‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 25 sur 56 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

// fait un second çoyuge à Louàun étant Prêtre , tant pour rendre ses actions de grâces des premières Jàveurs quil avait reqiiss de Notre-Seigneur^ que pour en demander d'autres.

N'ayant jamais ressenti de plus puissantes et de plus elficaces touclirs pour son entière conversion que celles qui le rendirent parfaitement Tictorieux du pécbé, do l'enfer, du monde, de soi-même et des démons, par les démons mêmes, comme instrumens de la puissance de celui qui les a vaincus , il entreprend un second voyage à Loudun , par une vocation aussi divine que la première 5 mais non pas si inopine'e de son côté.

Y étant arrivé dans un équipage si changé et si réfoi'mé qu'il était méconnaissable à lont le monde, il entra dans l'église de Sainte-Croix où se faisaient alors les exorcismps, prenant toujours sa place en un coin de l'église, où il demeura jusqu'au neuvième joiu", sans que personne pûl le connaître ou lui parlât.

Le motif principal qui obligea M. de Quériolet d'entreprendre ce second voyage de Loudun, était de demander h Notre-Seigneur les lumières et la grâce de elioisir un état et line condition en laquelle il le pût servir plus parfaitement et accomplir fidèlement sa volonté, se persuadant qu'il pourrait aussi bien se servir des démons, comme instrument pour cet effet, qu il s en itait déjà servi pour celui de sa conversion. Et de fait, ayant passé huit jours entiers sans aucune

réponse ni attaque de sa part, enfin , le neuvième, le diable, contraint par la puissance de Dieu et la vertu de son humble prière, commença à faire tout le discours suivant, comme il l'a rapporté lui-même en ces propres termes :

« J'e'tais déjà , dit-ii, au dernier jour de ma neuvaine pour demander instamment à Dieu qu'il me fit connaître sa sainte volonté et l'état auquel il voulait que je le servisse, lorsque le diable, exorcisé par le bon Père , commença à parler de cette sorte : « Je » ne sortirai point que tu ne fasse sortir ce malotru )i de gueux , qui est au bas de cette église. » Ou regarde étonne me voit point, parce que j'étais derrière un pilier. Le Père recommença, continuant à l'exorciser, le diable recommença aussi à lui dire ces paroles : «Fais donc sortir ce coquin qui est là-bas der- >' rière ce pilier, qu'il j a si long-temps que je sens 3' ici. »

» Le Père m'ajant enfin aperçu, vint à moi, me parla et me demanda ce q^ue je faisais là. Je lui réponds : a Mon Père, vous voyez que je prie Dieu, » en lui montrant mon Chapelet que je tenais dans la main. Après quoi le Père s'en étant retourné pour continuer les exorcismes , le diable continue encore à dire : a Que tout résolument il ne sortirait pas, si » on ne chassait ce gueux-là.»

» Le Père revint à moi, et au lieu de me faire sortir, il me fit approcher. J'approche donc, mais avec quelque sorte de peur et en me tournant à demicorps ; le diable me voyant auprès de lui en cet état , commença à me dire • « Hé ! parles donc? Hé ! » comment te voilà fait avec tes guenilles? De quoi

( 81 ) » t'es-tu avisé, (lis donc, faiseur de pèlerinages, de )i venir ici en cet équipage? » Il faut remarquer que le Père ne savait pas encore que je fusse Prêtre*, ni que ce fût moi qui fusse ce conseiller de Bretagne qu'il avait vu auparavant. « Tu as demandé à Dieu (me » dit le démon) de te faire connaître sa volonté. Or, j> je te dis que la volonté de Dieu n'est pas que tu em- » brasses la pauvreté du cloître, parce qu'elle est trop » honorable pour toi ; mais que tu vives en pauvre » Prêtre parmi le monde. Tu as reçu beaucoup et de » très-grandes grâces de Dieu parle moyen.de la Vierge » Marie; elle a mis le bras jusqu'au coude pour te reti- :> rerde l'enfer; et je le disque tuserasaussi grand saint >' dans le Ciel que tu as été grand pécheur sur la terre, » si tu continues de vivre comme tu commences; mais » sois bien assuré que nous te donnerons bien de l'exer- « cice pendant ta vie et que nous ne manquerons pas » de te tenter et de te tourmenler. «

« En effet, disait M. de Quériolet, l'interrompant en cet endroit , je suis à présent plus tenté que jamais. » Ensuite le diable reprenant sa narration , et continuant à parler, me dit en ces termes :

» Tu es à présent bien mortifié ; je t'ai vu autrefois 1) si galant et si joyeux. Pourquoi portes-tu ces habits j) et cette gro3se chemise? Je t'ai vu autrefois bien » couvert ; à présent il faut que tu te caches. Tu veux ' vivre comme un second Alexis, je m'en doute, tu » l'as pris pour patron.

Hélas ! pauvre homme , ta course est bien lourde )> selon la nature , mais selon ia récompense de l'os- » prit , elle est bien légère.

' Tu as fait de grandes demandes à Dieu. Tu lui as

( 8-2 ) > demandé la porscvérance dans la résignation à sa vo- »lonté. Tu lui as dfinandé l'esprit de pauvrele , la )» grâce df niftlre en oubli ce que tu as été et de n'v » penser plus, vivant dans la connaissance de ton néant. » Quel(|ucro!S nous te faisions sentir quehjues petites » difficultés h la nature , \p\ et tel de mes parens, que )) diront-ils? Et après tu disais : Il m'importe, Sein gneur, je ne veux pas vivre dans ces pensées. »'

u II ajouta ensuite: « Sais-tu bien ce qu'il y a? Garde «bien tes vœux austères; si tu t'appuie sur la nature, » tu ne seras guère bien appuyé. Tu pries Dieu qu'il » te fasso connaître ce qu'il veut de toi ; je n'ai autre » chose à te dire, sinon que Dieu t'en ouvre la vole; » suis le chemin par oiiil te conduira. » Et se tournant vers les assistans , il leur dit : « Il a quitté ses parens « et sps amis, il a déi ogé à la noblesse pour servir Dieu » et embrasser la Croix. Si cet homme continue , il « nous fait un trrrible fouet à divers cordons. Là ' là ! » cœurs généreux. A bas! à bas! voici ponr prendre » les plus grandes douleurs de cœur qu'un diab'e puisse j) prendre de regarder un homme de la sorte ( parlant M de mon cliétif équipage). Dégoûtant, dégoûtant! » Que ne te mettais-tu plutôt daus un cloître?... Ah! » changement étrange ! »

Le Père exorciste lui disant : « C'e:nt toi qui as fait 5) ce changement , c'est toi-même qui as peint ce tan bleau de Pénitence. »

Le démon répondit : « Si j'avais fait cela, je n'y au- » rais pas mis des couleurs si chaudes; les couleurs » qu'on y a mises sont trop cliaudes pour moi. »

uSur ce que le Père cxojciste lui répartit : «Que » c'était lui qui avait planté la foi en moi. »

» Le (Icinon repondit '■ «Je ne suis pas le planleur de « foi ; » et , voulant fuir, le Père lui dit : « Où fuiras- »tu?» — «Ah! qui ne fuirait (réponiîitle démon )j « voilà qui est bien affreux? Voilà qui est capable d'é- » pouvanter tout le monde. » Et en disant cela il me montra îiu doigt. « Autrefois il faisait du ff iidant et du n terrible devant les hommes, tout le monde le redou- )i tait, et maintenant ilnV plus de courage; cache-toi, ■ cache-toi?

» Venez , vrnez à Loudun , vous autres mondains, « qui êtes si joliment vêtus; et vous autres eccicsiasti- » ques et chanoines , qui êtes si gentils et si poupins, » et vous deviendrez fous et gueux comme celui-ci.

M Vraiment tu fais bien de l'honneur à tes parens, » gueux que tu es? Il ne le faut plus que l'hôpital, c'est » ce qui te reste.

» Voilà un beau conseiller de gueux , un conseiller " d'aumônerie ; il a pris un mauvais conseil pour moi. » Son palais est un palais d'aumônerie et de gueuserie ; nses conseillers et ses collègues sont des gueux.

» Deux silences me font parler aujourd'hui (dit-il u tin jour) , à savoir le silence de celui-là ( en mon- « trant le Saint-Sacrrment ) et le silence de celui-ci, » ( en se tournant vers moi et me montrant. )

» Tu es devenu pauvie Prêtre? Ah ! je ne puis aller » là, ni m'en approcher. >»

» Puis me montrant le Saint-Sacrrment :« Quand a je me mets là-dessous , je suis renvoyé à un gueux ; " il faut que j'aille faire le souple devant lui comme M un chien. Je l'ai gourmande, maintenant il me gour- » mande, m

» Et ensuite il criait horriblement par plusieurs

( 84 ) fois: e Ali! changement étrange !... (et montrant une face hideuse et épouvantable, ) il dit : ce Je lui montre M à présent un échantillon de ce qui est sorti de chez "lui. Puisque Je ne puis faire cela intérieurement '■>* à l'àme (montrant ses mains comme des griffes, et » faisant semblant de me venir déchirer le visage) , ne

^^>Wferai-je pas du moins au corps? s

*. 1) Ah! que tu me fais griller, caractère sacerdotal ! " C'est le grillon des grillons, parce qu'llfaitvenîr legril )) qui me grille. Ah ! que je suis mal ! «

» Le Fère m'ayant fait mettre les mains sur la tête de la possédée : «Voilà qui ëtt bien chaud pour moi » ( dit le démon ) , le feu qui te brûle m'est bien con- » traire. C'est un changement que vous n'avez pas

> tous ( continuait-il en parlant aux assistans), d'a- » voir changé les ameublemens du diable en ceux de 2 Dieu. Il n'j avait en lui que vanité et que superbe, s à présent il n'y a que des haillons. Il n'y avait que 3) des feux de concupiscence, maintenant il ne regarde I que la terre j il n'y avait qu'aversion, et aujourd'hui

> il souifi'e tout. Hommes, écoutez-moi, si je tiens à » vous , coupez de votre côté , et je tomberai à la ren- , verse. Quand j'aurais été lié à l'homme dès le point » de sa naissance, sitôt qu'il vient à regarder son Dieu, » il faut que je me retire. Hé quoi ! ne fallait-il donc » qu'un peu de cette ro.sée céleste que tu goûtes pour ï te convertir?»

I Parlant du Saint-Sacrement, il disait encore ; « Quand on est une fois enivré de ce ,vin , on ne se » soucie plus de rien, quoique l'on fasse. Si ce nous a ï cté un grand crève-cœur de voir Dieu se couvrir ï des haillons de voire nature, y cachant etanéan-

( 85 ) » tissant sa grandeur, ce nous est aussi une grande rage ■)■> devoir un homme autrefois en toutes sortes d'ordures » et de peclics, liabillé de ioie et de riches elolFes, » quitter tous les honneurs, les diguitc's, les plaisirs » et les richesses, poui cacher Dieu sous de chclifs n haillons.

j) Je joins les mains devant un gueux (poursuit, le »de'mon). Ah! la giieuserie! qu'elle fait de mal au }i d ahle quand elle est pareille à celle-là. C'est un vrai n gueux, un gueux volontaire; de toute la bande de » gueux que je mettrai après lui, il n'y a que le Maître » qui me fas3e mal. 11 ne se voit pas beaucoup de gueux « qui fassent crier le diable. Courage , courage ( dit- » il à une troupe de gueux qui étaient présensi, il n'y )i a point de gueux pareils à celui-là. C'est un gueux » de commande (et se retirant il dit, s'adressant à moi) . » Ah! qu'il fait bon se rendre gueux et pauvre de » toute chose , pour s'enrichir de la grâce. Regarde- )•> moi, regarde-moi, mon houjTeau,» me dit le de— mon.

Il Etant revenu une autre fois aux exorcismes , le démon s'e'cria : «Ah ! que tu es laid ! ( Puis il dit, me n montrant le Saint-Sacrement. ) Puisque toute sa n beauté est entrée dans ce conseiller, et qu'elle me fait » fuir, je suis forcé de le calomnier au dehors. Quand » vous voyez un homme dédaigné et déchiré qui se » méprise , dites hardiment que le dedans est préparc )^ pour recevoir son Maître^

» Le musc de notre conseiller est à présent toute » sorte de puanteur-, îi et s'adressant à moi, il me dit : r» Tu es déjà en l'autre monde, tu es sorti comme » d'une caverne de dessous terre j tu maîtrises la vanleurj tu as tout quitté, chez qui te retircras-tu

» Là , là , messieurs du palais , quittez vos l'obes et « vos charges, et vous rendez gueux comme celui-ci, a et allez à l'hôpital si vous voulez avo*'r clu pouvoir » sur les diables.

>i II u'y a plus ;ien qui lui fasse peur, coucher den hors, vivre comme ui: gueux, demeurer à l'hôpi" » tal. Quant aux injures que tu as enduré de ceux qui )i t'ont appelé fou , il faut bien que tu en souffres » d'autres. »

Là, le Père exorciste me disant que j'appliquasse mes mains sur la possédée.

« Non (dit le démon) , je neveux pas qu'il me toun che, car il touche de ses mains les plus puants. Tu )i me feras bien endurer, tu ne jeteras pas ton bien » par les fenêtres, tu le donneras par main-tierce à r> celui-là. 51 En disant cela il montrait le Saint-Sacrement, puis il répartit : «Tues un faux avàricieux, r tu donnes tout le menu , pour le trouver un » jour tout en un monceau. Tes guenilles sont-elles )i fourrées de superbe? La superbe cacbée est dange- » reuse, car on veut faire loger Dieu avec le diable 5 » et Dieu sort et laisse le diable maître.

» Ah ! que cela est dangereux ! Nous avons chez nous » des haillons et des guenilles, aussi bien que de be'les » bardes. Nous sommes habillés de diverses façons; » tout nous sert ; Die» donne à chacun ce qu'il lui faut; >i tous les hommes ont de quoi se défendre de nous, et » nous avons de quoi attaquer tous les hommes.

)•> Quand vous voyoz un homme subtilement piqué, f dites-lui hardiment : «Tu as quelque chose du diable » qui le maîtrise. Il ne se faut pas assurer ni se gloriji fier avant le temps de la victoire. Si nous ne pou- » vons te donner de la superbe du côté des honneurs

( 87 ) » et des richesses, nous lâcherons de la lourrer sous • trs haillons. Nous eu séduisons plusieurs de la sorte; >■> nous sommes l)atelrurs habillés de différentes mari uièrrs : quand nous allons à des princes, nous leur » donnons des peiisces propres pour les tenter: quand )^ nous allons à desliailions, nous faisons à proportion.

n Quand tu vovais les belles demoiselles, tu ne fer- » niais pas les yeux , tu avais les moustaches relevées, ») tu étais un capitaine à notre mode j maintenant que » tu ne fais plus rien de tout cela, garde le péché » qui nous a fait tomber du Ciel; si cela n'y entre , )•> nous n'y tenons rien; ne sème pas dans ton champ r> pour y faire venir cette herbe, elle n'y viendra point, » tout aussitôt qu'elle y aura entré, arrache-là; elle )i n'y germera point

M Le temps a été qu'il ne fallait pas piquer le con- » seiller deux fois en un endroit, pour mettre la main !•) au couteau qui coupe des deux côtés; mais à pré- )' sent il porte la inartjue d'une peau bien dure et » d'un espi it bien mortïHé d'être piqué si souvent et i-i de n'en pas faire semblant.

)■» Il ne faut pas s'étonner si un corps auquel le diable » a eu paît auti efois , était si mou et si sensible, l'es- " prit étant si dur ; et si maintenant ce même corps )i est si dur et si insensible à tant de coups et d'incom- " moJites, l'esprit étant si souple aux touches de Dieu, X» si humble et si soumis à sa volonté. Voyez une âme » pleine de péchés; il n'y a rien de plus sensible pour » les choses du monde; elle ne saurait rien souffrir. " Tu sais bien ce que l'aune en vaut , conseiller , )' quand au moindre démenti tu mettais la main à " l'épée. rt

»i Le Père exorciste lui ayant fait commandement d'expliquer ses paroles , le démon refusa de le faire : mais il ajouta en s'adressant à moi : «S'il continue, il » pourra lui-même donner la distinction de ces deux » états, à savoir d'un condamné, et d'un ressuscité et » retourné en grâce. Je suis bien sot , moi qui n'aime » que la mort , de lui avoir donné un sujet de vie.

» Voilà qui est bien étrange , qu'étant à genoux il » a toutes les armes propres pour se défendre sans se » remuer, et auparavant il lui fallait remuer tout le n corps; il est vrai, mon gueux, c'est une cuirasse " que ton corps. Quand la grâce est entrée dans une •'1 âme, de la manière qu'elle est entrée en l'âme de n celui-ci , elle f st tellement liée à son objet qu'elle » ne sent point son corps , ni tout ce qui touche le » corps; car la grâce veut tout rendre semblable à soi. » N'est-il pas vrai que tu n'as pas autant de peur à » présent que lorsque tu marchais bien armé et bien » monté? Ne faudrait-il pas plutôt que tu fusses dans » un cloître? Tu nous fei'ais plus de mnl que quatre )' Religieux.

» Fou, fou, pourquoi vifns-tu ici? Debout, de- » bout, les genoux te font mal; mais une bonne fois, » genoux, vous pâtirez de ce que les pieds ont fait au- » Irefois, vous en pâtirez. Quand il a été un demi-jour )• à genoux , il n^a plus de sentiment. Celait le plus 11 vaillant homme, le plus généreux. Ah! voilà la vail- » lance, voilà la vaillance de l'homme; que les genoux » te puissent tomber. »

» Le Père exorciste dit an démon qu'il me voulait I induire à la superbe , et il répondit : « Je lui ai bâillé )i tout son fuit; je lui ai représenté son bourbier do^;

( 89 ) )i vaut les yeux; il a le bon et le mauvais Ange qui le » sollicitent; qu'il écoule Dieu et son Lon Auge qui » lui parient au cœur. Si vous aviez clé, ô hommes , » à la porte de l'abîme où s'exerce la justice épouvan- » laLle de Dieu, si vous aviez entendu lesjcris de ces rt âmc-s iutortunées qui sont détenues dans les prisons » du feu , pour avoir fait si peu d'état du sang de Jér sus -Christ, vous n'auriez jamais dans la pensée, ni » vous ne voudriez entendre parler d'autre chose que » des peines de l'enfer.

» C'est signe que ce Père n'est guère savant ; puis- » qu'il appelle un gueux pour faire les exorcisraes. »

Reprenant ensuite son discours et s'adressant à moi^ il me dit :

it Tu as fait vœu d'aller en pèlerinage à Notre-Dame » de Liesse ; mais va , va , avapt que tu y sois arrivé , » nous te dresserons bien des embûches. Tu iras et re- » viendras, mais ce ne sera pas sans beaucoup de peine; » car tu ne trouveras point où loger, et il faudra que » tu couches dehors; lu seras pris pour un espion dans » une ville où tu passeras; tu seras battu, elles gueux n te maltraiteront. »

» Or, quoi qu'on dise (ajoutait notre Pénitent ) que les diables ne savent pas les choses à venir, néanmoins tout cela m'est arrivé de point en point, comme il l'avait dit : car, en passant par la ville de Paris, je ne pus trouver où loger, et personne ne voulant me recevoir, je fus contraint de coucher dans un cimetière. Continuant mon chemin, dans une ville de Picardie, je fus pris pour un espion et je fus maltraité par les gueux ; et enfin j'arrivai à Liesse où je fis ma neuvaine, puis je m'en revins.

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