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Voix de l’échafaud
Le 20 août 19.., on exécutait, à Liverpool, un ancien soldat à qui on ne connaissait qu’un défaut : la boisson.
Le misérable, dans un accès alcoolique, avait coupé la gorge à un enfant.
Le bourreau avait déjà couvert la tête du con-
* damné du bonnet funèbre. Encore quelques
secondes et il allait être lancé dans l'éternité.
Tout à coup, l’ancien soldat, qui avait monté avec fermeté les marches de l’échafaud et qui jusque-là avait conservé tout son sang-froid, s'écria d’une voix désespérée :
— Attendez un instant, pour l’amour de Dieu, je veux parler.
—1l est trop tard, répliqu: le bourreau d’une voix rude.
Mais le vieux prêtre qui avait accompagné l’assassin sur l’échafaud s’avança et dit au bourreau :
—Accordez-lui cette faveur.
Le moment était vraiment solennel. Tout autour de l’échafaud, les centaines de spectateurs se regardaient anxieux. Quelques secondes s’6coulèrent dans un silence effrayant. On entendait haleter le malheureux. Enfin, il fit un effort surhumain, et d’une voix forte, qui ne tremblait pas et que tous entendirent distinctement, il s’écria :
—Oh ! mes amis, ne buvez jamais... jamais !
Deux minutes plus tard, la justice humaine était satisfaite.
Alors, l’aumônier de la prison qui, depuis des mois, préparait le condamné au grand passage et qui sur l’échafaud même lui avait donné sa dernière bénédiction, s’avança de nouveau :
—Laissez-moi, dit-il aux assistants, vous lire la déclaration que m'a remise celui qui est en ce moment devant son juge suprême. Elle est ainsi conçue :
«Je m'incline devant l'arrêt qui me frappe.
Il est juste. J'offre ma vie en expiation du crime épouvantable que j'ai commis. C'est la buvette qui m'a perdu, c'est l'alcool qui m'a fait répandre le sang de cet enfant qui ne m'avait rien fait. Depuis longtemps, j'étais, dans mon ivresse, en proie à des accès de fureur homicide ; j'éprouvais le désir de donner la mort. Une fois mon affreuse passion satisfaite, tout mon être s’est soulevé ; j'ai eu horreur de moi-même. Que Dieu me pardonne ! »
Pas du tout nécessaire
En 1852, le grand explorateur de l'Afrique, Livingstone, écrivait :
« Voilà plus de vingt ans que je ne fais aucun usage de boissons enivrantes. Mon opinion personnelle est qu’on peut supporter les plus durs travaux et les plus grandes privations sans le moindre stimulant alcoolique. »
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Il n’est que conséquent
M. Steward, le nouveau surintendant de police de Chicago, vient de lancer aux hommes de police de la grande ville une proclamation qui fait beaucoup gloser là-bas.
M. Steward défend à ses subalternes de faire usage de boissons enivrantes, qu’ils soient en uniforme ou non.
Les journaux jaunes prot: ent contre cet ordre qu’ils trouvent arbitraire.
Que Ile surintendant de police, disent-ils, défende à ses hommes de boire quand ils sont en uniforme, nous n’avons rien à y voir: c’est une simple mesure de discipline. Mais qu'il aille jusqu’à leur proscrire la boisson lorsqu'ils sont rendus chez eux, nous crions : holà. C’est de l’empiètement sur le domaine privé.
A cela, le surintendant Steward répond : Un chef de police doit avoir une confiance absolue dans ses hommes. Or, il m’est impossible de me confier entièrement à des subordonnés qui font usage de boisson.
La manière de voir du chef de police de Chi-
cago nous semble la bonne.
Les patrons, en général, ne préfèrent-ils pas les employés abstinents à ceux qui boivent ?
Quand il s’agit des hommes de police, qui sont chargés de protéger la société, ne devons-nous pas être encore plus exigeants ?
Le mal du voisin
Dans les premiers jours de l’automne dernier, plusieurs centaines de médecins se rendaient à Bruxelles, en Belgique, pour prendre part aux travaux du congrès des aliénistes et neurologistes. Il y avait là des représentants de tous les pays de l’Europe. La discussion—que Mgr Fallon me le pardonne—se fit entièrement en français. Les trois quarts des Congressistes comprenaient et parlaient d’ailleurs notre langue avec élégance.
Une des séances du congrès fut consacrée à l’alcoolisme. MM. les docteurs Ley et Charpentier lurent des rapports sévères, adjurant leurs collègues de conseiller à leurs patients de s’abstenir de vin et de bière parce que tous deux conduisent, par des chemins longs et détournés mais certains, à l’alcoolisme.
Aussitôt, M. le docteur X se leva.
—Messieurs, commença-t-il, je suis de Bordeaux. Et avec une éloquence fougueuse, qu’il sut rendre émue et vibrante, il défendit les crus de la Gironde. Il jura que jamais le moindre cas d’alcoolisme ne leur fût imputable.
Cette thèse n’était pas nouvelle. L'expérience prouve qu’elle relève plus du sentiment que de la science.
La protestation patriotique de l’orateur de Bordeaux fut, comme de bonne, applaudie par une partie de ses compatriotes. Un congressiste aussitôt déclara :
— Messieurs, je suis de Dijon.
Il répéta en faveur du vin de Bourgogne les mêmes arguments, et demanda au Congrès de mettre son client hors de cause.
La salle devenait nerveuse, Un autre congressiste s’écria :
— Messieurs, je suis de Bruxelles... !
La bière, d’après lui... celle de Bruxelles du moins, était encore plus innocente que le vin. Elle réclamait ,elle aussi, un triomphal acquittement.
Un quatrième congressiste se leva :
—Messieurs, je suis de Caen... !
Le cidre 4 son tour parlait à haute voix.
Bref, il fallut lever la séance pendant qu’une voix essayait encore de dominer le bruit et commençait :
— Messieurs, je suis de Purtalier !
La conclusion de tout ceci c’est que, pour nombre de médecins comme pour les autres citoyens qui eux au moins ont l’excuse de l’ignorance, le seul alcoolisme est celui du voisin. Ils ne voient pas brûler leur propre maison quand ils distinguent l'incendie de l'habitation du voisin.
N'en continuons pas moins à faire la guerre à l’alcool, à la bière, au vin, enfin à tout ce qui mène à l’alcoolisme, sans nous occuper des jérémiades de ces bons messieurs.
La théorie d’une mère de famille
Le petit billet que je publie ici c’est une femme, une mère de famille, qui a laissé un instant ses occupations pour me l'écrire afin d'apporter un argument nouveau en faveur de la tempérance, qu’elle appelle «la cause sainte ».
« Vous avez mille fois raison, dit-elle, de dire qu'il y a trop d’épiceries licenciées à L. Mais puisque nos maris ne sont pas assez braves— attrapez, messieurs—pour en faire disparaître au moins la moitié, combattez bien fort pour qu'on n’ouvre pas d’épiceries licenciées là où il n’y en a pas encore eu.
« Un débit de boisson, que ce soit une buvette ou une épicerie, contamine à tout jamais le quartier où il s’ouvre.
« Vous avez bien raison de dire aussi que - l'épicerie est comme la buvette une occasion de dépenses. A venir jusqu’au printemps de 190.., nous résidions à cent pas à peine d’une épicerie licenciée. Mon mari et mes fils ne pouvaient recevoir des visiteurs sans envoyer chercher une bouteille de boisson quelconque à l’épicerie. C'était de ce chef 82 et 83 de dépenses par semaine. Et cependant mon mari ni mes fils n’abusaient. Ils faisaient venir cette boisson tout simplement pour recevoir les amis et faire comme les autres.
« Au printemps de 19.., pour se rapprocher de son ouvrage, mon mari a décidé de louer sur la rue X. Là, il n’y a pas de débits de boisson. Pour en acheter, il faut se rendre à la rue B. Le changement a été radical. Depuis cette époque, il n’entre pas une bouteille de boisson par mois dans ma maison.
« Et moi qui tient l’état des dépenses du ménage, je puis vous affirmer qu’il y a amélioration appréciable dans nos finances.
« Continuez donc le bon combat et toutes les femmes vous béniront ».
Le buveur de petits verres
Un petit verre le matin à jeun, dit M. Paul Pugnière, c’est la maladie à intérêts composés ; pris après les repas, c’est la maladie à intérêt simple.
Le buveur de petits verres, surtout s’il les prend régulièrement devient fatalement et en peu de temps alcoolique.
L’alcoolique est un mauvais malade et un mauvais blessé ; tous ses organes sont en mauvais état, son estomac digère mal, son sang s’appauvrit et ne circule plus régulièrement. Il a des tremblements, des convulsions et des attaques de folie qui le poussent au crime ou au suicide.
Ce qu'elles peuvent faire
On parlait hier de la ville de Zurich, en Suisse, où la commission scolaire a décidé qu’à l’avenir aucun achat de matériel scolaire ne serait fait chez les papetiers qui vendent des livres dangereux pour la jeunesse.
Bravo !
Dans un autre ordre d'idées, pourquoi ne se servirait-on pas de ce moyen pour combattre la buvette? Et ici les dames pourraient faire beaucoup.
Je m'explique.
N'est-il pas vrai que dans la plupart de nos ménages c’est la mère ou les jeunes filles qui font les emplettes? Le père, fatigué de la tâche quotidienne, reste à la maison et la mère achète où elle veut.
Voici un marchand, un fournisseur, etc., qui, à l’époque de l'octroi des licences, jette feu et flamme en faveur des buvettes et des épiceries mal tenues où les pères et les fils iront gaspiller leur argent, perdre leur santé et souvent leur âme.
Ces dames ont à leur disposition un excellent moyen de mettre une sourdine au zèle mal entendu de cet entêté. Qu'’elles encouragent son voisin qui, lui, est un ennemi reconnu de la buvette. Quand le monsieur, ami et propagateur des buvettes, verra ses meilleurs clients le laisser pour acheter chez le marchand d’à
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