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Sacrement ; chaque semaine, il communiait.
Malgré tous ces préservatifs il était terriblement tenté.
Et voici quelle était la cause des assauts que subissait le rentier.
Dans un coin de sa chambre à coucher était ce que nos pères appelaient un placage, c’està-dire une petite armoire pratiquée dans le mur. Xavier B. déposait là les carafes de rhum. En prenant la croix de tempérance, il avait fait disparaître les carafes du placage. Et pourtant, chaque fois qu'il entrait dans sa chambre, l’épouvantabie envie de boire s’emparait de lui. Il se traînait alors près du fatal placage, en ouvrait la porte et s’imprégnait de l’odeur de la maudite boisson qui, elle, n’avait pu disparaître. Puis, lorsqu'il revenait de sa crise, il retournait vers sa femme en gémissant sur son peu d'énergie à résister à la tentation.
Un dimanche, au cours de son sermon, le curé de la paroisse cita la parole de l’apôtre saint Mathieu : « Si votre œil vous scandalise, arrachez-le et jetez-le loin de vous». Ce simple texte fut toute une révélation pour la pauvre victime de la boisson.
En arrivant chez lui, Xavier B. se dirigea tout de suite vers son hangar, prit une hache et rentra ainsi armé à la maison. Sa vieille lui demanda, en tremblant, ce qu'il voulait faire — Tu vas voir, dit le bonhomme d’une voix terrible, et au même instant il donnait dans le pla-
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cage un coup de hache qui le fit sauter en éclats.
Le vieillard, tout essoufflé du coup de maître qu’il venait d'accomplir, tomba dans les bras de sa femme, en criant :—C'’est fini, je ne serai plus tenté.
En effet, le vieux ne fut plus jamais tenté de boire pendant les dix ans qu’il vécut encore.
C’est M. le grand’vicaire Mailloux qui racontait ce fait et le vigoureux apôtre de la tempérance ajoutait que le vieux l’avait prié de le raconter partout où il prêcherait des retraites.
Combien en connaissez-vous de ces pauvres victimes de la boisson qui voudraient bien se corriger de leur satanée passion mais qui ne s'en donnent pas la peine? L'un succombe chaque fois qu’il passe devant une buvette et il n’a pas le courage de faire un détour pour ne pas la voir. L'autre boit quand il a de la boisson chez lui. Il ne peut se résoudre à n’en pas garder. Un autre prendra une brosse chaque fois qu'il rencontre tel de ses amis, ivrogne et débauché, et il n’a pas assez d'énergie pour briser avec ce mauvais compagnon.
Qui s'expose au danger périra, dit l'Esprit Saint. Que les victimes de la boisson n’oublient pas cette vérité et qu’elles fassent disparaître avec énergie la cause, l’occasion, etc., qui les fait succomber.
Ceux qu'il fait vivre
Le commerce de boisson, nous disent les partisans des buvettes, fait vivre—l’expression est vraiment ironique—des milliers et des milliers de personnes. Si vous détruisez les buvettes, vous enlevez le gague-pain à tous ces ouvriers.
On exagère à dessein le nombre de ceux qui vivent de la fabrication de l’alcool.
Les données suivantes que j’emprunte à un apôtre de la tempérance, M. le chanoine Sylvain, feront voir que l’industrie de la fabrication de l’alcool est celle qui emploie le plus petit nombre d’ouvriers et paye le moins de salaire, proportionnellement au capital engagé.
En 1901, l’alcool avait au Canada un capital
de #20,467,389, employait 3,208 ouvriers et F payait, en salaires, une somme de $1,270,772. \ C’est beaucoup moins que l’industrie des |
produits alimentaires qui avait un capital de 857,167,466, 42,401 employés et payait 88,032, - 580 de salaires, que les bois et charpentes qui avaient un capital de $889,959,334, 75,704 employés, et payaient $18,966,763 de gages.
L'industrie du vêtement n’a qu’un huitième du capital de l’industrie des boissons, mais elle emploie 5,260 personnes avec un bilan de salaires de $1,086,550, contrastant avec l’autre qui n'emploie que 3,208 personnes avec un chiffre de salaires à peu près égal, soit $81,270,772.
En Angleterre, pour extraire du charbon pour D la valeur de 1,000,000, il faut employer 8,611
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rit
hommes et leur payer £650,000 de gages ; mais la fabrication de la bière pour la valeur de £1,000- 000 n’exige que 1,795 hommes et £161,000 de gages.
Tandis que les mines de charbon paient au travailleur pour 20 schellings de dépense 11.0, la brasserie ne paie que 1.3 et la distillerie 0.5 et quart.
Disons avec M. le chanoine Sylvain que l’alcool est un grand financier : il emploie peu de monde, il paie de petit salaires, il fait de gros profits et il garde tout pour lui.
Propos de la rue
—Je suppose que tu vas me faire le plaisir de signer mon « blanc de licence » encore cette année ?
— Impossible, mon cher ami, j’appartiens maintenant à la Congrégation de la Sainte- Vierge et à la Ligue de Tempérance, et, dans l’une et l’autre de ces deux sociétés, un règlement formel interdit aux membres de signer les demandes de licence. Comme je suis un homme d'honneur, je ne puis manquer à mes engagements. Ainsi donc, au revoir et ne soyons pas pires amis.
Voilà ce qu’un de mes amis entendait, au coin de la rue X, pas plus tard qu'hier soir.
Combien de citoyens ont le courage et l’esprit de faire la même réponse à ceux qui sollicitent leurs signatures ?
Ce qui mène à la honte
Au commencement de mai 1859, le corps d'un nommé Anselme Charron était trouvé, la tête affreusement mutilée, dans les environs de Saint- Hyacinthe. Charron était disparu depuis un mois environ.
La journée de sa disparition, Anselme Charron avait retiré plusieurs créances assez élevées. Ce commerçant, lorsqu'il venait à la ville, ne manquait jamais de faire le tour des buvettes— ou des auberges, comme on disait alors—et de boire avec tous ceux qu’il y rencontrait.
Charron avait été vu pour la dernière fois en compagnie d’un sujet très mal noté, Jean- Baptiste Beauregard, ivrogne, querelleur et peu scrupuleux sur les moyens à prendre pour se procurer de l’argent.
La veille même de la disparition de Charron, Beauregard s'était vu refuser une licence d’auberge faute d’argent pour la payer. Or, pas plus de deux jours plus tard, il se mettait à fréquenter les buvettes et à y dépenser largement. La police fit une minutieuse enquête qui se termina par l'arrestation de Beauregard sur inculpation de meurtre.
Le procès de Beauregard se déroula à Montréal aux assises de l’automne de 1859 présidées par le juge Aylwin. Défendu par deux habiles crimiaalistes, MM. Drummond et Carter, Beauregard fut cependant trouvé coupable de meur-
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tre, tant les preuves de circonstances étaient fortes contre lui.
Beauregard fut condamné à être pendu le 16 décembre 1859.
Lors de mon dernier voyage à Montréal, j'ai rencontré un vieillard qui a assisté à l'exécution de Beauregard.
Après plus d’un demi-siècle, ce vieillard se rappelle tous les détails de cette triste scène comine si c'était d'hier.
L’exécution eut lieu dans la cour de la prison actuelle, rue Notre-Dame, presque en face de la brasserie Molson.
Ma montre marquait dix heures et quart de la matinée, me dit ce bon vieux, lorsque le lugubre cortège sortit de l’intérieur de la prison. Le shérif marchait en tête, puis son député, et enfin le condamné, assisté des abbés Villeneuve et Resther. Beauregard avait le bonnet noir sur la tête et la corde au cou.
Le condamné monta fermement et assez rapidement les deux escaliers qui conduisaient à la potence. Il fut alors placé sur la trappe, le dos tournée à la multitude.
M. l'abbé Villeneuve profita de cet instant solennel pour adresser la parole à la foule. Montrant du doigt la distillerie Molson, de l’autre côté de la rue, il dit aux centaines d’auditeurs que les effets de la distillerie menaient à la buvette, que la buvette menait à la prison et que la prison menait à l’échafaud. Au nom du
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condamné, il adjura les spectateurs de fuir la buvette.
A ce moment, le docteur Beaubien, craignant que le condamné ne devint faible, pria le prêtre de se hâter. Beauregard dit alors d’une voix forte : —Parlez, parlez, je suis fort, et vos paroles feront du bien.
Quelques instants plus tard, le shérif donnait le signal convenu. La trappe s’ouvrit ; on entendit un bruit sourd. Le condamné venait d’être lancé dans l’éternité.
Vraiment trop bons
En Suisse, comme dans la plupart des pays de l'Europe continentale, les buvettes sont ouvertes le dimanche.
Or, une société de tempérance suisse vient d'inaugurer une campagne pour fermer les buvettes au moins le dimanche matin.
Et savez-vous quelle est la principale raison qu’elle apporte pour gagner son point ?
Elle veut plus d’heures de repos pour les buvetiers .
Cette considération part d’un naturel excessivement développé en faveur de ces empoisonneurs qu’on appelle les buvetiers. La société de tempérance en question aurait peut-être plus de chances de gagner les sympathies en s’intéressant plutôt aux familles des buveurs à qui les buvetiers ne donnent guère de repos.
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Qu'ils sont aveugles !
Oui, qu'ils sont aveugles et coupables les pères de famille qui donnent de l'alcool, de la bière et même du vin à leurs enfants !
Les médecins mettent-ils assez les parents en garde contre cette déplorable habitude ?
De nombreuses expériences prouvent que l’alcool peut provoquer, lorsqu'on le donne à de jeunes enfants, de graves désordres cérébraux et physiologiques.
Le docteur Demme, de Berne, conseille fortement aux parents de ne jamais donner à leurs enfants de thé, ni de café, et encore moins de l'alcool.
Ce célèbre médecin cite l'exemple typique suivant des mauvais effets de l’alcool.
Un petit garçon de dix ans, très intelligent Pour son âge, avait été sérieusement malade.
Son père, dans l’intention de le fortifier, lui donnait tous les jours un ou deux verres de Malaga. Au bout de deux mois de ce régime, on s’aperçut que l'enfant avait perdu l'excellente mémoire qu'il avait eu jusqu'alors. Il oubliait parfois son propre nom et ne pouvait toujours dénommer les différents objets dont il se servait journellement, Le médecin de la famille ordonna de cesser entièrement l’usage de l’alcool et l’enfant recouvra dans son intégrité la mémoire qu'il avait perdue. Un peu plus tard, le père, qui avait conservé sa confiance dans les proprié-
tés fortifiantes de l'alcool, donna à son fils de la bière deux fois par jour. La mémoire de l'enfant faiblit et il n’en recouvra l'usage que lorsqu'il eut cessé de prendre toute boisson alcoolique.
Question et réponse
Une licence pour vente de boisson au verre où à la bouteille se donne-t-elle pour le bénéfice de celui qui veut l'obtenir ou l'utilité du public ?
C'est là une question que bien peu d’électeurs appelés à signer les « blancs de licences » prennent la peine de se poser.
Quelle est la doctrine de l'Eglise et la pensée de la loi sur ce point ?
La loi civile s'accorde avec la loi religieuse pour prescrire que les licences se donne: uniquement pour le bénéfice du public.
Ainsi quand un individu demande une licence pour vente au verre ou à la bouteille dans un endroit où le public ne la réclame pas ni n’en a besoin, les électeurs, s’ils suivent la doctrine de l'Eglise et la pensée de la loi, doivent s’abstenir de signer son « blanc de licence ».
C'est là, je crois, la boussole qui doit diriger tout électeur honnête quand on lui demande l'ouverture d’un nouveau débit de boisson, que ce soit une épicerie ou une buvette.
J'aime mieux mourir
Un missionnaire de la tempérance raconte l’histoire d’un buvetier, dans la paroisse duquel il avait eu le bonheur de prêcher une retrrile. Ce malheureux avait ruiné sa santé par le: excès qu'il avait commis durant de longues ann':s, en buvant de l’eau-de-vie qu’on devrait plu:
nommer eau de mort !
Tombé gravement malade, il fit 4murdes le prêtre et le médecin. Celui-ci déclura qu'il ne pouvait le sauver. Le malade se confesss ver un sincère repentir. Avant de recevoir j'abs lution, il fit serment, devant son curé, de nc plus jamais boire d’alcool, si Dieu fai-ai’ ! miracle de le ramener à la santé.
A la grande surprise de son médecin, une
espèce de convalescence se produisit peu après chez le buvetier. Et quelques jours plus tard il se levait et reprenait ses occupations ordinaires.
Au bout d’une couple de mois après son rétablissement, le buvetier fut de nouveau très malade. Il devint d’une extrême faiblesse et perdit complètement l’appétit.
Le médecin qui soignait le buvetier lui prescrivit un ou deux petits verres d’eau-de-vie chaque jour pour lui aider à regagner l’appétit. Evidemment, ce médecin était vieux jeu !
Le buvetier, cependant, refusa d'obéir à l’homme de l’art: « Non, je ne le ferai pas,
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lui dit-il; je me connais, si j'en prenais seulement quelques gouttes, je voudrais boire davan- | tage et je retomberais dans le péché. J'aime ; mieux mourir ».
Et il mourut, en effet, quelque temps après, fidèle à son serment et réparant ainsi par sa mort les désordres de sa vie.
Il eut raison !
Remède facile à essayer
En Suède et en Norvège, lorsqu'un ivrogne est mis en prison, on lui fait suivre pendant sa captivité un traitement qui amène, paraît-il, des résultats merveilleux.
Ce traitement consiste à ne servir à l’alcoolique que du pain imbibé dans du vin.
Le pain est mis à tremper dans un bol de vin une heure avant que le repas soit servi.
Le premier jour, l’ivrogne dévore son pain avec délice ; le second jour il absorbe sa nourriture avec répugnance ; mais bientôt il la trouve si écœurante, qu'il se détourne avec dégoût dès qu’ou la lui présente.
L'expérience a prouvé qu'il suffit généralement de huit à dix jours de ce régime pour que le vin ou l’alcool devienne odieux au malade.
Une foule de gens deviennent très sobres à la suite de ce traitement. F
Voilà un remède facile à essayer.
Est-il un digestif ?
L'alcool est-il un digestif? En d’autres termes, un verre d'alcool pris après le repas aide-t-il la digestion? Sur cent Canadiens-Français quatre-vingt-dix répondront affirmativement À cette question.
Est-ce vrai? Qu’en pensent les médecins ?
Ils vous répondront tous: C’est faux, archi faux.
L'alcool, loin d’aider la digestion, comme on le prétend, l’arrête.
L’estomac n’est autre chose qu’une poche qui reçoit les aliments, les brasse, les pétrit, en les pressant sur ses parois et en les pénétrant de son suc, jusqu’à ce qu'ils soient réduits en une bouillie semi-liquide. La digestion, elle, n’est autre ch:se que la décomposition des aliments. Elle commence dans la bouche, se continue dans l’estomac et se termine dans les intestins. Les aliments sont réduits en pâte dans la bouche, puis en bouillie semi-liquide dans l’estomac et finalement en sang dans les intestins.
Il est donc ridicule de prétendre que l’alcool aide la digestion puisqu'il a un effet tout à fait contraire en durcissant les aliments.
Le docteur Munroe a fait, à cet égard, une expérience qui semble assez concluante.
Ce médecin s’est procuré du suc gastrique de veau et en a reparti une égale quantité dans
trois bouteilles. A la première il a ajouté de l’eau, à la seconde de la bière anglaise, du « paleale », et à la troisième de l'alcool. Puis, prenant trois morceaux de viande de même volume, il les a introduits chacun dans l’une des bouteilles, qu’il a placées dans une étuve à la température de l’estomac (37°). Ces bouteilles étaient donc parfaitement comparables à l'estomac de trois hommes ayant mangé de la viande, le premier en buvant de l’eau, le deuxième en buvant de la bière forte, le troisième en prenant de l’eaude-vie.
Que pensez-vous qu’il advint ?
Dix heures plus tard, la viande avait complètement disparu dans le premier flocon ; elle était restée intacte dans le deuxième; elle était devenue blanche et coriace dans le troisième, où le suc gastrique, loin d’agir sur la viande, s'était coagulé. Cette expérience n’est-elle pas concluante et ne démontre-t-elle pas à l’évidence que l’alcool arrête la digestion au lieu de l’aider ?
On m'’objectera qu’une personne qui souffre d’une violente indigestion se sentira immédiatement soulagée et débarrassée si elle prend de l'alcool. Oui. Mais pourquoi ?
Parce que l’alcool, en paralysant les nerfs de l’estomac, les a rendus insensibles à la douleur, comme si l’on avait pris de l’éther o'. du chloroforme. Ensuite, les nerfs de l'estomac étant paralysés, laissent tomber les aliments non digérés dans les intestins, où la digestion