CONCLUSION
Le majestueux ensemble de constructions qui fut le cœur de la cité, le centre de la science administrative et diplomatique de l'empire d'Orient était destiné à disparaître. Il fut peu à peu abandonné par les empereurs, qui préférèrent habiter une autre demeure, le palais des Blachernes, situé à l’une des extrémités de la ville, près de la Corne d'Or, au quartier actuel d'Eïvan-Séraï!.
Les Comnènes commencèrent à délaisser le grand palais, quand, au milieu du douzième siècle, Manuel eut agrandi et embelli le palais des Blachernes ?. Cependant, l’ancienne résidence ne fut pas encore abandonnée. Au début du treizième siècle, Alexis III Ange l’habitait encore; c’est là qu'il faillit être détrôné par audacieux Jean Comnène*. Plus tard, les premiers Paléologues y firent encore des séjours. Michel VIIT, après la réoccupation de la ville par les Grecs (1261), y attendit que le palais des Blachernes, noirei par la fumée des cuisines de Baudouin Il, füt
1. Cf. Unger, Quellen, p. 372 s.; Millingen, Byzant. Constant., p. 109 s., 122 s., 128 &.
2. Cf. Labarte, Palais, p. 8, 4; Millingen, op. cit., p. 128. Cet état d'abandon, dans lequel tomba le palais au douzième siècle, est attesté par Nicétas Choniates, De Man. Comn., IV, 2, p. 169. Andronic Comnène, qui avait été enfermé dans une des prisons du grand palais, parvint à tromper la vigilance de ses gardiens. Plusieurs jours, il se tint caché dans les hautes herbes, qui avaient envahi la demeure impériale, avant d’escalader la muraille et de s'enfuir par mer.
nettoyé!. Andronic II y donnait encore, en 1289, l'investiture au patriarche Athanase. Mais, un peu plus tard, le vieux palais commençait à tomber en ruines’. Au milieu du quatorzième siècle, il subsistait encore en parlie et servit de prison, sous Jean V Paléologue*. Quand, au début du quinzième siècle, trente ans avantla prise de Constantinople par les Turcs, le Florentin Christophore Buondelmonti visita la ville, il ne restait de l'immense palais que des ruines. Le voyageur Georges Dousa, au seizième siècle, vit encore quelques colonnes de marbre sur l'emplacement du palais de Constantin”. Pierre Gylles n’en signale aucun vestiget.
Ainsi, par l'incurie des derniers souverains de Constantinople, la vieille demeure des empereurs tomba en ruines, puis disparut. La mosquée d’Ahmed dresse aujourd’hui ses coupoles et ses minarets sur l’emplacement du palais de Constantin. Les petites maisons turques dessinent des rues tortueuses, se pressent, s'insinuent les unes entre les autres sur le terrain habité par les anciens maîtres de Constantinople.
De ces lieux, qui furent le théâtre des événements politiques et religieux les plus importants, s'élève aujourd'hui la grande mélancolie:des peuples disparus et sur cette ossature, l'imagination seule peut remettre la chair, le sang et la vie. Mais, pour nous, ce palais subsiste encore et subsistera toujours comme la manifestation la plus éclatante peut-être d’un état d'esprit et d’une civilisation.
Si les principaux facteurs de la période byzantine datent du règne de Diociétien 7; si, avant le quatrième siècle, plu-
1. Cf. G. Pachym., de Mich. Pal., II, 31, p. 161. 2. V. plus haut, p. 96.
.3. Cantacuzène, Jlist., III, 50, p. 299; XIV, 10, p. 730. Le pèlerin Étienne de Novgorod le vit encore vers 1350 (Jfin. russes en Orient, t. N, p. 120).
. Buondelmonti, Descripl. urbis Consf., Bonn, 1836, p. 180. . G. Dousa, De Ifinere suo Const. epistola, Lug. Bat., 1599, p. 40-41. 6. P. Gyllii, De Topogr. Const., p. 32-33. 7. Cf. K. Krumbacher, Geschichte der byz. Litt?., p. 7.
OR