‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 13 sur 56 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dieu l'épouvante par des coups de tonuertv , qu'il Jaii tomber une nuit dans sa maison et sur son lit pendant qu'il était couché.

Dieu qui n'a que des entrailles de miséricorde pour tous les pécheurs pendant qu'ils sont sur la terre; , étant assis au trône de ses grâces et de sa clémence, • à l'égard de ceux qui sont en cette vie , ne cesse de nous exciter pour nous faire lever du sommeil léthargique du péché} 1rs uns, par des sentimens d'amour, leur rappelant celui qu'il a eu pour eux de tonte éternité; les autres, par des sentimens de crainte d'êti'e y pour jamais condamnés aux flammes éîernelles. Mais ■ celui dont nous écrivons la vie ne les craignait pas plus qu'il ne les croyait , il faut que Dieu raidisse son bras pour lui faire ressentir quelques étincelles de sa colère.

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Ne voulant 'donc pas le perdre, il arme le Cielf contre lui , il fait trembler la terre, faisant gronder' les tonnerres, et il lance des foudres et des éclairs pour l'épouvanter.

Notre furieux et insensé n'ignorant pas que c'était à lui que tout cela s'adressait, entreprend de se mettre en défense. O audace aveugle et extraordinaire ! il fait lever son valet pour lui apporter ses armes, arme ses pistolets, et va les tirer par une fenêtre contre le Ciel , comme s'il eût pu arriver jusqu'à percer le cœur de Dieu ! Ayant commis cet effroyable attentat contre Dieu , il retourne se coucher, comme s'il eût été déjà bien en repos, et fort assuré de la victoire qu'il croyait avoir remportée; mais , l'insensé qu'il était, il ne savait pas encore qu'il portait dans son sein le seul ennemi qui lui attirait tous ces orages; je veux dire son endurcissement de cœur et son obstination dans ses pécbés.

Le tonnerre qui semblait s'être éloigné, retourne sur sa route fondre sur le toit de sa maison ; en effet il tombe le long de la muraille de sa chambre et brûle' l'un des piliers du lit où il était couché. Ce qu'il fît voir le même jour à des personnes qai me l'ont dit et qui sont encore en vie ; mais il v»ut mieux l'entendre parler lui-même.

Voici donc une partie de l'histoire qu'il a racontée publiquement : « Tn jour (dit-il), en revenant de i Rennes chez moi, il faisait si mauvais temps, des ' éclairs si continuels et de si horribles coups de tonnerre que je ne pouvais presque plus retenir le cheval sur lequel j'étais monté , qui pensa plusieurs fois m'échppper, tant il était épouvanté; moi, au con-

( 37 ) traire, je n'avais point dr peur. La foudre et la tempête étaient si grandes que quand j'entrai dans la cour de ma maison, un arbre, qui était près de la porte, tomba sur la m^'me porte où je passais, comme j'étais déjà un peu avant dans la cour. Ce que je fis étant entre , ce fut de m'en aller froidement trouver mes domestiques qui travaillaient dans une grange, pour les rassurer dans la peur où ils étaient, leur disant ( en me moquant ) que je croyais que tous les diables étaient décbaînés. J'avais horreur d'entendre seulement dire qu'il fallait prier Dieu ; je donnais des malédictions au Cirl , et ensuite je m'en allai dans ma chambre. Je me couchai , et dorninis profondément et lîans aucune crainte, lorsque voici que sur le point du jour le tonnerre tomba sur ma maison, perça deux planchers qui étaient au-dessus de la chambre où j'étais couché , et tomba sur mon lit.

» Comme il y avait au coin de la même chambre deux valets qui y étaient couchés qui furent toute la nuit dans une si grande crainte qu'ils ne purent dormir, tant ils avaient peur de tant et de si effroyables coups de tonnerre , ils s'écrièrent : uHé! mon Dieu! nionsieur, voilà le tonnerre qui vient de tomber sur votre lit. » Mais je ne m'émus point de tout cela; au contraire , je ne fis que me tourner d'un côté sur l'autre , disant à mes gens qu'ils avaient bien peur de peu de chose ; je m'imaginai que la puanteur que le tonnerre avait laissée dans la chambre, venait de ce que les éclairs avaient pris à l'amorce de mes pistolets que j'avais armés de nouveau, après les avoir tirés contre le Ciel avant de me coucher, et que c'était pour cela que la chambre sentait ainsi; après je continuai mon sommeil, sans me mettre plus en peine. »

11 devait 5 ce semble, profiter de ces enseîgnemens et de ces menaces de châtimens, pour n'en pas encourir de plus terribles et éternels ; mais il fit passer cela SODS couleur de songe et de pure rêverie*

Dieu ne le laissa pas néanmoins tranquille pour celte seule fois , et n'ayant point d'instrumens plus sensibles pour témoigner sa colère que les foudres et les tonnerres qui faisaient trembler les plus justes, il redoubla ses coups plusieurs fois.

L'ayant surpris un autre jour au milieu d'une lande, monté à l'avantage, où il fut environné d'éclairs, les tonnerres l'abattirent par terre. Son cbeval s'étant remis debout , il fut épouvanté , sans doute , et fut contraint de se cacber sous le ventre de sa bête , pour se mettre à l'abri do la colère de Dieu, sans toutefois le respecter et sans lui demander miséricorde.

«Une autrefois (dit- il), il m'arriva encore un autre accident, c'est qu'ayant eu avis qu'un certain bomme m'attendait pour me tuer, une nuit fort obscure , en un endroit que l'on m'indiqua , je voulus y aller pour savoir si cet bomme s'y trouverait j il y était en etfet , et me. tira un coup de fusil à bout portant, dont je ne fus point offensé. Tout cela ne faisait que m'aniraer davantage à me battre, voyant que j'écliappais toujonrs et n'étais jamais blessé.

CHAriTRE IX.

Sa hmine contre Dieu, contre son Eglise, contre ses to.'n titres et les personnes gui lui sont consacrées.

D. A>s cette vie si licencieuse, si débordée et si scandaleuse, et qui paraissait telle aux yeux de tout le

( 59 ) monde , îl ne laissait pas tle fréquenter les églises et quelquefois m<*me Ifs Sacrnnieiis; raais ce n'était que pour les profaner. S'il- était à l'église , ce n'était pas pour ne paraître point impie et athée aux yeux des hommes; car il ne craignait rien , après av oir perdu la crainte de Dieu. Il y entrait donc pour les profaner par des gestes , des actions , des postures et des paroles lascives et scandaleuses.

Il faisait d'extravagantes risées de toutes les cérémonies de l'Église et des Saints-Sacremens , et autant que les assistans s'étudiaient à se rendre attentifs et respectueux à la célébration des saints mystères, il tâchait de Irs distraire par mille singeries, n'ayant rien plus en horreur que de voir qu'on adorât un Dieu si bon et si miséricordieux qui lui avait fait tant de biens, sans qu'il en voulût reconnaître aucun, ni sacrifier à aucune autre puissance qu'à ses propres passions.

II faut bien dire que ces esprits malicieux qui tenaient notre rebelle enchaîné et captif, étaient d'une «ature ou d'une qualité bien différente de ceux qui tourmentaient Saiil; car, bien loin de s'apaiser ni les uns ni les autres par le chant des hymnes et des cantiques sacrés , il en devenait plus enragé , grinçant des dents contre ceux qu'il entendait; et (seloa qu'il m'a dit) il eût volontiers donné de l'argent pour les faire taire, n'ayant point d'autre plaisir que de les contrefaire, les mépriser et s'en moquer, et c'était pour cela qu'il passait son temps dans les églises.

Ah! divin Jésus, fds de Dieu! vous avez témoigné tant de rèle pour la maison de votre Père lorsque rou» viriez parmi nous, que vous en chassâtes un Jour à

( 40 ) coups de fouets les vendeurs et acheteurs profanes que vous y rencontrâtes; où sont à présent ces fouets et ces verges, ou plutôt, ces foudres pour exterminer du milieu des saints temples et de dessus la terre ces infâmes qui y fout tant d'insolences et qui s'étudient à y faire et y entretenir des commerces lascifs et diaboliques.

Le nom de Dieu ne lui était pas seulement odieux dans les lieux saints et sacrés, mais en tous les -autres; et, dans les chemins, quand il rencontrait quelques pauvres qui lui demandaient l'aumône aU nom de Dieu, cela le rebutait. Il la leur eût donnée plutôt pour le maudire que pour le bénir, et son aveuglement l'a porté jusqu'à leur donner l'aumône, à condition qu'ils n'useraient point de ce mot de Dieu. Il m'a dit lui-même qu'alors il le blasphémait, pour contredire toutes ces louanges et bénédictions de Dieu qu'il entendait.

Voici ce qu'il en a raconté lui-même après sa conversion : et Je faisais souvent l'aumône aux pauvres et j'avais compassion de leurs misères, mais non pas pour l'amour de Dieu , ni de la sainte Vierge , car de cela je n'en voulais point entendre parler; et ayant horreur de tels discours, si un pauvre me disait : «Je prie Dieu qu'il vous le rende 5 n ou bien : uJe dirai un Atfe Maria ou mon chapelet pour vous ; je lui disais qu'il ne parlât point de cela, et que je n'avais que faire de ses Atfe Maria; que si j'allais à l'église, c'était pour eu sortir aussitôt, si je n'y trouvais des personnes de mon humeur, et si l'on me disait qu'il n'y avait plus de messes à dire, je répondais : ull n'eu faut point non plus. »

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