CHAPITRE XIX
Après quelques autres épreiwes, il prend les ordres sacrés et est foit Prêtre.
Comme il est très-important d'avoir lecours à Dieu par la prière , pour savoir en quelle condition il veut que nous le servions et que nous fassions notre salut, la première demande que notre converti fit à Notre- Seigaeur dans toutes ses retraites, dans tous ses exercices et ses prières depuis sa conversion , fut, comme lîous avons déjà dit, qu'il lui fît connaître par quel moyen il pourrait plus parfaitement accomplir sa sainte volonté.
S'imaginant d'abord que Dieu se sert le plus souvent des talons et des dons naturels qu'il nous a donnés, et qu'il y ajoute et proportionne les grâces intérieures, ilrapprlla ses forces, ses adresses et son courage qui lui étai'^nt si naturels, et il lui reprit envie de s'en servir pour la gloiredeDieu, le bien du prochain^
( 77 ) Cl pour son propre salut; mais avant que de s'y rugagcr solennellement et tle profession , par l'acliat Je quelque office tle grand-prcvôt ou autre , il commença d'en faire les fondions dans quelques cantons du voisinage de sa maison par un esprit de pure charité. Ayant donc appris qu'il y avait une troupe de voleurs qui ravageaient et pillaient impunément les villages , et se cantonnaient dans le Lois jour et nuit, et dans le parc de l'abbaye de Lanveau , tant pour voler les pauvres niarcliands qui passaient près de là, que pour y tenir le fort , il s'y en alla un soir, au clair de la lune , menant seulement un valet avec lui pour porter une de ses armes; mais, comme ces voleurs ne marclialent pas sans espions, l'ayant découvert couché à plat contre terre près d'un ruisseau, ils se mirent en posture de le tirer à coups de fusil; le voyant lever à genoux pour dire la salutation angélique que l'on sonnait à l'abbaye , ils prirent ce temps et ne manquèrent pas de lui percer le collet de son pourpoint de quantité de dragées gui atteignirent jusqu'à la chair, dont son collet den*ura ensanglanté.
Notre généreux pénitent ne laissa pas d'achever son oraison à genoux, sans s'émouvoir de ce coup, puis voyant qu'il ne pouvait les poursuivre au travers des bois , il va les attendre à un quart de lieue proche, où il y avait un cabaret qui leur servait quelquefois de retraite. En effet , il y avait une partie de ces voleurs qui le reconnurent encore sans qu'il pût les aperce voir; mais ils n'osèrent l'attaquer, soit par terreur, ou par la pensée qu'ils ne pouvaient rien sur celui dont Dieu prenait la défense.
La peine inutile qu'il avait prise en cette poursuite
( 78 ) et le danger qu'il y courut , l'obligèrent de cbanger d'opinion, ou plutôt Notre-Seigneur lui inspira d'autres desseins. Nous ayant appris, pcir son exemple, que ce n'est pas par ces sortes d'armes qu'il a vaincu le monde et tous ses autres ennemis; ne voulant donc plus qu'il se nourrît desanget de vengeance, il l'appela à l'ëtat de clericature. Il eut peine à se résoudre de s'engager à cet état, dont il s'estimait tout-à-fait indigne, ne croyant pas avoir toute la pureté de cœur et d'esprit qui est requise pour traiter le plus auguste dei sacremens; mais il aiuia mieux obéir à Dieu et suivre le conseil de ses amis et de son directeur, quede s'altacber trop opiniâtrement à son propre sentiment. Il reçut donc l'ordre sacré de Prêtrise le 28 mar s 1637, par l'imposition des mains de monseigneur l'illustrissime Evêque de Vannes , Sébastien de Rosmadec , et Dieu lui conféra la grâce sacerdotale en telle abondance qu'il devint doublement père des pauvres , les assistant corporellement et spirituellement : ce qui était les deux avantages qu'il s'était proposés. D'ailleurs, comme il sVtait déjà résolu de mener la vie d'un pèlerin perpétuel , ce lui était une grande satisfaction et un repos de coi.science extiême de pouvoir célébrer tous les jours la sainte Messe et prendre ce pain des Anges qui est la force des voyageurs, et dé se mettre bors de danger de la perdre les jours qui sont commandés de l'Eglise par quelques égaremens dans les cbemins , portant pour cet effet et du pain et du vin, de crainte de n'eu pas trouver dans les lieux éloignés des v-lles.
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