‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 28 sur 56 · CHAPITRE XXm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm

Ses Jeûnes et ses Abstinences.

L'intempérance étant une des principales sources de nos péchés, et le premier qui chassa nos premiers parens du Paradis Icrrrslre, M. de Quériolet ayant remarqué combien de fois il avait souillé son corps et son âme faite à l'image de Dieu par ce péché brûlai et en toutes espèces, fit résolution avec le roi pénitent d'employer tout le reste de sa vie à penser et repenser dans l'amertume de son cœur à toutes les dé- Ijauches, les sensualités et les saletés de sa vie passée , afin d'en faire lui-même la punition , autant que ses forces le pourraient supporter, sachant que l'Eglise ne nous présente aucun meilleur remède pour ces maux que le jeune , tant recommandé et pratiqué par Jésus-Christ et par ses saints. Il ne manqua pas, dès le commencement de sa conversion , de faire des abstinences et des jeûnes incroyables.

Il fit vœu de jeûner au pain et à l'eau pendant trois ans, si la rencontre de quelque compagnie ne l'en dispensait , ne voulant pas paraître au-dehors dans des pcnitencrssi extraordinaires. Mais nous pourrions mieux dire , que toute sa vie n'a été qu'un jeûne continuel ; et il le pratiquait même comme un remède salutaire , tant pour le corps que pour l'âme. Dans ses maladies qui lui étaient assez ordinaires, il ne ^e ser-

( 110 ) vaît communément d'aucini aulre remèdo ni régime que de l'abstinence redoublée dont il se Irouvait mieux le plus souvent, et jamais il ne s'est servi de médecine corporelle que par pure obéissance.

Je lui ai quelquefois entendu dire qu'il avait plusieurs fois essajé combien de jours il pourrait passer sans manger, et qu'il a trouvé qu'il en passait bien jusqu'à deux et trois de suite. Quelques-uns m'ont dit qu'il en avait passé davantage, ayant appris de sa bouclie ces deux particularités Tort étoiiuantes. La première, qu'ayant voulu faire la même expérience dans l'un de ses longs voyages, sans prévoir à la nécessité de la faim à venir qui ne pouvait être qu'extrême , et qu'enfin, tombant en défaillance après deux ou troifi journées de chemin, il mangea des croûtes de pain sèclies que quelques pauvres avaient laissées auprès d'un chêne, où il fut contraint de se coucher, et les trouva plus délicates et plus savoureuses que tous les mets les plus exquis qu'il eût jamais goûtés.

La seconde, qu'étant encore tombé en une pareille nécessité au milieu d'une campagne, et pour avoir jeûné de cette manière , il fut si abattu et si fort atténué de faim et de fatigue qu'il pensa mourir sur la place 5 il vit à trois ou quatre pas de lui , en se retournant, de la viande et du pain dans une serviette : repas que nous pouvons croire pieusement lui avoir été préparé plutôt par son bon Ange qu'apporté par aucune industrie humaine, tant la divine Providence est admirable envers se > serviteurs. En efifet , si Jesus-Christ rassasia dans le désert, avec cinq pains et deux poissons , plus de mille personnes qui le suivaient pour se nourrir du pain de sa parole ,

oubliant Ifxir nourriture corjjorelle, nous pouvons pi ésunipr de sa bonté qu'il n'ii paf manqué df> pourvoii" au Lesoin de son Disciplo, dont toute la vie était d'accomplir ses saints coinmandemcns.

11 n'avait rien tant en avrrsion que d'entrer dans des maisons où Kon ne parlait que de se réjouir et dfc faire Lonno chère, selon l'avis que le Sage en donne. Aussi ne s'y trouvait-il jamais, sinon lorsqu'il espérait}' rencontrer quelque occasion do parler de Dieu. Après avoir laissé parler les autres des affaires du temps et de l'état . il traitait des choses éternelles et de l'unique affaire qui nous est nécessaire dans ce monde, c'est-à-dire l'affaire de notre salut; et ses discours avaient tant d'efficace, que plusieurs s'en retournaient fort touchés de regret pour l'abus qu'il en avaient fa t, après être venus dans le dessein de bien passer le temps.

Il s'était tellement accoutumé aux viandes les plus plus grossières , qu'il les tiouvait de meilleur goût que les viandes délicates. 11 se pa«^sait fort peu de jours qu'il n'appoitût quelque morceau de gros pain des villages par où il pai-sait, qu'il prenait comme par aumône; et, comme s'il eût amassé un grand bulio, il le montrait à ses domestiques, non pas par aucune ostentation de son humilité, mais pour bénir Dieu d'une bonne œuvre à laquelle il avait contribué, donnant occasion à ses bienfaiteurs de mériîer une plus grande récompense dans le Ciel.

Il ne se contentait pas de soustraire à son corps l'aliment qu'il eût bien désiré , s'il n'en repa'ssait aussi l'indigent, ce qui est une des perfections du jeûne, comme nous eneeigneut les Pères de l'Eglise. A cet

( li2 ) effet , tous les matins , en revenant de dire la Messe, il passait par les maisons où il savait qu'il y avait de pauvres gens malades, et leur apportait quelques rafraîchissemens dont ils avaient besoin. Il n'avait du ▼in dans sa cave que pour la nécessité des pauvres, et non pas pour la sienne propre, sinon pour célébrer la sainte Messe 5 et quand il allait la célébrer loin de sa maison, il en portait lui-même dans une bouteille, afin de le laisser cliez les pauvres pavsans malades qui n'en avaient pas. Pour lui, pendant le temps de sa pénitence, il a toujours mis tant d'eau dans le vin qu'on lui portait à ses repas, qu'à peine retenait-il aucun goût du vin, et même il le réservait presque tout pour la Messe , le faisant le plus secrètement qu'il pouvait, de crainte qu'on ne l'importunât d'en prendre d'autre.

Quand il se trouvait à dîner dans des communautés religieuses, où l'on fait d'ordinaire la lecture pendant le repas, il s'arrêtait plus de temps à méditer quelque verset de l'Écriture-Sainte ou quelque passage des Pères, et quelque action héroïque des Saints, qu'à goûter et savourer les viandes qu'il mangeait; et il s'y était tellement appliqué, c|u'après la réfection il en faisait le sujet de son entretien, et souvent on s'apercevait qu'il laissait les meilleurs morceaux, et oubliait tout-à-fait de manger.

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