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LA MOSQUÉE DE PARIS

Une grande nouvelle. On va élever une Mosquée à Paris. Des simples croiront peut-être que je fais erreur et que c'est d'une Eglise qu'il s'agit. Pas du tout. C'est bien Mahomet, non le Christ qui doit avoir les honneurs du nouveau Temple. Des journaux dont on ne peut suspecter la foi ni la bonne foi, le Temps et le Gaulois, célèbrent cet événement comme une heureuse chance qui nous est échue. Des chrétiens notables comme M. de Galliffet, le prince Roland Bonaparte, le marquis de Noailles, le prince d'Arenberg, les députés Aynard, de Kerjégu, Etienne, d'autres encore ont conçu l'idée de cette entreprise. Ils ont avec eux, nous dit-on, le Préfet de la Seine, un conseiller municipal, des artistes, des industriels. Le prince de Sagan, qui sent le fagot, s'est abstenu. Le clergé, de même, se tient à l'écart. Quoi qu'il en soit nous aurons notre mosquée, et l'on nous fait même entrevoir la création d'une université musulmane,

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en attendant les universités françaises qui sont en retard.

Faut-il se réjouir de cette nouvelle conquête de l'esprit religieux, ou déplorer les progrès en terrechrétienne d'un culte ennemi du Christ? Je ne saurais le dire. Le -Temps exprime l'opinion que « si le principe de la liberté de conscience permet de souscrire pour une mosquée », il commande également la tolérance à « certains cléricaux de la libre-pensée ». Evident encouragement aux prédications enflammées de M. d'Hulst, qui réclame., en pleine chaire de Notre- Dame, l'appui du bras séculier pour nous faire tous rentrer de gré ou de force dans le bienheureux giron de la Sainte Eglise romaine.

J'admire sans doute la grande leçon de tolérance que nous donnent M. de Galliffet et ses amis, en contribuant de leurs économies — que sollicitent tant d'oeuvres catholiques — à élever dans Paris un temple mahométan. Je me félicite également des grands avantages qui doivent résulter de cette initiative chrétienne pour raffermissement de notre empire algérien livré par nous d'ailleurs à la domination juive. Cependant, je ne puis me défendre à ce propos de certaines appréhensions.

Chacun sait que le mahométisme a de tout temps opposé une muraille infranchissable à l'expansion de la religion du Christ. On a vu, on voit encore, des chrétiens abjurer l'Evangile pour le Coran. Mais, en dehors de quelques rares nègres soudanais convertis à. coups de verres de tafia, le mahométan. reste invariablement fidèle à son Prophète. Avec toute sa fantasmagorie de Pères Blancs — ralliés à la République aux sons de l'ophicléide et du trombone — qu'est-ce que le cardinal Lavigerie a jamais gagné sur les

Turcs ou les Arabes? Rien du tout. Ce n'est guère.

Yit-on jamais Mahométans élever, de leurs deniers, une église chrétienne? Non, car ces gens croient. Voilà tout leur secret. Comment se défendre alors d'un pénible retour sur nous-mêmes, quand nous voyons l'argent chrétien, qui devrait être employé à la conversion des infidèles, servir à encourager un culte que l'Église catholique voue pour l'éternité aux flammes de l'enfer?

Est-ce bien sérieusement que l'on nous parle des convictions catholiques de l'aristocratie française, quand son organe le plus authentique, le Gaulois de M. Arthur Meyer, se félicite de voir un Noailles propager la religion du Coran? Tant de scepticisme m'afflige, au point de vue de l'art, chez des croyants de convictions si bruyantes.

Ils sont justement en train, je ne sais où, de célébrer le huitième centenaire de la première croisade. Quelle ironie! Que fais-tu Coucou- Piètre? dit" Pierre Capuchon ou Pierre V Ermite, toi dont l'éloquence entraîna le pape Urbain II au concile de Clermont où fut décidée la guerre sainte. Lève-toi du tombeau, brave fanatiseur de Gautier Sans- Avoir et de ses multitudes, toi qui, longtemps avant le départ des nobles seigneurs, avais déjà conduit 60,000 pillards en Asie où les Turcs en firent un si grand massacre.

Que voulais-tu? Délivrer le tombeau de Jésus, souillé de la main des infidèles? Eh bien, le Musulman, que tu chassas pour un jour, monte la garde encore au sacré sépulcre. Des soldats turcs bâtonnent, jusque dans le lieu saint, les foules chrétiennes qui s'écrasent en hurlant de douleur ou de piété, pour arriver à toucher la pierre où reposa le dieu mort.

Oui, cela est encore, après que tant de vies chré-

tiennes ont été sacrifiées pour que cela ne fût pas.

Et ce n'est pas tout. La ville de Constantin, Tantique rendez-vous des croisés, est maintenant aux mains de ce même Musulman qui n'a pas craint de franchir le Bosphore, pour planter son croissant rougi de sang chrétien, sur le continent de l'Europe, terre sacrée de la Croix. Depuis plus de quatre siècles, la Sainte-Sophie de Justinien, le temple merveilleux où tu t'es agenouillé dans l'extase, est la proie du Mécréant qui en a chassé le Christ. Quand le sultan Mahomet II y entra à cheval, piétinant les cadavres des fidèles, le réprouvé, en signe de sa domination barbare, imprima sa main sanglante à la muraille bénie. La trace y est encore.

Et les chrétiens qui sont en force aujourd'hui, qui pourraient à leur gré faire repasser le Bosphore à l'Infidèle, purifier l'Église chrétienne, la rendre au vrai Dieu , effacer la main sanglante sur le mur, pousser victorieusement jusqu'à Jérusalem, délivrer le Christ prisonnier dans son tombeau, consacrent l'effort de leurs armées à maintenir la profanation des temples, l'abominable souillure des lieux saints. Il y a quelques années à peine, le Tsar catholique orthodoxe était aux portes de Constantinople. L'Europe chrétienne l'arrêta. Et les mêmes gens qui parlent de fêter Coucou Piètre et la première croisade, économisent quelque monnaie pour opposer dans Paris le temple de Mahomet à la Chapelle de Saint-Louis qui reçut la couronne d'épines avec les clous de la Croix.

Alors, qu'on ne nous parle pas de la liberté de conscience , qu'on réclame simplement la liberté de l'hypocrisie. Soit. Cette liberté-là aussi, doit être respectée. Elevez librement vos temples contre le Christ, ô chrétiens. C'est à la Révolution que vous devez de

n'être pas conduits au bûcher par vos prêtres pour ce forfait exécrable. Mais pendant que vous édifierez les impies du spectacle de votre pieuse incroyance, d'autres, honoreront d'un salut les derniers croyants, les hommes qui, comme M. d'Hulst, réclament au nom de leur foi le droit de contraindre par la force quiconque ne s'abandonne pas, en corps et en esprit, à l'Eglise « Les puissances temporelles jureront d'exterminer les hérétiques » dit le concile général de Latran, qui ajoute : « Tous ceux qui seront trouvés atteints du seul soupçon d'hérésie, s'ils ne prouvent leur innocence, seront frappés du glaive... que le seigneur temporel qui négligerait de purger sa terre de V infection helvétique soit mis à la chaîne de V excommunication. » Voilà la vraie doctrine, confirmée par tous les Papes jusqu'à Pie IX et son syllabus.

Comment l'Église, qui doit nous sauver du socialisme, a-t-elle chance d'agir sur les masses dévoyées, quand ceux qui doivent donner l'exemple de la soumission aux enseignements de la Chaire infaillible, scandalisent le monde en élevant impudemment autel contre autel?

Il faut que le vieux monde périsse avec sa foi, ou qu'il soit sauvé par son dogme de fer et de sang. Si M. d'Hulst est vraiment, comme j'ai lieu de le penser, un croyant des anciens jours, qu'il, s'inspire du noble exemple de Polyeucte, et qu'il aille bravement saccager le monument odieux de l'impiété chrétienne. Tous les catholiques sincères l'applaudiront...

Il est vrai que les autres le mèneraient au poste...

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