le prix de ce coup était, dans le fait, peu de choses, mais répété chaque jour il finissait par produire une vingtaine de piastres par année! Je me mis à calculer tout :e que je pourrais avoir avec cette somme.

820 par année, me dis-je en moi-même, c’est, quand on est en ménage, une chambre de plus au logement, c'est-à-dire l’aisance pour la femme,

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la santé pour les enfants, la bonne humeur pour le mari.

C’est le bois de l'hiver, et le moyen d’avoir du soleil à domicile quand il n’y a que de la neige au dehors.

C'est la moitié du prix d’une vache dont le lait augmente le bien-être du ménage.

C'est de quoi payer l’école où les enfants apprennent à lire et à écrire.

Ces calculs et ces réflexions me décidèrent.

Je laissai de côté la honte qui m'avait fait céder une fois aux sollicitations de P. J'épargnai sur mes premiers gains ce qu’il m'aurait fait dépenser à la buvette, et bientôt je pus, en payant un acompte, avoir un cheval et une voiture.

Depuis, j'ai toujours continué à calculer chaque dépense, et à ne négliger aucune économie, tandis que P. persévérait, de son côté, dans ce qu'il appelle la vie des bons enfants, Vous voyez où cela nous a conduit tous deux. Les baillons du pauvre homme, sa vieillesse avant l’âge, le mépris des honnêtes gens, et mon aisance, ma santé, ma bonne réputation, tout vient d’une habitude prise. Sa misère, c’est le coup qu'il prend en se levant, comme mes joies sont les cinq centins que j'épargne chaque matin.

N'est-ce pas que ce pauvre charretier de campagne avait plus de vraie philosophie que bien des gros messieurs de la ville.

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Exemple à suivre

C'était la veille du premier janvier.

Ce jour-là, les ouvriers ne travaillent pas dans l'après-midi. Le patron leur donne un demicongé afin qu'ils puissent eux aussi faire leurs modestes achats pour le lendemain.

Avant de retourner dans leurs foyers, les ouvriers se réunirent dans la grande salle d'atelier et tous se dirigèrent vers la maison du patron. Ils voulaient lui offrir leurs vœux pour l’an nouveau.

Là, le premier contremattre prit la parole et tourna un joli compliment à celui qui leur donnait le travail journalier.

Le patron, ému de cette démarche spontznée, balbutia quelques remerciements.

Puis il offrit d'excellents cigares à ses chers ouvriers. Ne soyez pas surpris, leur dit-il, si je ne vous offre pas de boisson. Je me dois de vous donner l'exemple.

Les ouvriers, loin d’être froissés, applaudirent joyeusement à cette déclaration du patron. Et chacun regagna son foyer le cœur content et la tête légère.

Ceci s’est passé il n’y a pas encore un an chez un patron qui a son établissement pas très loin d'ici. Et vous trouverez encore le trait plus beau quand je vous dirai que le patron en question est un député... Vous savez que les députés, d'ordinaire, ne se fout pas prier pour offrir la traite.

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Pas de différence

Il y a quelques années, je me trouvais dans le burer d'un manufacturier de Québec, qui emploir . l’année des centaines d'ouvriers, lorsqu'un jeune homme se présenta pour obtenir de l'ouvrage. La première question que lui posa le manufacturier fut :

—Faites-ous usage de boisson ?

Sur la réponse négative du jeune ouvrier, il fut engagé à un bon salaire.

Lorsque le solliciteur se fut retiré, le patron m'expliqua qu'il ne gardait jamais d'ouvriers ivrognes. Dans mon genre d'industrie, ajoutat-il, il suffit d’un ouvrier ivrogne ou buveur pour gâter tous les autres.

Ces jou’s derniers, me trouvant chez le même maz'iacturier, j'assistai à un nouveau colloque entre le patron et un ouvrier en quête d'ouvrage.

Cette fois, la question ne fut pas tout à fait la même :

-—Fréquentez-vous les buvettes, dit le manufacturier ?

Cette légère nuance dans son interrogatoire me frappa et je lui fis part de mon étonnement.

—L'expérience m’a fait changer ma manière de voir, me dit-il. Je ne fais pas de différence maintenant entre un ouvrier ivrogne et un ouvrier qui fréquente les buvettes ou prend un coup sans se déranger. Fatalement, le buveur modéré, c'est-à-dire l'individu qui prend deux ou trois eoups par jour, devient ivrogne. Ce n’est qu’une

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question d'années ou même de mois. Je préfère ne pas le prendre à mon emploi afin de ne pas j être obligé de le congédier dans un avenir plus (é ou moins rapproché.

La théorie du manufacturier québecois est ÿ absolument vraie et juste. 1 Vous rencontrerez souvent des individus qui | vous diront :

—Moi, je prends un coup mais je ne me él dérange jamais. !

Suivez bien ces imprudents et vous constaterez, s quatre-vingts fois sur cent, qu’au bout de deux ou trois ans ils sont devenus des ivrognes avérés. hi N'oubliez pas, en effet, que tous les ivrognes, #4 vous entendez bien TOUS, ont d’abord été des | buveurs modérés. tf Donc, si vous ne voulez pas vous exposer à

Li devenir ivrogne ou alcoolique, soyez abstinent. 1 à E 4 £ !

| î Supprimons la cause x | 1 sf | Si on veut résoudre la question sociale, il faut ! : soustraire la classe ouvrière à l'influence de la ! buvette. On peut augmenter les salaires, dimi- 1]

nuer les heures de travail, fonder des caisses de :

retraites, établir cent institutions, soi-disant au ‘

profit des ouvriers, les débits de boissons seuls Ï

s’enrichiront de ces mesures.

Il n’y aurait qu’un moyen de supprimer toute cette misère : ce serait d'en faire disparaître la j euuse unique. 4

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Préserve-t-il des maladies contagieuses ‘’

L'alcool préserve-t-il des maladies contagieuses ?

Les maladies contagieuses sont causées par des êtres vivants, infiniments petits, visibles seulement au microscope, et nommés microbes. Telles sont : la variole, la diphtérie, la fièvre typhoïde, le choléra, et surtout la tuberculose ou consomption qui fait tant de victimes parmi nous chaque année. Or, pour résister victorieusement à tous ces germes malfaisants qui nous environnent et qui pénètrent dans notre organisme, soit par l’air que nous respirons, soit par notre peau, soit mêlés à nos aliments, il faut surtout être robuste et en bonne santé. Les gens affaiblis offrent aux microbes un terrain favorable, c’est-à-dire que leur organisme est incapable de résister aux mauvais germes, qui s'installent en maîtres et produisent de terribles maladies trop souvent mortelles.

Le corps des buveurs est un terrain éminemment favorable aux microbes, à cause de l’affaiblissement produit par l’alcool. Aussi les alcooliques forment-ils la plus grande partie des victimes des maladies contagieuses. Ce sont les alcooliques qui sont frappés les premiers dans les épidémies de choléra ou de fièvre typhotde, par exemple, ce sont eux aussi qui sont le plus souvent atteints par la terrible tuberculose.

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Dans le choléra de 1832, à New-York, les quatre-cinquièmes des victimes furent des gens qui avaient coutume de s’enivrer.

En 1848-49, le choléra ravagea Glasgow. Le docteur Adam constata alors que parmi les gens sobres et tempérants, sur cent malades, dix-neuf seulement en mouraient, tandis que sur cent malades, ivrognes avérés, quatre-vingt-onze succombaient.

Lors de la grande épidémie de choléra en Belgique en 1866, les médecins des hôpitaux remarquèrent que le nombre des malades était beaucoup plus considérable le mardi et le mercredi de chaque semaine. Pourquoi? Parce qu’en Belgique la plupart des ouvriers passent le dimanche et le lundi à boire.

Pendant le choléra qui régna en Bretagne en 1885, on fit à peu près la même constatation. « Les personnes frappées par l'épidémie, dit le

. docteur Proust, étaient pour le plus grand nombre

des alcooliques ».

Le docteur Crocq a observé, pendant l'épidémie de choléra de 1892, qu’à Molenbeek-Saint-Jean, village de Belgique, à part une femme et une jeune fille, tous les autres cholériques s’adonnaient à la boisson.

Un journaliste américain, M. Stanhope, qui, à la même époque, passa ses jours et ses nuits dans les hôpitaux de Hambourg, dévasté par le choléra, écrivait à son journal, le New-York

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Herald : « Tous les alcoolisés succombent à la maladie ».

Le docteur Gibert déclare que les affections scrofuleuses, autrefois presque inconnues au Hâvre, y sont actuellement fréquentes. La seule cause de ce fait, dit-il, est l’alcool.

Les faits qui précèdent prouvent hors de tout doute que l’alcool n’est pas un préservatif contre les maladies épidémiques.

En Hollande, six cents médecins ont signé la déclaration uivante : « C’est une grave erreur de croire que ceux qui font usage habituel d’alcool offrent plus de résistance à la contagion, surtout dans les épidémies de choléra et de fièvres ; l'expérience a prouvé tout le contraire ».

Le célèbre docteur Bunge, professeur de physiologie à l’université de Bâle, a écrit à ce sujet :

« Il est vrai que l'alcool tue les microbes du choléra, mais pour cela il doit être très concentré. On se tuerait donc à force de boire avant d’avoir désinfecté son tube digestif par des boissons alcooliques. Le meilleur préservatif est le suc normal de l’estomac. Il faut donc éviter tout ce qui dérange la sécrétion normale de cet organe, et surtout ce qui dilue le suc gastrique. L'’ingestion des boissons alcooliques, ajoute-t-il, dérange la digestion, arrête la sécrétion du suc gastrique et diminue par la dilution sa puissance désinfectante ».

Misère et turpitude

Les tièdes et les endormis accusent presque les amis de la tempérance d’exagération et de rêve quand ceux-ci attribuent à l’alcool Presque uniquement, les cas de misère et de turpitude si nombreux dans les grandes villes.

Il existe à Paris une œuvre admirable, l'Union française pour le sauvetage de l'enfance. Elle publie de temps à autre un Bulletin où elle rend compte à ses membres des sauvetages opérés par ses soins.

Jetez un coup d’œil sur son dernier Bulletin:

Blanche L. :'e À Paris le 8 décembre 19..

Les parents buvent tous les deux. Querelles fréquentes dans le ménage qui dégénèrent en échange de coups.

Louise H. née À Clichy le 23 mai 19.. Recueillie avec quatre de ses frères et sœurs. Le père, ivrogne incorrigible, est disparu.

Armand M. né à C.. le 14 août 19.. Recueilli en même temps que sa sœur et ses trois frères. Le père paresseux et ivrogne.

Cécile R. née à Paris le 19 juillet 19.. La mère était une ivrognesse. On la rencontrait souvent ivre dans les rues hors d'état de rentrer chez elle.

Berthe S. née À Paris le 20 septembre 19.. La mère est morte et le père est ivrogne.

Albertine B. née à Paris le 27 janvier 19.. La mère a disparu. On la rencontrait souvent dans

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les bars. Le père était presque constamment en état d'ivresse.

Calixte B. né à Paris le 8 juillet 19.. La mère ivrognesse. Boit jusqu’à rouler par terre. Le père est aussi ivrogne.

Lucien J. né à Paris le 13 février 19.. L’ivrognerie du père a poussé la mère à fuir le toit conjugal. Elle y a oublié ses enfants.

Berthe R. née le 8 avril 19.. Abandonnée par son père, ivrogne et paresseux.

Octave F. né le 22 juillet 19.. Employé à la mendicité par ses parents, ivrognes, vivant de rapines.

Eugénie B. née le 16 janv':r 19.. Parents alcooliques. Leur unique chambre était un repaire de vices.

René N. né à E... le 29 octobre 19.. Elevé par sa grand’ mère, ivrognesse incorrigible.

Marcel B. né à Paris le 16 octobre 19.. L’alcool a été la ruine de son père, qui battait femme et enfants.

Xavier B. né à E... le 29 octobre 19.. Maltraité par son père, ivrogne brutal et paresseux.

Je pourrais continuer comme cela indéfiniment.

Qu'est-il besoin, d’ailleurs, d’aller chercher ailleurs des exemples pour illustrer nos préceptes ? On n’a qu’à regarder autour de soi. Les trois quarts des cas de misère que nous avons ici ne sont-ils pas causés par l’alcoo!l ?

Faisons donc la guerre à ce poison.

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Mère sans esprit

A Saint-S... de Q..., l’autre jour, toute une famille était réunie pour saluer le départ d’un parent qui s'éloignait du pays pour deux ou trois ans.

Comme de raison, les carafes étaient sur la table et il fallut leur donner plusieurs accolades.

Dans certaines familles on ne peut recevoir un étranger ou un parent sans lui offrir un coup. Le contraire serait insulter gravement l’hôte de la maison. Quelle dangereuse aberration !

Tout à coup, l’un des enfants s’imagina de dire :

Tiens, maman, mais regarde donc Petit-Louis, il veut un coup lui aussi.

Louis, c’est le cadet de la famille, un bébé de quelques mois.

La mère aveugle, ne voulant pas faire de jaloux, versa le contenu d’une cuiller à thé de rye dans un verre et l’administra à l’enfant.

Trois minutes plus tard, le bébé était mort.

Deux médecins appelés en toute hâte déclarèrent que les quelques gouttes d'alcool qu’on lui avait fait prendre l’avaient tué.

Cette mère est bien coupable. Mais croit-on que le fait est rare ?

Sans doute, les mères qui commettent l’insigne folie de donner de l’alcool à leurs enfants ne les voient pas mourir tout de suite comme cette femme de Saint-S.... Mais qui leur dit que les convulsions ou les autres maladies dont ils sont

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atteints quelques jours ou même quelques semaines plus tard ne sont pas caus‘ :3 par l’alcool absorbé ?

Les médecins sont unanimes là-dessus : jamais, jamais d’alcool aux enfants.

Une petite comparaison

Le pain ést un objet de consommation dont personne ne niera la nécessité. Il n’y a pas une maison où il n’entre, chaque semaine, trois, quatre, cinq et même six pains. En un mot, tous mangent du pain, À part les très petits enfants.

Pour satisfaire aux besoins d’une population de 8000 âmes, il y a à L.... six boulangers.

On a prétendu que l’alcool était un aliment.

Il est prouvé aujourd’hui que l’alcool n’est pas du tout nécessaire à l’homme, à part quelques cas très rares. La boisson est donc un objet de luxe, une chose non nécessaire.

Et cependant pour satisfaire non pas les besoins mais la gourmandise d’une population de 8000 âmes on a six buvettes, une douzaine d’épiceries licenciées et deux établissements d’embouteilleurs de bière.

N'y a-t-il pas là une comparaison de nature à humilier ceux qui veulent réfléchir quelque peu ?

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L'éternelle cause

M. René Dupont, agent d'émigration pour le département de l’Intérieur, se livre en ce moment à une enquête sur les causes qui forcent, chaque année, un si grand nombre de Canadiens-français à émigrer aux Etats-Unis.

M. Dupont a soumis un questionnaire à la plupart des curés de la province de Québec.

Déjà, un grand nombre de curés ont répondu à M. Dupont. La plupart d’entre eux attribuent l’'émigration des nôtres dans la république voisine à deux causes principales : l’incurie et l’ivrognerie.

Que de choses tristes on découvrirait si on voulait une bonne fois tenir une enquête sérieuse et approfondie sur les désastres causés par l’ivrognerie et l’alcoolisme !

Qu'on relise les enquêtes tenues par les coroners dans les différentes parties de la Province et on constatera que cinquante pour cent des morts violentes ont pour cause l’alcool !

Qu'on fasse parler les membres des Conférences Saint-Vincent de Paul et on apprendra que plus des trois quarts des familles abandonnées soutenues par ces admirables sociétés ont eu pour chefs des ivrognes ou des alcooliques !

Egalement, qu’on relève les médecins du secret professionnel et on apprendra que l’alcool es au fond d’une bonne moitié des maladies qu’ils sont appelés à soigner !

Et le prêtre donc s’il pouvait parler! N'est-il pas vrai que la plupart des cas de misères, de tristesses, de chicanes, de désunions qu'oa vient lui soumettre ont pour unique agent le maudit alcool !

Autrefois, lorsqu'un crime était commis, on disait souvent : cherchez la femme. Aujourd’hui, pour trouver la cause de toute chose triste, on peut presque dire à coup sûr : cherchez l’alcool.

Elles ne font pas tant de mal

Les buvettes ne font pas tant de mal qu’on le dit, prétendent les suppôts de comptoirs.

La « Westminster Gazette » donnait, l’année dernière, une statistique péremptoire au sujet de la fermeture des buvettes.

À Glasgow, en Ecosse, les buvettes sont fermées de huit heures du matin le dimanche à huit heures du matin le lundi. La moyenne des arrestations pendant ces vingt-quatre heures est de huit. Le contraste est frappant avec les autres jours de la semaine. Le samedi, par exemple, on fait une moyenne de cent soixantedix arrestations. Les autres jours de la semaine on se contente d’une cinquantaine d’arrestations.

Les nombreuses arrestations du samedi s’expliquent par le fait qu’on fait la paye ce jour-là à Glasgow.

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Pleure-t-on de joie ?

Rendu au milieu de la vie, je n'avais jamais vu pleurer de joie. Je commençais à croire que cette expression avait été inventée par les maîtres de la plume qui aiment à écrire des phrases à effet.

Je suis convaincu maintenant que la chose existe puisque je l’ai vu de mes propres yeux.

Oui, j'ai vu pleurer de joie! Et celle que j'ai vu ainsi verser de si abondantes et joyeuses larmes c’est une femme qui est venue me remercier de l’humble part que j'ai prise au maintien du règlement de fermeture des buvettes à dix heures.

Ah! qu’elles m'ont fait du bien au cœur ces larmes! Tiens, je vous l’avoue, elles m'ont fait pleurer moi aussi, et de joie, naturellement.

Celle que j'ai vue, hier soir, avait un mari adonné à la boisson. Pendant dix ans, il avait littéralement vécu à la buvette. Après son travail, il prenait son souper à la course, puis courait à la buvette d’où il revenait à minuit, souvent plus tard, ivre, tempêtant et jurant. Son salaire, il va sans dire, allait en grande partie chez le mastroquet.

Or, au mois de mai, lorsque le règlement de fermeture fut mis en vigueur, l’ouvrier cessa Presque tout à coup de fréquenter la buvette. Il prenait encore un coup de temps en temps mais il passait ses soirées à la maison. Et la

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pauvre femme m'a avoué que, au cours des mois de mai et juin, elle a goûté plus de bonheur que pendant ses treize ans de ménage.

Quand la € tolérance » est arrivée, la pauvrette a commencé À trembler pour son bonheur.

Pensez donc si son mari avait succombé à la tentation !

Mais, non, la crise est passée. De nouveau, elles sont fermées les buvettes et cette fois pour longtemps.

Oh ! qu'il était sincère le merci de cette femme de cœur! J'aurais voulu voir là, à côté de moi, tous les échevins de L.... Il me semble qu'ils auraient pleuré de joie eux aussi.

Raisonnement boîteux

—Il est bien vrai que XX tient son hôtel de façon déplorable. Il donne à boire à qui en demande, la nuit comme le jour. Il permet même le jeu de carte. Mais il n’est pas possible de lui ôter sa licence, parce que son hôtel est le rendez-vous de tous les voyageurs.

Voilà un raisonnement boîteux !

Mais c’est précisément parce que l’hôtel de XX est toujours rempli de voyageurs qu'on doit lui enlever sa licence s’il n’observe pas la loi. Il est clair comme le jour que plus il recevra de monde plus il fera de mal.

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