‹ Le grand menteur [microforme]Chapitre 4 sur 21 · EU · texte numérisé non relu

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Au lendemain de 1a fête nationale

A Hadlow, la voie publique longe presque partout le pied du cap. Cette masse énorme de pierre, de tuf et de terre atteint en certains endroits 150 pieds de hauteur. Au pied de la côte Bennett, sur quelques cents pieds de longueur, la voie publique s'éloigne un peu du cap pour donner passage à la ligne du chemin de fer du Grand Tronc.

Le matin du 25 juin 18.., au moment où une locomotive du Grand-Tronc passait au pied de la falaise de Hadlow, le mécanicien remarqua, non loin de la voie, une voiture brisée, un cheval les côtes fracturées et un homme gisant par terre, inconscient, mais respirant faiblement.

Evidemment, l’homme et son équipage avaient fait la culbute du haut du cap.

Le mécanicien donna aussitôt l’alarme au moyen du sifflet de sa locomotive, et les gens du voisinage arrivèrent bientôt pour constater le terrible accident.

Le blessé fut transporté dans une maison voisine. Le sang s’échappait abondamment des horribles blessures qu’il avait à la tête. Il avait de plus une jambe rompue, presque arrachée. Son bras droit ne valait guère mieux.

Le médecin fut appelé mais en dépit de ses soins le blessé succomba dans l’après-midi du même jour sans avoir recouvré sa connaissance.

Comment cet homme avait-il pu aller se jeter

en bas du cap, d'un endroit si éloigné de la voie publique ?

Coroner n'eut pas besoin d'une longue enquête pour connaître la cause de cet accident.

A. B. était un laitier à l'aise d’une des Paroisses situées en arrière de Lévis. Le matin du 24 juin, il était Parti de chez lui comme d’habi. tude pour se rendre à Québec afin de servir ses

R malheureusement, comptait plusieurs

buvetiers Parmi ses clients. Or, n'achètent que de ceux qui les encouragent, Le 24 juin, c’est la Saint-Jean-Baptiste, jour de la fête nationale. Il faut bien Prendre un coup, n'est-ce pas ? Le laitier prit un, deux et même trois coups dans chacune des buvettes où il laissait du lait.

Voilà comment il se fit que dans l'après-midi du 24 juin, A. B. revint chaud à Lévis. Du Passage à Hadlow, il Y avait alors six ou sept buvetiers, B, les visita tous. Le jour de la fête nationale, il faut bien se montrer patriote.

Il était dix heures du soir quand le laitier s’engagea dans la rude montée qui conduisait chez lui. Ivre, le petit train de son cheval l’endormit Presque aussitôt. Laissé à lui-même, le cheval au lieu de prendre la route ordinaire obliqua à gauche. Là, un Propriétaire négligent avait laissé sa barrière ouverte. L'animal s’y engagea et dans l'obscurité alla se jeter en bas du cap.

ces messieurs

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Et le lendemain matin on trouvait le laitier mourant à quelques pieds de la ligne du chemin de fer, après avoir fait une chute de 150 pieds.

On a demandé bien des fois la fermeture des débits de boisson le jour de la Saint-Jean-Baptiste. Le député qui proposera la chose et la fera accepter par la Législature aura rendu un fier service à ceux qui n’ont pas la force de passer devant une buvette sans y entrer.

Une promesse bien tenue

Charles XII, roi de Suède, nous dit M. l'abbé Lemmens, avait, dans un moment d'ivresse, manqué de respect à sa mère.

Celle-ci, pénétrée de douleur, se retira dans ses appartements et y resta enfermée le lendemain.

Le roi, ne la voyant pas à table, en demanda la cause ; on la lui dit. Alors il fit remplir un verre, et alla trouver sur le champ sa mère :

— Madame, lui dit-il, j'ai appris que hier, étant pris de vin, je me suis oublié à votre égard ; je viens vous en demander pardon, et pour que cela ne m'arrive plus, je vous demande la permission de boire ce verre à votre santé ; ce sera le dernier de ma vie.

Charles XII tint parole. Depuis ce jour-là il ne but plus jamais de boisson enivrante.

Appel aux jeunes

C'est un vénérable Prêtre, qui a consacré toute sa vie à ses compatriotes, qui fait le Vibrant appel qui suit :

« Jeune homme, alors que tout te sourit, que des horizons nouveaux t'apparaissent et que, plein de confiance, tu entres dans la vie, écoute ce cri d'avertissement : Méfie-toi de l'alcool !

« Tu seras peut-être étonné et tu me répondras : « Mais je suis modéré, un verre de vin me suffit et ne me fait pas de mal. Jamais on ne m'a vu en boisson. A d’autres votre clameur Jugubre ! »

{ Sache, jeune homme, qu'ils sont légion ceux qui ont raisonné comme toi, et qui sont maintenant des alcooliques invétérés. Sache qu’on les compte Par milliers, les buveurs qui, sans espoir de salut, s'écrient sur leur lit de mort : « Maudit soit mon Premier verre! Oh! que ne m'a-t-on averti assez tôt du danger ! »

« Et toi qui sait le mal que cause ce poison, qui l'as vu à l’œuvre, dégradant, avilissant, n'épargnant personne 5 toi qui sais que ton pays lui paye chaque année Plusieurs millions de Piastres et des milliers de vies, toi qui vois les hôpitaux, les hospices, les Pénitenciers et les Prisons peuplés de victimes ; quand tu sauras que tous ces malheureux ont commencé à être

modérés, diras-tu encore : « Moi, je suis fort

et je sais me modérer ; à d’autres votre clameur lugubre ».

délit

« Mais ce n'est pas asses que de se méfier de l'alcool, il faut le rombattre.

« La loi de la solidarité nous y convie, un catholique surtout ne doit pas s'y soustraire.

« Ne sois pas un de ceux qui, plutôt que de se priver de leur boisson, laissent leur prochain mourir victime de son vice. Ne recule pas devant un petit sacrifice, lorsqu'il peut sauver un homme. Apporte dans la lutte contre l'alcool ces forces généreuses, cet enthousiasme débordant, qui sont l'apanage de la jeunesse,

« L'égoïsme et l'indifférence tuent les bonnes causes, Ne te croise pas les bras, ne te contente pas d’encouragements platonior s aux adversaires de l’alcool, mais viens combat + sans tarder.

« La vie n'existe que par la lutte et n’a de prix qu'autant qu’on la met au service des autres

« C’est au nom de tes milliers de compatriotes tués chaque année par l'alcool, au nom des milliers de détenus qui remplissent nos prisons, au nom des familles ruinées, de la patrie en danger que je te crie : combats l'alcool.

% Il n’est si petit qui ne puisse être utile. Combats, pendant qu'il est temps encore. Consacre tes forces et ton temps à sauver ton pays, tes amis, tes parents, tes frères, de la grande famille humaine.

« Et quand, sous tant d'efforts réunis, l’alcoolisme aura disparu pour toujours, tu seras heureux d’avoir contribué à faire le bonheur et la paix chez un grand nombre de tes concitoyens».

Histoire vécue

Au mois d'août 1905, un ouvrier déjà sous l'influence de la boisson, se présentait au presbytère de l’église Saint-Pierre, à Montréal, pour prendre la tempérance.

—Mon père, dit-il au Père Oblat qui le reçut au parloir, je me fais un bon salaire. Il ya longtemps que je travaille péniblement et cependant je n’ai pas un sou. Je bois tout mon argent. C’est à peine si, chaque semaine, je donne quelques piastres à ma femme pour faire son marché ! J’ai une sainte femme qui ne dit jamais rien : elle ne se plaint pas, mais elle pleure toujours. J'arrive justement de chez nous. En me voyant déjà plein de whisky, elle a éclaté en sanglots. Je ne sais pas ce que

cela m'a fait, mais, mon père, c’est fini : Je ne veux plus boire.

Là-dessus, l’ivrogne se jette à genoux et demande au Père de le bénir.

Habitué à ces sortes de larmes, le Père Oblat n’y fit pas beaucoup attention. I] le bénit et l’encouragea à persévérer dans ces bonnes dispositions. L'’ouvrier serra l& main au Père comme s'il avait voulu lui rompre les os. Et il partit.

Je laisse maintenant raconter par le bon Père Oblat ce qu’il advint de l'ouvrier ivrogne.

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Au mois de septembre suivant, dit-il, il faisait avec nous le pèlerinage à Notre-Dame du Rosaire, au Cap de la Madeleine. A son retour, l’insigne de tempérance brillait sur sa poitrine et, grâce à Dieu, il y est encore.

À sa maison, les larmes ont cessé ; l’épouse si longtemps malheureuse connait maintenant le bonheur.

Au ler janvier 1906, notre nouveau tempérant était debout de grand matin. La nuit lui avait paru longue tant il avait hâte d’embrasser sa femme à son réveil, de lui ssuhaiter une bonne année et de lui offrir un cadeau.

L’épouse partageait les mêmes émotions et la nuit ne lui avait pas paru moins longue. Tous les deux se le cachant mutuellement n'avaient pas dormi tant était vive leur anxiété.

Il ne faisait pas encore jour que déjà ils étaient debout s’embrassant avec effusion. Combien les temps étaient changés : ces douces émotions, ils ne les avaient jamais connues.

S'arrachant à l’affectueuse étreinte de sa femme, notre cher tempérant prend dans une armoire, où il l’avait soigneusement cachée, une belle étole en pelleterie qu’il lui met autour du cou en pleurant de joie.

De son côté, l’épouse avait aussi des étrennes à donner à son époux. Au fond de la commode, dans un bas soigneusement dissimulé, elle va chercher une bourse qu’elle remet à son

mari en l’embrassant. La bourse contenait 8100 : c'était le fruit de la tempérance.

Depuis ce temps, s’il se verse quelquefois des larmes dans ce foyer, ce sont des larmes de bonheur et de reconnaissance au bon Dieu.

Un modèle de testament

Tout le monde sait ce qu'est un testament olographe. Aux jeunes ger: qui fréquentent les buvettes et qui se croient assez puissants Pour ne pas devenir ivrognes, je conseille de copier entièrement de leur main le testament qui suit et de le signer. C’est le testament olographe qu'ils Pourront laisser à leurs héritiers dans quelques années :

« Je donne et lègue à la société une réputation ruinée, un mauvais exemple.

« Je donne et lègue à mes Parents pour leur vie durant autant de chagrins que leurs jours sur le déclin pourront en porter.

« Je donne et lègue à mes frères et sœurs autant d’humiliations que j’ai pu leur en procurer.

« Je donne et lègue à ma femme un cœur brisé, une vie d’abaissement et de honte pour pleurer ma mort prématurée.

« Je donne et lègue à chacun de mes enfants la pauvreté, l'ignorance, l’abrutissement et le souvenir que leur père était un monstre ».

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