‹ Le Grand Orient de FranceChapitre 4 sur 17 · LA VERTU DE M. BIDEGAIN · texte numérisé non relu

LA VERTU DE M. BIDEGAIN

Un document. — M. Bidegain écrit et signe. —

Autres faits.

Pour justifier la communication des fiches du Grand-Orient à M. Guyot (de Villeneuve), M. Bide-

gain a, par lettres (1) et dans une interview, déclaré qu'il était «dégoûté du métier qu'on lui faisait faire ». Après s'être ainsi complaisamment décerné à luimême ce brevet de vertu, M. Bidegain ajoutait que son dégoût allait jusqu'à l'enipêcher de signer de sa main les demandes de renseignements qu'il expédiait aux Loges de province. A l'en croire, il laissait cette malpropre besogne au « nommé Fontainas ».

La vertu de M. Bidegain doit être de bien fraîche date, car voici le texte d'une lettre signée de son nom qu'il adressait à la fin de l'été dernier au vénérable d'une loge des départements.

Ceéie lettre ne doit être connue que de vous.

Paris, le 26 septembre 1901.

« Je vous serais très obligé de bien vouloir me communiquer, dans le plus bref délai possible, les renseignements les plus détaillés que vous aurez pu recueillir sur la personne désignée dans la note cijointe.

« Attitude politique, opinions et pratiques religieuses, mode d'instruction des enfants"! Les intéressés ont-ils de la famille dans la localité? Si oui, quelles sont leurs fréquentations?

« Il vous suffira de me retourner la fiche avec les renseignements, sans lettre d'envoi.

« Remerciements et sentiments frat.\ dévoués.

« Bidegain. »

(1) Je n'ai jamais « écrit » cela.

Cette demande de renseignements n'est pas la seule de ce genre adressée par Bidegain aux vénéraloles des loges de province.

D'autres cas, analogues à celui que nous citons, nous ont été signalés. En voici un entre autres des plus significatifs.

A la date du 28 septembre 1904, Bidegain écrivait à M. Dupuy, à Alger, et lui adressait un certain nombre de fiches qu'il priait son correspondant de lui renvoyer le plus tôt possible.

Ces fiches devaient concerner les officiers de chasseurs et de spahis en garnison à Alger.

M. Dupuy garda longtemps ces fiches par devers lui. Or, une partie de ces mêmes fiches parurent dans le dossier Guyot (de Villeneuve) alors que les originaux étaient encore sur la table de travail de M. Dupuy.

Et voilà ce que l'on a appelé des documents authentiques et indiscutables !

Si j'ai conté à M. Gaston Mery l'anecdote relative aux lettres que je fis signer, en 1901, par M. Fontainas, c'était dans le seul but d'indiquer quelle fut mon impression première sur les demandes de renseignements faites par le ministre de la Guerre et, par conséquent, combien je réprouvai, dès son origine, l'œuvre policière du Grand-Orient.

Je vais répondre à M. Gariel et à V Humanité par un apologue.

Je connais un excellent citoyen, chargé de

famille, qui fabrique de la pouclrelle clans une usine de Saint-Denis. Ce brave garçon estime que son métier ne correspond pas, d'une manière exacte, à son état d'âme et il désire l'abandonner. Malheureusement, il a quatre enfants et ne possède pas d'argent, ni la protection de M. Jaurès. S'il déclarait tout de go à son patron que, la fabrication de la poudrette le dégoûtant, il désire s'abstenir désormais d'y participer, il est probable qu'il se ferait congédier. Aussi, sans se plaindre, sinon en son for intérieur, mon homme continue-t-il à tripoter ce que vous savez. Mon cas était pareil à celui-là, et c'est pourquoi l'excellent M. Gariel et F Humanité ne doivent point me reprocher d'avoir, moi aussi, manipulé quelque chose de sale jusqu'en octobre 1904.

En ce qui concerne la fm de Tarticle, relative à M. Dupuy, d'Alger, je ne puis donner d'explications, car je ne saisis pas très bien ce qu'elle signifie. En tout cas, ce n'est certainement pas moi, qui ai deviné ce que pensent les officiers d'Alger en matière politique et philosophique. Je n'ai pas le don de seconde vue.

Vers la fin de Janvier F Action me reprocha, d'une manière véhémente, non seulement d'avoir « cambriolé » le Grand-Orient mais aussi d'avoir changé d'opinion. Afin de prouver à ses rares

lecteurs que je fus anti-militariste, elle se donna la peine de réimprimer un article intitulé « Choses militaires » que j'avais fait paraître, au mois d'Octobre 1902, dans la Revue du xx" siècle, fondée par moi en août de la même année. M. Gaston Méry voulut bien répondre, dans la Libre Parole^ à cette spirituelle attaque. Voici son article :

Les fonds du ministère de la guerre.

Une lettrée du capitaine MoUin.

U Action, en réponse aux déclarations de M. Bidegain, réédite un ancien article de lui, qui dénote un état d'esprit tout à fait différent de celui qui est le sien à l'heure actuelle. Le procédé, qui, en d'autres circonstances, aurait pu être vraiment malicieux ; n'est peut-être cette fois qu'imprudent : il serait si facile de répliquer à notre confrère en mettant, par quelques citations, ses propres collaborateurs en contradiction avec eux-mêmes.

Mais nous avons mieux à faire aujourd'hui que de nous livrer à ce petit jeu, d'ailleurs innocent.

Il se trouve, en effet, que l'article de M. Bidegain, reproduit par l'Action, va nous permettre de démontrer, avec document à l'appui, que l'indignité du général André était encore plus complète qu'on ne l'avait cru jusqu'alors.

Cet article qui parut dans le numéro d'octobre 1902, de la Revue du vingtième s^ec/e, était intitulé: « Choses militaires. » C'était une charge à fond de train, d'une

part, contre le colonel de Saint-Rémy et contre le conseil de guerre qui avait prononcé son acquittement et, d'autre part, contre le capitaine Humbert, que le ministre de la Guerre venait de mettre en disgrâce. Sur le dos de ces deux officiers, l'auteur faisait l'éloge ditliyrambique du général André.

Or, cet article, s'il n'avait pas été fait sur commande, avait du moins été communiqué en manuscrit au ministre de la Guerre, qui l'avait trouvé à son goût, et qui avait chargé le capitaine ISIoUin, non seulement d'en féliciter le signataire, mais encore de lui offrir les subsides nécessaires pour le répandre à profusion

C'est précisément \efac simile de la lettre du capitaine MoUin, lettre officielle écrite sur papier du ministère de la Guerre, que nous mettons aujourd'hui sous les yeux de nos lecteurs (1).

Cette lettre, à qui saura la lire, prouvera beaucoup de choses. Elle prouvera, d'abord, que le général André a menti impudemment quand il a déclaré qu'il ignorait les relations étroites du capitaine ÎNlollin avec le Grand-Orient, Elle prouvera ensuite que le général André, non content d'avoir organisé la délation dans l'armée, se servait de la presse pour faire injurier les ofliciers qui lui déplaisaient. Elle prouvera, enfin, que le général André ne dédaignait pas, quand cela pouvait servir sa politique ou ses rancunes,de disposer des fonds du ministère de la Guerre pour payer des besognes qui n'avaient rien de mili-

^^^^'^' Gaston Méry.

Cet article me valut de la part de rAclion (1) Voir cliché page 67.

MlNISTERt KEPUBLIQUE FRANÇAISE

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une bordée crinjures qui me désopilèrent la rate.

C'est Bidegain, disait le journal de Lafferre, qui, un jour que le capitaine Mollin se trouvait seul avec lui dans son cabinet du Grand-Orient, lui parla le premier do cette publication et lui demanda un double service en lui faisant accorder le patronage de M. Anatole France et en recommandant sa Revue à ses amis, afin de lui procurer quelques fonds.

Le capitaine Mollin reçut quelques jours après le numéro en question, et, comme suite à Tentretien qu'il avait eu avec Bidegain, il lui écrivait la lettre reproduite par la Libre Parole pour lui confirmer qu'il s'occuperait bien volontiers de propager sa revue et de lui acquérir quelques concours financiers. Il en parla en effet à quelques amis politiques, en particulier au trésorier d'une importante association républicaine qui déclina la proposition, et les choses en restèrent là.

Plusieurs personnes nous ontaffirmé spontanément que jNI. Mollin les avait pressenties en faveur de la publication de Bidegain.

Le Temps publia, le soir même, ai-je besoin de le mentionner, cette réponse de l'Action.

J'ai très peu de chose à dire pour vous indiquer, à cette occasion, le genre de polémique en usage chez mes anciens Frères.

i'' Jamais je n'eus à solliciter l'appui de M. le capitaine Mollin pour obtenir le patronage de M. Anatole France. C'est sur la recomman-

uaiion do M. Gustave Geffroy que l'aj^pui moral désiré par moi me fut accordé;

2° Jamais je n'eus à quémander de fonds pour la Revue du xx® siècle, tous les frais occasionnés par cette publication de propagande ayant toujours été payés intégralement par M. Jacques Escuver ;

3° La lettre de M. MoUin parle d'un article et non de la Revue du xx"" siècle. Cette lettre étant datée du 16 septembre, c'est bien à l'article paru en octobre qu'elle faisait allusion.

Il ne saurait subsister aucun doute à cet égard. D'ailleurs, le Figaro, publiant, le 58 février, le résumé d'un rapport établi par le général Percin pour se justifier d'avoir été l'organisateur de la délation, disait :

Le cabinet s'était partagé en deux camps: les officiers Francs-Maçons, MM. Mollin, Violette, Lemerle, auxquels se joignait le colonel Jacquot; et les non Francs-Maçons, MM. Percin, Humbert, Targe. Ceux-ci furent en butte à de mauvais procédés : on les espionna, on détourna leurs lettres, on les calomniait auprès du ministre. La lutte se termina, à l'avantage du clan Fi'anc-Maçon,parle départ du capitaine Humbert, à qui plus tard le général André fit des excuses.

11 faut chercher, dans ces querelles, — auxquelles je me repens sincèrement de m'être

mêlé, — l'origine de mon article. On pourrait facilement retrouver, à peu près à la même date, dans le Petit MéricUonnl, ^^n article de M. Lafferrc sur la même personne et le même sujet.

Le 31 janvier F Action publiait un article ayant comme titres et sous-titres ces phrases grandiloquentes: « Les Vengeurs de la morale. »

— « Thibaudin-Bidegain. » — « Leurs lettres. »

— (f Bide^-ain défenseur de l'honneur de l'armée. « Ce qu'il écrivait il y a dix-huit mois. »

Voici le passage de cet article qui me concerne :

Elle gît aiijourdMiui, cette preuve, (celle de ma vénalité), en une lettre écrite par Bidegain et que nous a communiquée un de nos amis, Yénéraljle d'une Loge de province.

Cet ami n'hésitait pas, certes, à transmettre au Grand-Orient les renseignements que celui-ci lui demandait. Pourtant il le faisait sans enthousiasme. Non point qu'il vit à cela le moindre mal, au contraire, mais il avait constaté que ces renseignements ne servaient pas à grand'chose, pour ne pas dire à rien, et que les nominations et promotions étaient dans l'armée aussi mauvaises que par le passé.

Alors à quoi bon ?

Il écrivit dans ce sens au président du Grand-

— Trônent, et à sa lettre, Judas Bidegain, en qualité de chef du secrétariat du Grand-Orient, répondit la lettre typique que voici :

(( Votre lettre est empreinte de pessimisme. Il est « évident que la mentalité des officiers réaction- « naires ne sera pas transformée par le ministre (I actuel et qu'ils reviendront probablement un jour « à leurs premières amours. Néanmoins, je crois <i qu'il est faux de dire qu'on ne tient aucun compte « des indications fournies. La besogne entreprise « est difficile et de longue haleine. On ne peut trans- (( former en un jour l'institution militaire, et, malgré « certaines défaillances, nous devons notre recon- >. naissance et notre appui moral à celui qui, le (( premier, a tenté de faire quelque chose.

(I Signé : Bidegain. »

C'est drôle comme les vengeurs de la moi'ale ont l'indignation et la vertu tardives.

Le personnage qui, si modeslement, se cache sous cette périphrase : « un de nos amis, Vénérable d'une Loge de province », est M. Debierre, membre du Conseil de l'Ordre, professeur d'anatomie à l'Université de Lille. Mon excellente mémoire m'a permis de m'en souvenir.

M. Debierre déclare qu'il écrivit au président du Grnnd-Grient et que je lui répondis en qualité de sous-chef du secrétariat du Grand- Orient. Ce ne fut donc pas mon opinion personnelle que je traduisis dans la lettre que vous

venez de lire. Ce fat celle du Président du Grand-Orient.

Mais je veux me contenter de ces exemples. Je les ai cités atln de vous montrer les moyens grossiers que les Francs-Maçons emploient pour tromper les lecteurs naïfs des journaux ministériels.

La polémique politique, illustrée par tant de nobles et généreux esprits, est devenue, entre les mains de ces gens, un moyen d'égarer le prolétariat, et d'affermir, de perpétuer le régime ploutocratique actuel. Les mensonges les plus cyniques, les plus flagrants, constituent, pour eux, des armes précieuses, leurs seules armes, pourrait -on dire.

Les ouvriers grisés de rhétorique à la Jaurès, de grands mots et de grands principes, hypnotisés par l'attente de réformes toujours promises pour demain, se laissent prendre à ces appeaux.

Ils attendent patiemment, le ventre vide, devant le plat où l'on sert, aux appétits d'Israël, la richesse créée par leur travail, par leurs souffrances. Il y a là, tout autour, — énormes et cyniques, — les Juifs de la haute banque, du grand négoce, et, se glissant entre leurs jambes, entre leurs ventres, les roquets

de la majorité, les petits chiens du Parlement et leur nichée grouillante, tendant la gueule pour attraper un os du festin, un pot-de-vin ou une sinécure. On apprit jadis à l'ouvrier que ce plat s'appelle la République. Les convives, énormes ou minuscules qui s'y repaissent, sont, paraît-il, les représentants du Travail National (avec des majuscules) et les législateurs, l'Or et la Sagesse, la Force et la Pvaison, tout ce qui rend un pays 1res puissant et très illustre. Jacques Bonhomme le croit sincèrement, puisque son journal le lui redit chaque matin ; et il attend, car il est écrit dans la Déclaration de 1789 que « les hommes naissent et demeurent « libres et égaux en droits ».

Délation

Dans les séances des 28 octobre et 4 novembre 1904:, M. Guyot do Villeneuve a suffisamment indiqué dans quelles conditions et quelle mesure avait été organisée l'œuvre de délation pour qu'il paraisse, aujourd'hui, utile d'y revenir. Cependant, on a semblé accueillir comme des révélations tout ce qui fut dit, depuis, par les intéressés ou leurs sous-ordres.

Le député de Neuilly disait dans sa première interpellation :

« M. Guvot de Villeneuve. — Voilà le der- (f nier document que j'apporterai à la tribune. « Il y en a d'autres, non moins intéressants, « que je pourrais montrer. Mais ce que je tiens « à établir à la fin de cette discussion, ce que « je tiens à déclarer, c'est quil en ressort

« d'une fciçon lumineuse que M. le ministre (■( de la Guerre, d'accord avec M. le président « du Conseil et d'accord avec le Grandes Orient, a organisé contre Varmée la déla- « tion et Pespionnage. (Applaudissements au « centre et à droite. — Interruptions à ïex- « trême gauche.)

Le livre de Mollin, les nombreuses confidences faites aux reporters par les membres du Conseil de l'Ordre, les aveux de Pasquier, n'ont fait que coniirmer ces paroles et les révélations de l'avenir les fortifieront encore par des preuves nouvelles.

Puisqu'il est nécessaire de redire aujourd'hui ce qui fut dit hier, je vais vous rappeler, comment a fonctionné la délation.

On fit, en premier lieu, une enquête générale sur tous les officiers de France, d'Algérie et de Tunisie. La demande de renseignements était autographiée sur une feuille ne contenant aucune indication maçonnique, et portant cette mention : « Pourrait-on avoir des renseignements très « complets et très détaillés, aux points de vue (c politique et philosophique, sur tous les office ciers supérieurs et généraux : commandants, « lieutenants-colonels, colonels et généraux de « la ville de... » Ce fut encore moi qui établis

celte formule. L'enquête générale n'ayant pas produit de résultats assez précis, on résolut d'organiser la délation d'une manière complète et permanente. Les documents que je vais citer et que j'ai choisis parmi beaucoup d'autres parce qu'ils sont fort démonstratifs, contiennent l'aveu de cette enquête générale et comme la synthèse de la besogne abominable entreprise de concert par le Grand-Orient de France et par le misérable vieillard qui présidait, il y a quelques mois, le Conseil des ministres, et qui déshonora la tribune française par tant de lâchetés et de mensonges.

Le 29 juillet 1901, Molhn adressait à Vadecard la lettre suivante : {Voir ci-contre la photographie de cette lettre.)

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