‹ Le grand menteur [microforme]Chapitre 16 sur 21 · LUE LA, A · texte numérisé non relu

LUE LA, A

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Pourquoi on doit se protéger

Tard dans l'automne de 18.., trois grandes maisons du village de Saint-R. étaient détruites par un incendie, au milieu de la nuit. Comme conséquence de cet incendie, douze familles qui n'avaient pour tout bien que leurs modestes ménages se trouvaient sur le pavé à la veille de l'hiver. Pas une d'elles n'avait un sou d’assurances.

Quelle était la cause de la ruine de ces pauvres gens ?

Une couple d'heures avant l'incendie, Xavier B., un des locataires en question, rentrait rhez lui, ivre, à peine capable de se diriger. Il avait bu toute la journée dans une buvette des environs.

B. avait le vin malin. En arrivant chez lui, il avait mis sa femme et ses enfants à la porte. Et c'est en se servant d’une lampe à pétrole, déposée sur une petite table, que l’ivrogne mit le feu à son logis.

Ces trois maisons appartenaient au même propriétaire, un petit rentier, et elles n'étaient assurées que pour quelques centaines de piastres. Le propriétaire se trouva donc ruiné comme ses malheureux locataires.

L'honnête rentier eut ce jour-là une leçon qui lui coûta bien chère. Plusieurs fois les amis de la tempérance lui avaient demandé de signer une requête pour faire disparaître de la paroisse la buvette, cause de tant de désordres. Le rentier

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ne faisait pas usage de boisson, mais il soutenait la théorie qu'on n’a pas le droit de rendre les gens sobres malgré eux. La buvette, disait-il, ne va chercher personne. N'y entrent que ceux qui le veulent bien.

Le pauvre vieux oubliait que la société a autant le droit de se protéger contre les ivrognes et les alcooliques que contre les fous qu'elle enferme Cans les asiles.

Il voit aujourd’hui le résultat de sa fausse théorie, mais il est trop tard pour y remédier.

Effrayante constatation

Un médecin français a étudié 215 familles alcooliques, ayant fourni 814 descendants, répartis en trois générations. Résultat : 427 devenus alcooliques, 60 p. c. ayant des signes de dégénérescence, 14 p. c. épileptiques, 19 p. c. fous.

Ces statistiques, fournies par un médecin, par un homme très compétent par conséquent, sont de nature, il semble, à faire réfléchir ceux qui favorisent d’une manière ou d’une autre les débits de boisson.

L’alcoolisme est un fléau national, on le sait. Comment se fait-il done que tous les bons citoyens ne se coalisent pas pour l’enrayer et le détruire ?

Armes à deux tranchants

—X, qui veut avoir une licence d'hôtel cette année, est venu me prier de signer son « blanc de licence.» J'ai dû me rendre à sa prière.

X est un de mes bons clients et si je l'avais refusé j'aurais perdu sa pratique.

—Savez-vous que c'est une arme à deux tranchants dont vous vous servez là. Il y a maintenant dans notre ville un parti qui grossit tous les jours et qui est absolument opposé à l’augmentation des licences. Plusieurs des membres de ce parti ou de cette ligue sont aussi de vos bons clients. Que diriez-vous s’il y avait entente entre ces amis de la tempérance pour n’encourager que ceux qui essaient de diminuer les ravages de l’alcool ?

—Cette façon d'agir ne donnerait pas « fair play ».

—Et pourquoi? Puisque les hôteliers mettent le couteau sur la gorge de leurs fournisseurs et leur dis t : « Signez ou nous n’achetons plus », pouro"i les honnêtes gens, de leur côté, ne se ligueraient-ils pas pour encourager les marchands, les industriels, etc., qui auront l'énergie de refuser de signer les « blancs de licence » de ceux qui ne le méritent pas ?

Commentaires inutiles

Il y a quelques années, une importante revue d'assurances des Etats-Unis, The Insurance News, posa la question suivante à quarante-deux compagnies d’assurances sur la vie et associations de secours mutuels :

«RÈGLE GÉNÉRALE, CONSIDÉREZ- VOUS L’INDIVIDU QUI FAIT UN USAGE HABITUEL DE LIQUEURS ENIVRANTES, COMME UN AUSSI BON RISQUE QUE CELUI QUI N’EN PREND PAS DU TOUT » ?

Les réponses ne tardèrent pas à arriver. Une seule était dubitative. Toutes les autres étaient absolument contre l’alcool. Ces réponses sont si intéressantes que je les reproduis ici sans commentaires :

Ætna Life—Non. L'usage de l'alcool affaiblit le système et abrège la vie.

Alpha Life—Non. Les liqueurs. ruinent la santé.

American Legion of Honor.—Non. Les statistiques démontrent que c’est un mauvais risque.

Banker’s Life.—Non, parce que l’usage finit par l'abus. :

Berkshire Life.—Non. Les boissons enivrantes détruisent la santé.

Broklyn Life.—Non.

Chanango Mutual Benefit.—Non. Kend le risque dangereux dans les maladies à l’état aigu.

Citizen’s Mutual Life—Non. Les abstinents sont des risques plus désirables.

Covenant Mutual Life—Non. L'abus fait tort au système et abrège la vie.

Dominion Life.—Non. Affaiblit la constitution et la rend incapable de résister à la maladie.

Equal Rights Life Association.—Non.

Equitable Life and Endowment Association.— Non. Boire diminue la vitalité et rend plus incapable de repousser les maladies.

Fidelity Mutual Life Association.— Non.

Moins de vitalité et pouvoir de se récupérer.

Hartford Life.—Non. L'usage même modéré est la fondation des maladies.

Home Friendly Society.—Non. La mortalité est beaucoup plus grande.

Knights of the Maccabees.—Non. Boire abrège la vie.

Knights Templar and Masons Life Indemnity.

—Non. L'alcool diminue le pouvoir de repousser les maladies.

Knights Templar and Masonic Mutual Aid Association.—Non. L’abstinence est un meilleur risque.

Manhattan Life.—Cela dépend de la quantité prise.

Manufacturers Temperance and General Life.

—Non. L'expérience démontre que la longévité des abstinents est plus grande.

Masonic Life Association of Western New- York.—Non, 22 ans d'expérience nous enseigner. t que l’alcool abrège la vie.

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Massachusetts Mutual Life—Non. Boire produit des changements dans l'organisme. L'alcool diminue la longévité probable de près des deux-tiers.

Michigan Mutual.—Non. L'usage des liqueurs est dangereux pour la santé et diminue la longévité.

Mutual Life.—Non.

New-York Life.—Non.

Odd Fellows Mutual Benefit Society.—Non.

Order of Scottish Clans.—Non. Celui qui en fait usage est plus facilement atteint par le rhume, les bronchites, etc.

Pacific Mutual Life—Non. Cela prédispose aux maladies.

Protective Life Association.—Non. Boire diminue la résistance aux maladies.

Provident Savings Life Assurance Society.— Non. Abrège la longévité probable.

Register Life and Annuity.—Non.

Royal Templars of Temperance.—Non. La mortalité est beaucoup moins forte parmi les abstinents.

Royal Union Mutual Life—Non. L'usage dégénère trop souvent en abus.

Security Mutual Life—Non. L'alcool abrège la vie.

Sun Life.—-Non. Les liqueurs attaquent la constitution. L’usage a une tendance à augmenter.

Union Central Life—Non. L'usage abrège la vie.

Provincial Provident Institution.—Non. Diminue la résistance aux maladies et facilite les accidents.

Union Life.—Non.

Union Mutual Life—Non. L'usage dégénère souvent en abus.

United States Life.—Non. L'usage affecte le cœur, l’estomac, le foie et le rein.

Washington Life.—Dépend de l’âge et de la quantité.

Les commentaires, comme on le voit, sont inutiles. |

Pas autre chose qu’un poison

Tous les médecins et les savants s'accordent à déclarer que l’alcool est un poison.

« L'alcool, dit M. Coste, est un poison. Il peut tuer en quelques minutes un homme ou un animal pourvu que la dose soit suffisante ».

M. Guy Patin dit à son tour : « Eau @e vie... eau de mort! Si elle fait vivre ceux qui en vendent, elle tue ceux qui en boivent ».

« L'alcool, déclare le docteur Petit, est bien un poison par lui-même et sous toutes ses formes.»

« Tous le: alcools sont des poisons, affirment les docteurs Legrain et Pérès, même l’alcool bon goût, l’alcool de vin. Les alcools de grain sont également des poisons violents ».

Liberté à tous, non

Celui-là, je l’avais rencontré l’hiver dernier, lors des élections municipales. Je lui avait demandé de voter pour un candidat favorable à la règlementation du commerce des boissons. Il m'avait répondu assez rudement.

Il avait son idée à lui sur la question de tempérance. Il prenait un cour de temps en temps, et voulait laisser la même iiberté à tous. Pour cela, il fallait des buvettes.

J'ai revu mon homme ces jours derniers. Il avait la tête bandée, le bras en écharpe, et marchait difficilement.

— Mais, qui vous a mis dans cet état, lui dis-je en l’abordant ?

—Ne m'en parlez pas, me répondit-il en rageant. J'ai failli me faire écraser par la voiture de cet imbécile de X, qui est toujoursivre. J’en ai pour un mois au moins avant de reprendre l'ouvrage.

L'occasion était belle pour donner une petite leçon à ce brave ouvrier et je ne la manquai pas, croyez-le.

Liberté À tous de boire. Non. Il est des êtres qu’il faut empêcher de boire presque de force. Si vous multipliez les hôtels et les buvettes, vous multipliez les occasions pour ces gens.

Donc, tous, nous sommes intéressés à faire disparaître les occasions puisque chacun de nous peut, comme mon ouvrier de tantôt, être blessé

par le cheval ou la voiture d'un cocher en goguette.

Ce qu'il avait vu en songe

Un ouvrier raconta, un matin, à sa femme, le rêve qu’il avait fait pendant la nuit.

Il avait vu quatre rats s'approcher de lui, l’un après l’autre. Le premier était gros et gras, les deux autres étaient fort maigres, le quatrième était aveugle.

Le pauvre diable était inquiet, car on lui avait dit que les rats portent malheur. La femme, pas plus que le mari, ne parvenait à comprendre la signification de ce songe mystérieux, qui rappelait. .. mais d’un peu loin peut-être, les songes de Pharaon, de biblique mémoire.

Le petit garçon de l’ouvrier, très intelligent, rrécoce, fut le Joseph de ce nouveau Pharaon. Il »nna l'interprétation suivante du songe de l’auteur de ses jours.

—Le rat gros et gras, dit-il à son père, c’est le buvetier du coin que tu vas voir souveLi €! auquel tu portes tout notre argent ; les deux rats maigres, c’est maman et moi, et l’aveugle, c'est toi, papa...

L'ouvrier, qui était intelligent, fut obligé de reconnaître que son fils donnait une interprétation exacte de son songe.

J'ignore toutefois s’il profita de la leçon.

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Alphabet des buveurs

A. boit parce qu’un médecin lui a recommandé de prendre un coup.

B. boit parce que son médecin lui a interdit la boisson et il abomine le charlatanisme.

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