‹ Le grand menteur [microforme]Chapitre 6 sur 21 · DE · texte numérisé non relu

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Aujourd'hui et autrefois

On fait quelquefois des reproches aux curés et aux prêtres en général de trop s'occuper des licences pour vente de boisson. Et ce sont des catholiques qui parlent ainsi!

Que dirait ces gens si nous revenions à la loi établie par nos premiers gouverneurs anglais ? Ceux-ci n'étaient pas catholiques et ils étaient plutôt défavorables à nos curés. Seulement ils comprenaient que la limitation des débits de boisson était une garantie d'ordre et de paix pour tous.

Sous nos trois ou quatre premiers gouverneurs anglais aucune licence pour vente de boisson dans une paroisse ne s’accordait sans le consentement écrit du curé.

J'ai justement sous les yeux deux circulaires de Mgr Briand et de Mgr d'Esgly, l’une du 15 octobre 1768, l'autre du 1% mars

Mge Briand écrivait à ses curés :

« Le sèle dr Son Excellence, M. Carleton, notre digne et illustre gouverneur, pour le bonheur des peuples de cette colonie, le fait gémir sur les malheurs qu’occasionnent les cabarets. Il n’est pas possible de les retrancher entièrement dans toutes les paroisses ; mais il n’en permettra qu'autant que les curés le jugeront nécessaire et ne donnern licence de les tenir

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qu’à ceux qu'ils lui marqueront devoir exereer cette dangereuse profession en bons chrétiens ».

Vingt ans plus tard, Mgr d’Esgly écrivait à son tour à ses curés :

« Pour entrer dans les vues du Gouvernement qui a sagement fait annoncer qu'après le 5 avril, nul n'obtiendrait de licence pour vendre des liqueurs dans les paroisses, sans être auparavant muni de ’attestation du curé du lieu et du capitaine desmilice, nous vous exhortons à faire usage de cette marque de confiance d’une manière qui réponde aux intentions qu’a le gouvernement de maintenir partout l’ordre, la paix et les bonnes mœurs ».

Des catholiques devraient donc avoir honte de faire un reproche aux curés de s'occuper de la réglementation du commerce des boissons quand des gouverneurs anglais et protestants étaient heureux de les charger du soin de fixer le nombre et de choisir les licenriés.

Ce qu'elle donne

La tempérance, disait Franklin, donne du bois dans l’âtre, de la viande dans la marmite, du pain dans l’armoire, de l’argent dans la bourse, du crédit dans le pays, de la force dans le corps, des vêtements sur le dos, de l'esprit dans la tête et du contentement dans la famille.

Quelle terrible respnnsabilité 1

Oui, quelle terrible re :ponsabilité ils se mettent sur les épaules les c. üscillers et les échevins qui manquent à leur devsir sur Ja question des licences ! Ne pourrait-on pas leur crier : Vous êtes des prévaricateurs devant la loi, devant les hommes et devant Dieu.

Dans sa belle thèse anti-alcoolique, Sobre et riche, que tous devraient lire et relire, l’honorable juge Lemieux nous fait assister à une scène poignante que les conseillers et les échevins devraient avoir à la mémoire lorsqu'ils accordent avec tant de légèreté des licences à des êtres indignes et dangereux pour la société.

Un malheureux avait été condamné à mort Pour avoir assassiné sa femme dans un moment de fureur alcoolique.

Ainsi que le veut la loi en pareil cas, on lui avait demandé s’il avait quelque chose à dire, avant que la sentence de mort fut prononcée contre lui.

— Oui, répondit l’alcoolique, je parlerai, Pourvu qu’on me laisse liberté entière de le faire et que je ne sois pas interrompu.

Et le juge Lemieux met dans la bouche du criminel le discours pathétique qui suit :

“J'ai tué, c’est vrai, je suis un meurtrier ; j'ai teint mes mains du sang de ma pauvre femme.

Je suis coupable, je dois être condamné à mert : c'est juste. Oeil pour œil, dent pour dent, c’est

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la loi du talion. Mais ce qui est injuste, c’est d’être condamné seul, lorsque mes complices, plus coupables que moi et qui sont la cause première de mon crime, sont en pleine liberté.

« Ces complices, vous les connaissez, monsieur le juge : ce sont le maire et les conseillers que je vois présents en cette cour de justice, venus ici probablement pour se repaître du spectacle d’une condamnation à mort. Voilà les grands coupables qui, dans un instant, reprendront paisiblement le chemin de leur demeure, tandis que moi je serai conduit à la prison, pour de là, dans quelques jours, être conduit au lieu infâme du gibet et des exécutions.

« Savez-vous quel est le crime du maire et des échevins ? C’est d’avoir, sans raison et sans justification, donné une licence pour la vente des liqueurs alcooliques dans notre paisible village.

« Jusque là, j'étais un homme sobre, un ouvrier industrieux, aimant ma femme et mes enfants et apportant chaque soir au logis le produit de mon travail. Mais le jour terrible, le jour maudit est venu où le maire et ses collègues ont criminellement apposé leur signature sur un document permettant la vente de la boisson.

« Pour moi, comme pour bien d’autres, cette signature a été le tocsin de mon bonheur. J’ai succombé à la tentation. J'ai bu une fois, croyant que ce serait la dernière; mais non,

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ça été le prélude de ma déchéance et de mon malheur.

« Depuis j'ai perdu le sentiment de l'honneur, j'ai abandonné ceux qui m’étaient si chers, je me suis vautré dans le whisky, et c’est sous l’influence de ce whisky que j'ai tué la compagne fidèle de ma vie.

« Je vais mourir seul, mais je devrais avoir Pour compagnons de bagne et de gibet le maire et ses conseillers, sans lesquels je n’aurais pas commis le crime dont je me suis rendu coupable.

«Je vais mourir, mais pendant vingt ans à venir, vous, maire et conseillers, vous serez maudits par mes enfants devenus orphelins par votre faute.

« Maintenant, monsieur le juge, prononces votre sentence de mort !»

Et le digne magistrat termine sa forte mais juste leçon en disant à ceux qui détiennent le pouvoir :

« Maires et conseillers municipaux, lorsque vous accordez sans nécessité, —et il y en a rarement—une licence d’auberge ou d’épicerie dans une paroisse, dans un village ou dans une ville, vous devenez complices de tous les crimes que la boisson fait commettre, et devant les hommes et devant Dieu, vous êtes responsables des malheurs si nombreux causés par l’ivrognerie »,

D — Caisse d'épargne vs buvette

Baptiste aime bien à prendre un coup. Seulement, comme il n’a pas un gros salaire et que sa famille est nombreuse, il se contente d’une seule visite par jour à la buvette. Il y prend ur coup, soit 80.05. Si Baptiste déposait son $0.05 quotidien à la Caisse Populaire au lieu de le boire, savez-vous quel capital il aurait au bout de cinq ans, en supposant le taux de l'intérêt à 4 %,? Exactement $100.57.

Joseph, qui gagne plus que Baptiste et qui n’a que deux enfants, a les moyens de satisfaire un peu plus au plaisir de boire. Il donne au buvetier $0.10 par jour. Calculez combien Joseph aurait à la Caisse Populaire au bout de cinq ans, s’il y déposait son $0.10 quotidien. Supposez toujours l'intérêt à 4%. La jolie somme de 8201.14. L'intérêt seul de son $0.10 par jour lui aurait donné en cinq ans $18.64.

Voyez maintenant l’habile Louis, contre-mattre à un joli salaire et qui cependant n’a jamais le sou au bout de la semaine. Celui-là a la manie de payer la traite. Ses visites à la buvette lui coûtent chaque jour $80.25. Que d'argent gaspillé ! Ses 80.25 quotidiens déposés à la Caisse Populaire, avec intérêt à 4%, lui auraient rapporté au bout de cinq ans 8502.85, dont 846.60 d'intérêt.

Mais c’est le jeune Charles qui a la palme du... gaspillage. Celui-là est premier commis

dans un gros magasin et il n’est pas marié. Son fort salaire et son célibat en font un pilier et un roi de la buvette. Il y passe ses soirées, entouré d’une foule d’admirateurs. Sa dépense journalière à la buvette est de 80.50. Prenez la peine de calculer ce que ce jeune fou gaspille ainsi en cinq ans. $0.50 déposés chaque jour à la Caisse Populaire lui auraient donné au bout de cinq ans, avec intérêt à 4%, la somme de $1,005.70 dont 893.20 d'intérêt.

Combien en avons-nous dans nos villes canadiennes de Baptiste, de Joseph, de Louis et de Charles ?

Trois grands ennemis

La lutte contre l'alcool, disait dernièrement un écrivain belge, a trois grands ennemis : la routine, l’indifférence, la défiance.

« Tout le monde boit, dit le routinier. Pourquoi heurter les usages et les conventions sociales ? »

«Que m'importe? dit l’indifférent. Moi, je ne bois pas, que les autres fassent à leur guise ».

« Il n’y a rien à faire, ajoute le méfiant ; on à toujours bu et en boira toujours. ”

Et tous trois continuent leur chemin, la conscience tranquille. Ils s’imaginent avoir dégagé leur responsabilité | Quelle illusion !

— 10 — Emouvant appel

Hier, le courrier apportait à un ami de la tempérance la note navrante qui suit :

« J'ai un mari qui serait bon peut-être, mais la boisson le rend fou, et chaque jour il rentre ivre. Les premiers temps de notre mariage il buvait moins, mais aujourd’hui il n’est jamais deux jours sans s’enivrer. J’ai deux enfants (l’un de six et l’autre de deux ans), nous serions heureux ; nous ne sommes point riches, mais mon mari gague de l’argent qui ne nous sert point, hélas ! Toujours à la buvette ; boire et jouer aux cartes, voilà ses occupations. Je croyais qu’on n’avait pas le droit de jouer à l’argent dans les buvettes et les hôtels. Comment se fait-il que dans une même soirée, il perd 825, 810, 85 ? Je ne peux rien toute seule : n’y a-t-il point une loi, quelqu'un ou quelque chose qui nous puisse défendre notre pain ? Je sais bien que cela ne peut durer. Si je ne tenais pas les comptes de la maison, il y a déjà longtemps que la fin serait venue.

« Et puis ce n’est pas tout. Et les mauvais traitements qu’il me fait subir ! Hier encore, je l’entendais qui battait son cheval depuis trois quarts d’heu:e. N'y tenant plus, je suis allée le supplier de finir, avec un voisin qui se trouvait chez nous : Je n’avais pas dit deux paroies que j'ai reçu en pleine poitrine un coup de gros bâton qu’il avait en mains. Dernièrement nous

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étions après diner ; sans cause il jette toutes les assiettes, les plats, le pain par terre: la lampe à pied s’étala sur le tapis, se brisant bien entendu, l’huile prenait feu ; le lit de ma petite fille était tout près, je n’ai eu que le temps de jeter les descentes de lit pour éviter un incendie et peut-être pire. C’est terrible, vous dis-je. Celui qui n’a pas assisté à ces sortes de furie, ne peut croire que quelqu'un d'intelligent, de bon, devient une brute par la boisson, car je m'empresse de vous dire que dans son état naturel, mon mari n’est pas plus mauvais qu’un autre. Je l’ai vu pleurer comme un enfant le lendemain de ces scènes-là, me demandant pardon et me jurant qu’il ne recommencerait plus. Mais hélas ! je sais que la première enseigne de buvette lui fait oublier ses serments et qu'il recommence.

€ Un jour il me tuera peut-être. Je reste quand même pour mes enfants. Je vous en prie, Monsieur, si vous pouvez quelque chose, faites-le, je vous remercierai de tout cœur, car je sais que c’est la dernière chose à tenter ».

Hélas ! la triste histoire que vous venez de lire c’est l’histoire de douzaine d’épouses, partout où règne le dieu alcool.

La pauvrette qui exhale ici sa douleur et ses craintes était capable de tenir une plume ; elle a racenté sa vie douloureuse.

Combien y en a-t-il de ces femmes martyrisées par leurs maris pendant des années et des

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années et dont personne ne soupçonne même la misérable existence !

Sir Lomer Gouin disait l’autre jour aux délégués des ligues de tempérance que si une loi pouvait supprimer les malheurs causés par l’alcool son gouvernement serait heureux de la faire adopter.

Je crois avec le premier ministre de notre province que la loi ne peut supprimer les méfaits de l’alcool. Mais il est un fait certain : c’est que la suppression ou la diminution de débits de boisson rend moins fréquents les crimes de alcool. Si nous ne pouvons faire disparaître complètement ces écoles d’iatempérance si nous ne pouvons les diminuer, ne les remplaçons pas, au moins, quand elles disparaissent.

Définition très juste

Voulez-vous une définition très juste de la buvette faite par quelqu'un qui s’y connaît : une buvette, c'est un établissement dont personne n’a besoin, excepté celui qui le tient pour vivre à ne rien faire, dont un très grand nom- Lre de familles se plaignent, que tout le monde reconnaît être inutile et même nuisible aux résidants des quartiers où il se trouve.

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Ce que nous lui sacrifions

Combien sacrifions-nous, chaque année, à ce dieu insatiable qu’on appelle l'alcool ?

C'est un tract superte publié par les Pères Franciscains qui va nous répondre.

La boisson arrache chaque année au pays plus de $100,000,000 ! Oui ! 8100,000,000 que nous sacrifions chaque année à l'alcool, qui, en retour, verse sur le pays tout entier un véritable débordement de hontes, de misères et de crimes !

Dans la seule province de Québec cet ennemi vorace nous arrache tous les ans plus de 825,000, - 000. Nous buvons donc cinq fois les revenus de la Province.

$100,000,000 ! Est-ce bien tout ce que l’alcool vole au pays ?

Combien de centaines de milliers de piastres versons-nous annuellement aux juges, aux avocats ? Faites disparaître l'alcool et le pays peut se dispenser des services de la moitié de ces Messieurs. Egalement, supprimez l'alcool et les trois quarts de nos villes diminueront l'effectif de leur police de moitié, peut-être des trois quarts.

Et les prisons, les hôpitaux, les orphelinats, les asiles, pourquoi si grands, pourquoi toujours insuffisants ? A cause de l’alcool !

Mais alors ce n’est plus $100,000,000 mais au moins $150,000,000 que le pays dépense pour l’aleool et par l'alcool chaque année,

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Voilà la triste réalité !

Que chacun renonce à l'alcool, et dès lors le pays s'enrichit annuellement de 8150,000,000, la province de 840,000,000, la paroisse de $10,- 000, la famille connaît l’aisance, le bonhe1ir, la paix ; autant de biens inestimables anéantis par l'alcool et qui ne se rachètent pas même avec des millions,

Une surprise désagréable

Un père de famille passait tous ses instants dans une buvette de son voisinage.

Un jour, sa femme entre dans la buvette.

Le mari coupable £tait assis à une table avec des amis.

La pauvre femme s'approche de la table et y dépose un bol couvert.

—J'ai cru, dit-elle, qu’il te serait agréable de prendre ton souper ici. Tiens, le voici.

Et elle sortit.

Le mari prit d’abord la chose en riant et, faisant contre fortune bon cœur, il invita ses amis à partager son souper.

Il enleva le couvert. Le bol était vide. Il contenait seulement un billet que ses amis lurent par-dessus son épaule :

« Je souhaite que tu trouves ton souper succulent. C’est le même que ta femme et tes enfants auront à la maison ».

Quatre étapes

En 1880, tout jeune garçon, je faisait À Saint-B. une villégiature de quelques semaines. On ne s'entretenait dans la petite ville que du génie et des talents musicaux du jeune L. G. Il était la coqueluche de toutes les dames. L. G. était de toutes les soirées, de toutes les réunions. On le regardait un peu comme un petit prodige. Les parents, orgueilleux de leur rejeton, le lançaient eux-mêmes dans ce tourbillon d’encens si délétère pour l’enfance.

En 1890, je retournai passer sept ou huit jours à Saint-B. L. G. était toujours le lion de la petite ville. Seulement ce n’était plus un enfant. Découplé comme un athlète, beau, grand, intelligent, très habile musicien, il était le parti recherché de toutes les mères pour leur fille préférée. Fils de famille, L. G. vivait dans l'oisiveté.

Le jour, il dormait ou lisait des romans à la mode. La première partie de la soirée s'écoulait pour le jeune désœuvré avec les jeunes filles à faire du chant ou de la musique. A dix ou onze heures, il laissait la société des dames pour aller passer le reste de la nuit dans les buvettes qui fleurissaient à Saint-B. Là, il jouait aux cartes et buvait sec jusqu'aux petites heures du matin avec des compagnons débauchés.

En 1900, de passage à Saint-Jean d’Iberville, j'allai visiter les casernes du Régiment Royal

d'Infanterie où, quelques années auparavant, j'avais vécu plusieurs mois de la vie militaire.

Sur le terrain de parade, je reconnus sous l'uniforme du soldat, le jeune L. G. que j'avais rencontré deux fois déjà mais dans une situation si différente.

Un des officiers du Régiment Royal d’Infanterie me raconta en deux mots la triste histoire du beau de jadis.

Les cartes, la buvette, les femmes avaient fait de lui une ruine morale et physique. Le colonel d'O., allié à sa famille, l'avait ramassé dans la rue et amené à Saint-Jean. La discipline militaire avec toute sa rigidité ne réussissait pas à l'empêcher de boire. Et, une ou deux fois par semaine, il comparaissa’: devant ses chefs pour délit d'ivrognerie.

L'autre jour, en ouvrant un journal du matin, l'entrefilet suivant me tomba immédiatement sous les yeux:

« Un étranger, L. G., qui gagnait sa subsistance en cette ville comme musicien dans les estaminets de bas étage, était arrêté, vendredi, pour ivresse et tapage. Le lendemain matin, il comparaissait devant le recorder, et était condamné à huit jours de prison.

« Conduit à la geôle, il parut si faible au géolier qu'il prit sur lui de le faire mener à l’infirmerie au lieu de le mettre au cachot. Vers trois heures de l’&, rès-midi, un des gardes de la prison, passant dans l'infirmerie, s’aperçut

que L. G. était .ins connaissance. Il appela immédiatement prêtre et médecin, mais tous deux, malgré leur diligence, arrivèrent trop tard. L. G. avait succombé à une attaque de « delirium tremens ».

Le prisonnier de la geôle de X était précisément le jeune garçon de Saint-B. qui, trente ans auparavant, donnait de si belles espérances à sa famille et à ses concitoyens.

Alcool infernal que tu en fais des victimes !

Toujours des raisons

Les ivrognes trouvent toujours des raisons pour justifier ou excuser leur abrutissante passion.

Baptiste fréquente assidument les buvettes.

Aussi arrive-t-il chez lui ivre, pour ne pas dire ? quatre pattes, presque tous les soir.

Dernièrement, son curé lui faisait doucement quelques reproches au sujet de sa vilaine passion.

—Baptiste, dit le bon prêtre, l’alcool est votre plus grand ennemi.

—Ah! dit l’ivrogne triomphant, je vous y prends, monsieur le curé : Est-ce que l’Ecriture ne dit pas qu'on doit aimer ses ennemis P

Le curé X n'est pas facile à démonter.

—C'est vrai, répliqua-t-il à l’ivrogne ; mais elle ne dit pas qu'on doive les avaler.

— € — Habitude extrêmement dangereuse

M. W.-J. Bryan, qui a été trois fois candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis, est peut-être l’orateur le plus puissant et le plus écouté des foules que renferme en ce moment la république voisine, Quelque soit le sujet dont M. Bryan entretient son auditoire, il ne parle jamais pour rien dire.

Au mois de mai dernier, M. Bryan a prononcé, à Chicago, un discours sur la tempérance qui a eu un retentissement considérable.

Qu'on me permette de reproduire ici quelques-unes des fortes pensées dounées alors par l’éloquent M. Bryan.

« La grande objection que j'ai à l'habitude de boire, même modérément, a-t-il dit, c’est que cette habitude est extrêmement dangereuse.

Il y a, en effet, un danger À développer le goût de boire, et il n’est pas prudent pour personne d’agir ainsi. On ne joue pas avec le feu. «It is not wise, dit Shakespeare, for a man to put into his mouth that which will steal away his brains ». Il n’est pas prudent pour un homme de mettre dans sa bouche ce qui lui enlevera la raison. Il n’est pas sage pour un homme d’encourir ce risque, car il ne reçoit rien de bon en retour et il s'expose À faire uaftre un besoin aui à la fin sera plus fort que sa volonté.

« Je me rappelle qu’étant jeune encore je causais avec un individu qui me disait qu'il

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pouvait à volonté boire ou ne pas boire. L'’occasion de prendre le « pledge »—engagement de tempérance—se présenta. Je signai l’engagement d’abstinence, mais lui ne voulut pas le signer parce que, disait-il, il pouvait boire quand il en avait besoin, et cesser de boire quand il le voulait. Un mois après cet entretien, mon hemme fut arrêté en état d'ivresse dans une assemblée publique. Je me dis à moi-même alors qu’il n'avait prouvé que la moitié de sa proposition, c’est-à-dire qu’il pouvait boire quand il le voulait, mais qu’il n’avait pas fait la preuve de l’autre moitié.

« Je n’ai pas besoin, continuait M. Bryan, de vous parler de ceux que la boisson a ruinés. Je ne suis pas vieux, mais cependant je suis assez âgé pour avoir vu des hommes commencer leur carrière d’une manière brillante et dont les espérances ont été complètement détruites par la boisson. J'ai vu des hommes arriver au Congrès des Etats-Unis avec l'intention d’y acquérir un nom honorable, et j’ai vu ces mêmes hommes entratnés jusqu’au déshonneur par l'habitude de boire.

« Un de mes amis a été chassé du Congrès à cause de son ivrognerie. Lorsque son pasteur fit son éloge funèbre, il dit que cet homme avait été un vétéran de la guerre et qu’il eût été beaucoup mieux pour lui et pour sa famille de mourir sur le champ de bataille plutôt que de finir sa vie dans le déshonneur ».

Où mène l’ambition

Il y a une vingtaine d'années, B B B tenait A: PA un commerce d’épiceries qui lui donnait de quoi vivre convenablement et mettre de côté, tous les ans, une assez jolie somme. B B B était sobre, économe, religieux. Mme B B B était une excellente personne, intéressée rour le commerce de son mari. Instruite, belle, douée de toutes les qualités du coeur et de l’esprit, elle était estimée de tout son quartier.

B BB et sa femme n'étaient cependant pas heureux. Tous deux étaient possédés du désir d'arriver à la richesse. Faire une fortune rapide était l’ambition commune des époux. Et ils trouvaient qu’avec leur commerce relativement restreint ils n’arriveraient jamais à atteindre la fortune rêvée.

Dès la première année, B B B, intelligemment secondé par sa femme, put, avec son nouveau commerce, mettre 85,000 de côté. Seulement, se tenant toujours dans sa buvette, il avait été obligé de payer la traite bien souvent, et il avait contracté l'habitude de boire.

Au bout de sa seconde année d’affermage, B BB avait à la Banque 815,000. En deux ans il avait amassé une petite fortune !

Mais il n’y a pas de médaille sans revers.

B B B, après deux ans du métier de buvetier, était un des pires ivrognes de L.....

Et Mme B B B qui, avant l'entrée de son mari dans sa nouvelle carrière, n’avait jamais pris même une goutte de vin était une alcoolique invétérée.

Ecoutez-bien la fin de cette lamentable histoire dont je pourrais vous garantir tous les détails, la main sur l'Evangile.

Le 22 avril 189., trois ans, jour pour jour, après l’achat de la buvette, la femme B B B était trouvée morte dans son lit. Pendant quinze jours, la pauvre alcoolisée n’avait pas eu un quart d'heure de connaissance. Elle avait été tout le temps dans le délire.

Cette mort terrible, on le conçoit, fit beaucoup de bruit à L.....

Le coroner fut averti et vint tenir une enquête sur la cadavre de cette victime de l’ambition.

J'ai sous les yeux, dans le moment, les témoignages écrits des Drs L. et C. qui firent l’autopsie.

La femme B B B était robuste, forte. Elle n’avait jamais été malade.

Les médecins déclarèrent qu'aucun des organes de cette femme n’était sain. Je cite leurs propres paroles. Les poumons étaient affreu-

sement congestionnés, le foie énorme et en complète dégénérescence. Les reins beaucoup congestionnés étaient aussi en dégénérescence.

Quant aux membranes du cerveau il n'y en avait plus de forme tant la congestion les avait travaillés.

Voilà en quel état la femme du buvetier avait mis son corps en moins de trente-six mois.

B BB vit encore. Je l’ai justement rencontré ce matin. Ce n’est plus qu'une épave.

Quand il n’est pas en prison ou à l'hôpital, il quémande un coup de buvette en buvette.

B B B n’a pas encore soixante ans et vous lui en donneriez quatre-vingts tant il est tombé, usé, avili.

Elle mène vite au déshonneur et à la tombe quelquefois l’ambition de faire rapidement fertune ! Qu’en dites-vous ?

Un fait prouvé

Une couple de cents compagnies d'assurances sur la vie font affaire dans la province de Québec.

Toutes ces compagnies se font une cencurrence terrible. Elles s'entendent toutes cependant pour poser une question à ceux qu’elles veulent assurer : Faites-vous usage de boisson ?

Si la réponse est affirmative, elles refusent les risques ou élèvent singulièrement leurs primes annuelles.

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Le sort des familles d’alcooliques

Que deviennent les familles ravagées par l'alcoolisme ?

L'expérience répond à cette question : elles disparaissent. A la quatrième génération, la vie comme épuisée, ne peut plus se transmettre, et la famille disparaît avec son dernier et misérable représentant. Mais que de souffrances, de hontes et de larmes pour en arriver là ! On croit voir se réaliser la menace de l’Esprit-Saint : « Je punirai !«: péchés des pères sur les enfants jusqu’à la troisième génération ».

La dépopulation de certains pays s'explique par l'alcoolisme.

Le Père Martin, Jésuite, dans une étude très bien faite et remplie de faits concluants, dit qu'en France, la Normandie est la région où l’on consomme le plus d’alcool. On remarque aussi que c’est en Normandie qu’on déplore le plus l’infécondité des familles.

Si tels sont les ravages de l’alcoolisme parmi les familles et les individus, dit encore le Père Martin, on devine aisément ce qu'ils doivent être parmi les peuples.

Ce serait une étude instructive que cette recherche des effets du poison sur des nations entières. Ne trouverait-on pas, dans ce fléau trop manifeste, l'explication de la décadence, ou même de la disparition de certaines peuplades autrefois puissantes et prospères? Au dire

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d’observateurs sérieux, les Hottentots refoules sur les bords du fleuve Orange meurent de l'abus effréné de l'alcool et du brandy, et l’on peut annoncer déjà pour un avenir peu éloigné l’extinction complète de leur race. L'eau de feu a détruit les tribus indiennes de l’ mérique, et la race conquérante du N ouveau-Monde a établi sa domination sur les indigènes beaucoup plus Par l’eau de vie que par la force des armes.

« Ainsi l'alcool arrête, partout où il règne, la marche progressive et ascendante de l’humanité, il abâtardit les races les plus fortes et les plus belles, et prépare leur remplacement par d’autres races, vierges de ces causes de dégénérescence physique, intellectuelle et morale ».

A ces dames!

Lisez et médites, mesdames, ces beaux vers du poète Manuel :

« Quand une chambre est saine et riante à la vue, Qu'on y trouve une armoire en linge bien pourvue, Un livre sur la table, une lampe le soir,

On y revient sans peine, on aime à la revoir... Mais ce sont les taudis et les foyers sans flamme, Les bouges sans soleil pour le corps ni pour l’âme, Et ces réduits infects pleins de navrants secrets Qui font rester le peuple au fond des cabarets.

Est-elle indispensable ?

— Indispensable pour le voyageur la buvette dans l’hôtellerie de campagne, nous clament continuellement les partisans de l’alcool.

L'épouvantable drame qui s’est déroulé à F. il n’y a pas encore huit jours et dont les journaux nous ont parlé à mots couverts montre, hélas ! de façon saisissante quelles espèces de services elle rend aux voyageurs la buvette de l’auberge de campagne.

Sur la grande route, à cinq milles de toute babitation, le.. décembre courant, on a trouvé le cadavre horriblement gelé d’un homme d’environ trente-cinq ans.

Deux jours plus tard, M. D. riche industriel de la petite paroisse de Saint-G., identifiait le

auvre malheureux qu'il avait vu partir de son usine le mardi, plein de santé, gai, promettant de revenir dès le lendemain.

Comment cet ouvrier d'ordinaire si habile et si débrouillard avait-il été chercher la mort sur cette route déserte P

Appelé à F. comme témoin, dans une cause où son patron était intéressé pour un fort montant, l’ouvrier était descendu dans un hôtel apparemment très respectable.

Après avoir rendu son témoignage, l’ouvrier, qui avait encore quatre heures devant lui avant de reprendre le train qui devait le ramener À Saint-G., retourna à l’hôtel.

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Là, il eut la mauvaise idée d'entrer à la buvette Pour prendre un cigare. Au comptoir, causant bruyamment et buvant ferme avec des amis déjà éméchés, il rencontra un de ses anciens camarades d'atelier qu’il n'avait Pas vu depuis plusieurs années.

L'ouvrier de Saint-G., buveur converti, n'avait pas pris un verre de boisson depuis dix ou douse ans. C'était même pour s'éloigner des occasions quil avait accepté un emploi à Saint-G. Mais peut-on renouveler connaissance sans se payer la traite ?

Les deux amis se mirent donc à boire avec les lurons qui se trouvaient dans la buvette. Les traites succédèrent aux traites. Bref, quand vint l’heure du départ, l’ouvrier de Saint- G. était ivre et avait peine à parler.

La gare était à quelques centaines de pas de l'hôtel, mais le pauvre homme, dans son ivresse, ne la vit pas. Il s’engagea dans une route qui conduisait au bord du fleuve et très peu habitée. Il marcua longtemps puisque, comme nous venons de le voir, son cadavre fut trouvé à cinq milles de toute maison.

Comment a-t-il trouvé la mort ? Nul ne le saura jamais exactement. Seulement, ceux qui ce soir-là burent avec lui avouent qu'il était ivre, à peine conscient, lorsqu'il les quitta. N ’a-t-on pas le droit de supposer que, rendu à bout, il se laissa cheoir sur la route ? La nuit fut horriblement froide. Et l’ouvrizr, incapable de se

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relever, succomba au froid, pendant que sa femme et ses enfants l’attendaient dans l’anxiété.

Le jury du coroner réuni pour enquêter sur les causes de la mort de l’ouvrier de Saint-G., a rendu le verdict de : « trouvé mort ».

Trouvé mort ! En voilà un verdict peu compromettant et pour les jurés et pour le mort ! Celui-ci, voyez-vous, a laissé femme et enfants. Il faut bien protéger un peu sa mémoire pour les êtres aimés qu'il a laissé à Saint-G. et qui, après tout, ne sont pas responsables de son triste trépas.

Mais, dites, si vous aviez fait partie du corps de jury, n’auriez-vous pas été tenté de rendre le verdict : « Mort à la suite de sa visite à la buvette de l’hôtel X » ?

Un moyen original

Pour obtenir sans violence la fermeture des buvettes à une heure raisonnable, le conseil municipal d’une petite ville industrielle d’Allemagne a adopté le règlement suivant :

« Après dix heures et demie du soir, aucun buvetier n’aura le droit d’exiger le paiement des consommations qu’il servira À ses clients ».

Le journal qui rapporte ce fait ajoute que ce simple arrêté porta ses fruits tout de suite. On ne voit plus une seule buvette ouverte dans cette ville après dix heures et demie du seir.

Est-il un fortifiant ?

Si l'alcool, me direz-vous, est dommageable à l’homme de bureau, à celui qui travaille peu au grand air, au moins il fortifie et soutient l'ouvrier, le journalier, le pauvre diable, obligé de travailler de sept heures du matin à six heures du soir, exposé à toutes les intempéries de nos saisons rigoureuses. Ceux qui, Par exemple, ouvrent les tranchées dans les rues pour y installer les tuyaux d’aqueduc ou de drainage, qui sont presque continuellement dans l’eau ou la terre humide, ont bien besoin d’alcool. M'appuyant sur les médecins, les savants qui ont passé leur vie à étudier l’influence de l'alcool dans l'organisme humain, je Vous répondrai ceci : Plus un homme travaille fort, moins il doit prendre d'alcool. Cet ouvrier, ce journalier se fatigue et s’épuise à ses durs travaux, mais s’il prend de l'alcool il s’enlève davantage sa force de résistance en tenant son sang à l'état de fièvre. Je conviendrai que sur le moment, il Paraîtra reprendre des forces, de la vigueur, mais tout cela est fictif et bien trompeur.

Le docteur Legrain explique excellemment les inconvénients de l’usage de l'alcool pour ceux qui ont un rude travail À faire.

«€ Considérez, dit-il, un cheval traînant un lourd fardeau et harassé de fatigue, au sommet d’une longue côte. Il s'écroule sous lui-même.

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Cependant son conducteur lui assène un vigoureux coup de fouet, et notre bête de repartir, comme mue par un ressort, pour retomber à quelques pas de là.

« Ainsi fait l'alcool, il nous excite, il ne nous donne pas de ferce, mais un coup de feuet, et, avec lui, l'illusion de la force. Il serait vain de nier cette excitation apparente engendrée par l'alcool, mais il n’en est pas moins vain de considérer cette excitation comme salutaire et efficace. Sous l'influence des spiritueux, on constate, en effet, que l’organe central de la circulation, le cœur, accélère ses battements, le pouls est plus fréquent, le visage s’anime, le système nerveux vibre dans son ensemble.

Mais cette excitation n'est qu’un trompe-l’œil, car suivant les expériences des physiologistes, l’alcool agit en réalité en paralysant les centres nerveux, qui sont les régulateurs de la machine humaine. Dès qu'ils sont paralysés, qu’arrive-t-il ? Ce qui arrive à un train lancé à toute vitesse dont les freins viennent à se rompre. Il semble entratné par une force centuplée, mais cette force n’est que l'indice de la rupture d’un organisme important, celui même qui constitue la sécurité du train.

« Et alors gare les accidents ! Le moindre mal qui survienne est l’épuisement rapide de cette force inutilement dépensée, qui était une réserve peur l'avenir, réserve qui n’a pas été remplacée, puisque l'alcool absorbé n’est pas

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par lui-même une source de force, mais seule. ment un prodigue de la force emmagasinée, Et qu'arrive-t.il ? Une fois épuisée l'excitation momentatée, survient une Période de fatigue, d’anéantissement, Proportionnelle à l'excès de force Saspillée, et l’on se trouve placé finale. ment dans cette alternative, ou bien de recourir une nouvelle fois à l'alcool pour s’exciter, ou bien, ce qu’on aurait dû faire tout d'abord, de substituer au coup de fouet un Peu d'avoine, c'est-à-dire de recourir aux aliments, seule et unique source de force.

« On ne gagne done rien À l'usage de l'alcool, si ce n’est une usure plur rapide de son énergie, usure coûteuse, d'abord Pour la bourse et ensuite Pour le corps, qui ne peut indéfiniment faire les frais d’un s

Interrogez les ouvriers et les journaliers qui

Prennent de l'alcool, même en petite quantité, ils oublient un instant leur fatigue mais ils Payent bientôt très durement ce léger soula- &ement. Ils se sentent peu après tellement fatigués, épuisés, qu'ils ont de nouveau recours à l’alcoo! dans l'espoir qu'il les stimulera. Interrogez également les entrepreneurs, les Contremaîtres, tous ceux enfin qui emploient des ouvriers, des travailleurs. Ils vous diront qu'ils préfèrent de beaucoup la journée du tem-

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pérant à celle de l'ouvrier qui boit. Pourquoi ? Parce que, évidemment, elle est meilleure, plus forte, plus productive par conséquent. Done l'alcool ne soutient pas, ne donne pas de force.

Un pari de fou

Il n’y a que quelques jours, un buvetier yankee pariait cinq dollars qu'il viderait une bouteille de Scotch Whisky de la contenance d’un quart de gallon plus vite qu’un de ses amis.

Le pari fut tenu et les deux buveurs se retirèrent dans une petite pièce de la buvette avec chacun une bouteille de whisky.

Le buvetier vida sa bouteille en moins d’une heure. Son ami était loin d’en avoir fait autant. Le buvetier gagna donc son pari.

On laissa le buvetier yankee étendu sur un canapé afin qu'il put cuver à l’aise sa boisson.

Le buveur passa ainsi toute la nuit. On croyait qu'il était simplement ivre et que le lendemain il n’y parattrait plus.

Le lendemain, la femme du buvetier descendit se rendre compte de l’état du dormeur.

Elle trouva un cadavre rigide et froid.

;:. Le pauvre diable avait payé de sa vie son pari insensé.

F ‘Avis À ceux qui croient qu'un homme fort, bien constitué, peut boire impunément vingt ou vingt-cinq verres de boisson dans une seule journée.

Ce qu'ils en pensent

Nous rencontrons encore des catholiques, malheureusement, qui parlent de la tempérance totale ou de l’abstinence comme d’un non sens et d’un rêve irréalisable.

Les Souverains Pontifes n’ont jamais passé pour des rêveurs ou des utopistes. Toutes leurs paroles sont pesées au poids de l'expérience et de la sagesse.

Voulez-vous savoir ce que Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII et Pie X pensaient de l’abstinence ?

Lorsque le pape Grégoire XVI entendit parler des étonnants résultats de la croisade du Père Mathieu en Irlande, il fut rempli d’une telle joie qu’il voulut devenir lui-même abstinent, pour entraîner l’Eglise par son exemple. Il porta dès lors sur su persunne et visiblement la médaille que le Père Mathieu distribuait à ses adeptes. Vieillard, il pratiqua l’abstinence, prouvant ainsi qu’on pouvait parvenir À un grand âge sans que l’abstinence pôt nuire à la santé.

Pie IX illustra le mouvement abstinent par ces belles paroles :

« Nous vous recommandons, pour le véritable bien des fidèles, de favoriser vivement partout le mouvement d’abstinence totale parmi les dirigeants de l'Eglise ; devenez abstinents vous-mêmes pour le service de Dieu, de l’Eglise et de ses fidèles. Nous vous souhaitons du

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fond du cœur le plus vif succès pour vos efforts et nous vous envoyons, à vous et à tous ceux qui vous aideront dans cette œuvre, notre bénédiction apostolique ».

Léon XIII a recommandé l’abstinence comme l’arme la meilleure et la plus irrésistible contre l'alcoolisme. En 1887, il écrivait à Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, aux Etats- Unis :

« J'ai éprouvé une joie toute spéciale d’apprendre que vous luttiez contre le vice séducteur de l’ivrognerie à l’aide d’excellentes sociétés, mais en particulier à l’aide d’une asseciation catholique basée sur la complète absiinence. Nous considérons la noble résolution de ces pieuses sociétés qui se :ont un devoir de l’abstinence, comme digne d’une recommandation toute particulière ».

En 1895, Léon XIII exprimait toute sa reconnaissance au Congrès antialcoolique de Bâle et envoyait sa bénédiction aux membres du Congrès par l’entremise de Mgr Egger, évêque de Saint-Gall, reconnu comme l’apôtre de l’absti-

.nence en Suisse.

Enfin, Pie X, le 5 septembre 1905, désignait l’abstinence comme un moyen d’accomplir son programme : « Tout restaurer dans le Christ ».

La même année, Pie X accordait des indulgences spéciales à la Ligue Catholique de la

Croix Allemande.

époques d’alcoolisme.

Telle est la position prise par les papes aux Ils ont vu dans l’abstinence le moyen précis de réformer et de rénover la vie chrétienne et les mœurs.

Commandements à méditer Point de liqueurs tu ne prendras Pour t’enivrer honteusement.

Et toujours tu t’en abstiendras Si tu veux vivre longuement.

Si l’on t’en offre, tu diras Merci, car je suis tempérant.

S'il t’en fallait, tu la prendras Comme remède seulement.

Dans les auberges tu n'iras Que s’il le faut absolument.

Jamais tu n’autoriseras Leur funeste établissement.

Ou plutôt tu les combattras Tant que tu peux légalement.

Les ivrognes tu sauveras Pour Dieu de leur égarement.

La tempérance tu prêcheras Par ton exemple constamment.

Ce faisant, tu mériteras D'’être heureux éternellement.

Si votre œil vous scandalise

Xavier B. vieillard de soixante-dix ans, s'était retiré au village de Saint-P.. . où il vivait de sa rente, qui était plus que suffisante pour lui et sa vieille, Le vieux avait eu la précaution de faire comprendre dans sa rente ne certaine quantité de rhum que son fils était obligé de lui fournir chaque mois.

L'ivrognerie avait réduit Xavier B. à ne plus pouvoir tenir une cuiller dans sa main sans en renverser le contenu, tant sa main était tremblante.

Le curé de la paroisse gémissait de l’intempérance de son paroissien et il l: visitait souvent pour l’engager à cesser de boire.

Après une retraite de tempérance prêchée par un bon Père Jésuite, le vieillard se décida enfin à se corriger de sa triste habitude.

Il fut douze jours sans boire. Mais la treizième journée, la tentation l’emporta, et le vieux recommença à prendre du rhum.

Le curé essaya de ramener l’ivrogne dans la bonne voie. Il réussit enfin après plusieurs semaines de prières et d'’exhortations. Une seconde fois, Xavier B. prit la croix de tempérance et promit, cette fois, de ne plus manquer à son engagement.

Le vieux assistait à la messe tous les matins dans l’après-midi, il faisait sa visite au Saint-

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