‹ Le grand menteur [microforme]Chapitre 8 sur 21 · TR RE CES · texte numérisé non relu

TR RE CES

s'achève le plus souvent d’une manière imparfaite, ce qui ordinairement provoque la diarrhée. L'alcool a effectivement débarrassé l'estomac et de la douleur et des aliments ; mais c’est en affaiblissant cet organe, à qui cette boisson cause une quantité de maladies.

« L'alcool, dit le docteur Munroe, pris en petite dose, ou délayé comme dans la bière, fait graduellement perdre à l’estomac son ton et l’accoutume à n’agir qu'au moyen de stim'ilants artificiels. Si l’on donne habituellement de l’aide à un organe quelconque il finit par en avoir besoin et refuse de fonctionner quand on la lui retire ».

« L'usage des stimulants alcooliques, disent à leur tour les docteurs Todd et Bowman, retarde la digestion en figeant la pepsine, élément essentiel du suc gastrique, et par là entrave l’action de l’estomac ».

Le docteur Lambert va encore plus loin.

« Il est, écrit-il, démontré aujourd’hui jusqu’à l’évidence que les spiritueux ne se bornent pas seulement à irriter, à enflammer, et peu à peu à racornir la membrane qui tapisse notre estomac, à détruire par conséquent les forces digestives de cet organe, à préparer des gastralgies, des dyspepsies et des gastrites terribles pour l’aveair, mais encore ils portent leur funeste influence sur les centres nerveux, sur le cerveau lui-même, et sur les organes de la génération ».

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Une pénible visite

C’est l'excellente « Ligue de la Croix » qui rapporte ce qui suit :

Un médecin visitant un malade apprit que dans une mansarde de la même maison un pauvre homme se mourait sans soins, sans remèdes, sans soulagement. Le médecin monta quatre ou cinq étages et il vit dans un taudis, sous le toit, en un coin, sur des haillons sordides, une forme humaine. Pas un meuble ; seulement deux vieilles caisses servaient de table, de banc, d’armoires !...

Les yeux du médecin s’habituèrent bientôt à l'obscurité de ce réduit, éclairé par une lucarne, à laquelle un carreau crasseux était seul resté, Il vit un vieillard aux cheveux blancs, clairsemés, au visage jaune, ridé, aux yeux vitreux et fixes, à la barbe hirsute, salie !

Le médecin questionna, le malade dit n'avoir que quarante-sept ans et que toute son infrmité venait de son ivrognerie. ..

—Mais, s’écria-t-il, de sa voix creuse et rauque, il me semble que c’est toi, Charles ?

—Quoi, vous me connaissez ?... Qui êtesvous donc ?

—Je suis Gustave T... Tu ne me reconnais plus ?

Ah! comment le médecin eut-il pu reconnattre dans ce spectre abject l’un des premiers de sa classe au collège, un jeune homme des plus grandes espérances,

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—Pauvre ami!... En cet état!... Tel fut le soupir du docteur, devant son condisciple d'autrefois.

—Que veux-tu? J'ai vécu et... à un médecin il faut tout dire, je suis la cause de ma misère !

—Ta fortune ?

—Tout est fini, prodigué, bu, lavé.

—Mais ta situation? Je te croyais un magistrat...

—Perdu, cassé, tu comprends un viveur, un soulard et le barreau, ça ne va pas ensemble !

— Mais tu étais marié, si je ne me trompe ?

— Marié, oui, j’ai deux fils, je ne sais pas même où leur mère les a emmenés !

— Ah! les scènes, les mépris, les dégoûts !... il vaut mieux que ce soit comme ça !

—Qui prend soin de toi ? .

— Personne. La voisine vient de temps en temps le soir, après sa journée.

—Elle t’apporte à manger?...

—Non pas, elle met un peu d’ordre dans ma saleté et elle me donne... à boire.

—De l’eau-de-vie, malheureux! Mais c’est un poison. Ton estomac est totalement énervé, tanné, parcheminé!... Si tu veux avoir une lueur d'espoir, il faut renoncer aux spiritueux et boire un peu de lait...

—(Ça, jamais, j’aime mieux mourir!... Ah!

si j'avais eu un père qui m’eut corrigé, une mère qui ne m’eut pas gâté pas ses tendresses? Si

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mes camarades ne m'’avaient pas entraîné à la buvette, dans les réunions de plaisirs, de jeux, de beuveries !... Tiens, Gustave, raconte ma débine, ma misère, mon désespoir ; que mon exemple serve au moins à corriger quelque jeune misérable s’adonnant à l'alcoolisme !... Gustave, veux-tu me rendre un dernier service ?

—De tout cœur, si je le puis...

—Eh bien, fais venir un prêtre. Je suis en un tel état d’immondices que je tremble et je rougis de paraître devant Dieu !...

Les amis se serrèrent la main une dernière fois. Le soir, Dieu avait pardonné à ce pécheur tombé si bas et il l’avait relevé de son abjection. Il ne put recevoir le viatique ; mais il s’éteignit le jsar suivant, ayant reçu les autres sacrements de- mourants.

dernière parole du pauvre diable fut celle-ci: «ps, honneur, argent, affection... J'ai “ot perdu! Mon Dieu!... miséricorde !...»

Vie courte et bonne

On dit souvent en parlant de ceux que des excès de boisson ont conduit prématurément à la tombe : Vie courte et bonne.

Courte, ce n’est pas douteux ; mais bonne !

Il faut ignorer complètement, nous dit le docteur Van Coillie, tout ce que l’existence du buveur renferme de tristesse, d’abjection, de honte, d’infamies pour croire qu’il peut avoir la vie bonne.

L'opinion d’un connaisseur

Aux Etats-Unis, quand un homme a atteint le sommet dans la politique, le commerce, l’industrie, les sciences, etc., il devient la proie des reporters des grands journaux. On lui demande son opinion sur tous les sujets qui passionnent l'opinion publique.

Dernièrement, on demandait à Andrew Carnegie de dire en quelques mots, aux jeunes gens, ce qu'il pensait de ceux qui fréquentent les buvettes.

Voici la réponse du grand brasseur de millions:

« La première et la plus séduisante des passions, celle qui perd le plus d'hommes, c’est la boisson. Je ne suis pas un conférencier antialcoolique déguisé, mais un homme qui sait et vous dit ce que l’expérience lui a enseigné.

Et je vous déclare que vous êtes plus exposés à échouer dans votre carrière, à cause de l’habitude de boire qu’à cause de l’une ou de l’autre ou de toutes les autres tentations qui pourraient vous assaillir. Vous pourrez vous ressaisir et sinon regagner le terrain perdu, au moins ne pas abandonner la course, obtenir et conserver une situation respectable.

« Mais si vous avez l'habitude insensée de la boisson, il est presque impossible de vous guérir. J'ai connu peu d’exceptions à cette règle. Donc, avant tout, ne buvez pas de liqueurs fortes à l’excès.

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« Il est préférable de n’y pas toucher du tout, mais si c’est là une règle trop dure pour vous, tenez-vous en avec fermeté à celle-ci : décides de ne jamais y toucher hors de vos repas. Un verre au dîner ne saurait nuire à votre avancement dans la vie ou abaisser votre caractère. Mais je vous supplie de considérer qu'il est incompatible avec votre dignité et votre « selfrespect » de gentleman, avec ce que vous vous devez à vous-mêmes, étant les hommes que vous êtes et surtout que vous voulez devenir, de boire un verre de liqueur à la buvette. Vous ne poursuivrez votre carrière en sûreté que si vous vous placez sur ce solide terrain. Tenez-vous y et vous aurez échappé au plus mortel de vos ennemis ».

Ce qu'ils en pensaient

Platon conseillait à ceux qui étaient sujets à l’ivrognerie de se regarder dans un miroir, parce qu’en se voyant si difformés, lorsqu'ils étaient en cet état, ils concevraient de l’horreur de la cause de leur laideur.

—Diogène ayant vu que la maison de son neveu, un ivrogne, était mise en vente : « Cela ne m'étonne pas le moins du monde, dit-il ; j'ai toujours vu que la maison qu’habite un ivrogne, erache tôt ou tard son maître à la rue ».

= LE Mentalité à refaire

Il y a une mentalité à refaire au milieu de notre population.

Un pauvre diable poussé par la faim vole un pain sur la berline d’un boulanger. Vite, on va le dénoncer à la police. Un enfant enlève quelques fruits à un arbre qui penche ses branches au-dessus du trottoir. On le mène tout de suite devant le juge de paix.

Voici un individu qui pendant des mois et des mois vend de la boisson sans licence. Les parents, en toute confiance, laissent aller leurs jeunes gens chez lui. C’est un homme jovial, gai. Il faut que les jeunes gens s’amusent, et là ils prendront leur plaisir sans danger car il n’a pas de licence. Et pendant que les parents s’endorment béatement, ces jeunes gens contractent petit à petit l'habitude de l’ivrognerie dans cet antre d'autant plus dangereux qu'il a l’air respectable,

L'œuvre démoralisatrice accomplie par ce vendeur de boisson sans licence est connue par vingt-cinq, peut-être cinquante citoyens respectables, et cependant aucun d’eux n’a le courage d’aller le dénoncer à l’autorité.

Je ne puis approuver celui qui pour apaiser sa faim vole un pain à son voisin. Je n’excuse pas plus l’enfant qui va se servir lui-même dans les jardins du voisinage. L’un et l’autre doivent demander ce qu’il leur faut.

Mais, dites, y a-t-il parité entre la faute de ce voleur de pain ou de ce preneur de fruits et le crime de ce vendeur de boisson sans licence qui distille goutte à goutte et continuellement le poison qui les tuera à tous ceux qui fréquentent sa maison ?

Non, n'est-ce pas?

Alors comment se fait-il que vous trouvez des douzaines de personnes pour dénoncer les fautes des premiers et aucune pour aller crier à la justice le nom du vendeur sans licence, cent fois plus coupable ?

Il y a donc une mentalité à refaire parmi nous à ce sujet. Aux bons citoyens de donner l'ezemple et d'aider les autorités à faire disparaître les vendeurs de boisson sans licence.

Bonne pour tous

L'abstinence totale, dit-on, est bonne pour tous les buveurs ; elle n’est pas nécessaire pour ceux qui ne font pas abus.

Si cette proposition était acceptée, on pourrait également dire : la chasteté n’est bonne que pour les impudiques.

L'abstinence totale est nécessaire, indispensable pour les buveurs parce que c’est le seul moyen pour eux de se corriger et de se sauver.

Mais l’abstinence totale est excellente pour tout le monde.

Pour les victimes

« Mon mari, m'écrit une pauvre femme, est ivrogne depuis plusieurs années. Il perd généralement à cause de sa boisson, deux jours de travail par semaine. Avec un salaire ainsi diminué, il m'est bien difficile d’accrocher les deux bouts car j'ai cinq enfants. J'y arriverais malgré tout si les hôteliers ne trouvaient le moyen de soutirer à mon mari, à part sa perte de temps, une couple de piastres par semaine. Tous les hôteliers savent que l’argent que mon mari leur donne nous enlève, à moi et à mes petits, le pain de la bouche. N'y a-t-il pas quelque moyen d'empêcher les hôteliers de faire boire mon mari? »

— Mais, oui, bien certainement, pauvre-femme,

Lises l’article 147 de la Loi des Licences :

« Le mari, la femme, le père, la mère, le frère, la sœur, le curateur, le tuteur ou le patron de toute personne qui a l’habitude de boire avec excès des liqueurs enivrantes ;.... le conseil municipal ou le maire, le curé, le pasteur ou un juge de paix;.... peuvent donner avis par écrit, signé de leurs noms, à toute personne autorisée à vendre des liqueurs enivrantes ou qui en vend habituellement, de ne pas en vendre ou en livrer à la personne qui a cette habitude de boire avec excès ou à l’interdit ».

Donc, si votre mari boit avec excès faites donner aux hôteliers l’avis mentionné ici, et, si,

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