‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Ses aumônes et ses œuvres de miséricorde corporelle.

M. de Quériolet avait toujours eu beaucoup de tendresse et de compassion pour les pauvres, et l'on peut dire que toutes les actions les plus éclatantes et les plus admirables qu'il a faites jjendant sa vie, ont tire leur grande force de cette inclination naturelle qu'il avait eue dès sa plus grandf ji unesse à secourir les pauvres afiligés, mais princip;detucnt après sa conversion.

Il ne regarda donc plus tous ses grands biens que comme le patrimoine des pauvres et de Jésus-Christ en leurs personnes, n'en prenant plus que l'économie que Dieu lui en laissa, et lui recommanda pour paître sou troupeau , quoiqu'il se jugeât tout-à-fait indigne de cette cbarge, ayant fait tous ses effoits possibles pour se démettre de tous fcs biens et pour se retirer en quelque solitude ou en quelque cloître , afin d'y mener la vie d'un second Alexis.

Vous l'eussiez vu «lier de côté et d'autre pour cber- 'cber les pauvre-^ brebis égarées, rapportant quelquefois les plus faibles et les plus malî'.des sur ses épaules; et 'orsnu'il était trop éloigné de sa maison , i! les portait dans 1rs premières maisons ou îiôîelleries qu'il rencontrait, leu\' donnant de quoi se faire panser, tiaiter et habiller, après les avoir recommandés au maître i\\.\ logis, comme cet autre pieux. Samaritain. Il n'eut pas besoin de faire long-lcmps ce métier et

( it4 ) de les aller cbercîier bien loin de sa maison ; car aussitôt la voix d'un si bon Pasteur retentit jusqu'aux extrémîte's de la province et même plus loin, d'où les uns et les autres venaient en ("oHle pour être conduits et repus d'une main si charitable. Mais ce qui est très-digne de conside'ration est que le diable s'y trouva un jour déguisé, comme pour recevoir l'assistance que sa charité lui faisait exercer envers les yéritables pauvres.

Le diable s'étant donc revêtu d'un cadavre puant , se présenta à lui comme il était près d'arri\er à sa maison : il n'en fallait pas davantage, car M. de Quériolet ne donnait pas aux pauvres !e temps de lui demander : il ne l'eut pas plutôt vu, qu'aussitôt touché de compassion pour sa misère apparente, il lui aide à monter sur un fossé proche lequel il le trouva couché, et ne le croyant pas en état de marcher, il le prend sur ses épaules et le porte dans sa maison.

Il est croyable que Irs desseins de l'ennemi ne tendaient qu'à détourner notr« Pénitent de ses pieux exercices, ou du moins à se moquer d'une si excessive charité} mais il n'en remporta qu'une confusion plus enragée , car ne pouvant supporter plus long-temps l'ardeur d'une si sainte et si humble charité, il aima mieux se retirer dans les feux de ses prisons et de son supplice, que de demeurer dans un bon lit où il l'avait fait coucherj et pour paiement il ne laissa après lui qu'une fumée et une puanteur infernale avec le cadavre, auquel à peine trouvait-on aucune figure humaine. Notre pieux Samaritain , sans faire autre mine, ni publier les réflexions qu'il fit sur cette ren" contre , (it jf'ier ce cadavre infect dans un cloaque,

C fis )

rt voyant que personne n'en avait reçu aucune incommodité, il remercia Notre-Seigneur.

Il a ru autant de témoins de celle histoire qu'il avait pour lors de domestiques et de pauvres gens logés en sa maison ; ce qui Ht qu'elle fut rendue publique dans le canton. Sa charité le portait particulièrement à donaer en secret aux. pauvres honteux qui, par quelque respect humain , n'osaient faire connaître le hesoin de leur famille. Ses soins étaient de faire des dots à de pauvres filles pour les marier , ou les mettre dans quelque couvent, si elles en avaient la vocation; disant par l'expérience qu'il en pouvait avoir eue, qu'il n'y avait personne qui vécût en plus grand danger de se perdre que celles de cette condition.

Il se fût vendu d'aussi bon cœur pour les racheter s'il eût été nécessaire , comme cet autre Evêque de Noie, qui se vendit pour délivrer de la captivité des Barbares l'enfant d'une pauvre veuve. Un de ses plus grands souhaits était de découvrir les nécessités des uns et d.'s autres, en quoi il avait une industrie merveilleuse.

Dans ses voyages il allait toujours la bourse garnie, non pas pour subvenir à ses nécessites, mais pour celles des pauvres. Si par quelque accident il en échappait quelques-uns à ses yeux le long de ses routes , Notre-Seigneur l'éclairait quelquefois d'une vue surnaturelle pour découvrir leur besoin; ainsi qu'il lui arriva un certain jour que faisant voyage il se trouva comme arrêté au milieu d'un beau chemin, et attaché par les pieds de liens invisibles, sans pouvoir avancer plus avant au lieu qu'il s'était proposé. Alors, tout surpris de ce prodige dont il ne pouvait découvrir la

( 116 ) cause ni le secret, il se mit à regarder de côté et d'autre, se doutant que Dieu lui voulait fournir l'occasion d'exercer un acte de charité. Il de'couvrit une vieille masure, où étant entré il trouva une pauvre femme qui y était demeurée dans la plus extrême misère , sans que personne sût qu'elle y était ; elle reconnut aussitôt que Notre-Seigneur lui avait envoyé cet Ange visible pour la retirer des misères de la pauvreté et des angoisses de la mort.

A cette vue, la preuiière chose qu'il fit fut de la consoler et l'exhorter en tout ce qu'il put, puis il s'en alla proraptemenl au plus prochain village, pour lui chercher les secours qu'il ne pouvait lui rendre; et après tous ces soins charitables, il ne trouva plus rien qui rempêchât de continuer son chemin.

Il n'avait point de plus grandes joies que lorsqu'il voyait les pauvres aborder de tous côtés à sa maison; il les allait prendre par la main quand il s'apei'cevait que , par honte ou pour quelque infirmité, ils demeuraient dans les cours sans oser entrer plus avant. Il ne les croyait pas Lien soignés, ni rassasiés, s'ils n'étaient servis de ses propres raains , demeurant toujours le dernier à prendre sa portion, s'il eu restait. I! avait comme des magasins formés d'habits, de chemises, de souliers, pour vêtir et chausser les pauvres et les plus infirmes; et quand toutes ses provisions étaient épuisées , et particulièrement dans ses dernières années que sa bourse était presque vide, il faisait détacher les rideaux de son lit pour les revêtir, donnant jusqu'aux draps et aux couvertures : mais il remarquait que plus il se dépouillait, plus sou bien se multipliait, et il semblait qu'il y eûtrivaliLé entre Dieu et lui. Dieu pour lui donner, et lui pour le donner aux pauvres.

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Le bruit ayant couru qu'il s'était fait unmiraclechea lui à ce sujet, comme me le rapporta une personne de condition (car on disait qu'on avait trouve un matin ses greniers tout pleins de blc's , quoi(jue le soir précédent il n'y en eût plus pour porter au moulin ), je lui eu parlai, mais il me déguisa le fait, et me dit néanmoins qu'il était étonné comment il lui restait aucun ])ien , croyant que do la manière qu'il l'avait distribué drpuis plus de dix ans , il devait être aussi pauvre que ceux qu'il nourrissait; car, soit qu'il fût dans la maison ou non , et pondant ses voyages de cinq à six mois, l'aumône s'y faisait toujours de la même façon, c'est-à-dire à tous venans; et lui de son côté la faisait toujours quelque part qu'il fût. 11 n a jamais souffert qu'on ait vendu aucun grain de blé de sa maison, l'ayant dédiée tout pourlespauvres, quoique cher qu'il ait été quelquefois dans le pays, quoiqu'il eût pu en faire un grand profit.

Au commencement de sa conversion, il donna une partie de son bien aux bôpilaux, aux églises, aux couvents, afin qu'on priât Dieu pour lui et pour sa persévérance; la maison des Carmesde sainte Anne, près d'Auray, lui est une des plus obligées, l'avant augmentée de beaucoup de terres , dont une partie fait la plus grande de l'enclos du Monastère.

Il m'a dit quelquefois qu'il ne mourrait pas content , s'il lui restait cinq sols vaillant ; et il en eût eu aussi grand scrupule , que de retenir un bien qui ne lui eût pas appartenu; ayant fait vœu de vivre et de mourir pauvre, pour enrichir les plus pauvres, à l'exemple de son maîlre. S'il lui est donc resté quelque peu de chose api'ès sa mort, contre celle pieuse

( il8 ) inlrntion , il est croyable qu il n'en jouit pas moins du mérite; et que Notre Seigneur le voulait réserver pour d'autres fins , aussi justes que pieuses.

Sa cliarité envers les pauvres ne l'a pas seulement dépouillé pour les revêtir ; mais souvent il s'est été le morceau de la bouche pour le leur donner. Il .s'est encore plusieurs fois exposé au danger de perdre la vie , pour sauver la leur, et les défendre des outrages et des rapines qu'il prévoyait devoir leur être faites^ personne n'osant l'entreprendre en sa présence , et non seulement il protégeait ceux qui s'étaient retirés dans sa maison, comme dans un lieu d'asile, où même ou a voulu leur faire des violences , mais encore les pauvres paysans de son voisinage , et toutes les personnes qu'il voyait injustement opprimées], crovant faire un grand gain , d'aclieter la vie du plus petit au prix de la sienne.

Mais de même qu'il paraissait comme un lion rugist-ant, pour ne pas lalsseï" périr aucun de ceux qui lui avaient été donnés en garde, il devenait plus doux et plus bénin qu'un agneau qu'on mène à la boucberie, lorsqu'il était maltraité n'ayant jamais ouvert la bouche pour se plaindre d'aucun mauvais traitement qu'il ait reçu ni levé la main pour se défendre.

Après les églises, les prisons, les hôpitaux, étaient ses stations ordinaires, où toutes les semaines , ou au moins une fois en quinze jours il allait faire ses aumônea , et consoler les pauvres affligés , lâchant d'exciter les personnes riches à en faire de même par son exemple , et par les bons discours qu'il leur tenait.

L'exercice qui lui donna plus de peine et de plus

( 119 ) fortes tentations pour s'en décharger, disant qu'il lui embarrassait plus l'esprit que tous les autres , l'ut celui de nourir et de traiter les pauvres j eu effet, il fut souvent sur le point de le quitter, a Coiuuie j'étais donc, disait-il, sur le point de quitter cet exercice, il me vint dans la pensée qu'il vallait mieux mener une vie commune, et après mon dîner en donner à cent ou deux cents pauvres, qui était à peu près le nombre qui se trouvait pour recevoir l'aumône. Mais enfui considérant et ruminant cette pensée, je crus que je devais en user comme j'avais fait auparavant ; me souvenant qu'étant à Loudun, le diable m'avait dit que cet exercice que je faisais était le meilleur, et le chemin le plus assuré pour me conduire au ciel. Je continuai donc à donner l'aumône , sans me relâcher de mes autres exercices, et chaque paa^re que je recevais, je le considérais comme Jésus- Christ. Quand je voyais des pauvres bien malades et couverts d'ulcères puantes; c'étaient ceux-là que j'emhrassais, et que je pansais plus volontiers; pensant en moi-même, peut-être voici Notr? Seigneur; peut-êire que c'est celui-là; rappelant en ma mémoire ce qui était arrivé à saint Grégoire, à saint Martin, à saint François, et à d'autres saints en pareilles rencontres. Aussi Notre Seigneur nous apprend que ce que l'on fait au moindre des siens on le fait à lui-même. Une fois faisant mes aumônes , et voyant un pauvre qui avait une maladie honteuse , je me mis à l'embrasser et à le caresser , et cela d'autant plus qu'il était ulcéré , et que son mal donnait de l'horreur; mes gens voyant cela se retirèrent , n'osant en approcher.

( 120 ) Si je vidais mes greniers de bled, ô! j'eusse désiré que Dieu les eût remplis aussitôt, afin de toujours donner; e'fant allé ensuite à Loudun, le diable ne manqua pas de me le reprocher , et me dit : Hc bien , ne voudrais-tu pas encoi'e que mon Maître fit des miracles à ton sujet. Tu as désiré que tos greniers se fussent trouvés à l'instant remplis de bled, après les avoir vidés. Prends garde à la vanité, car elle se fourre partout. Une autre chose dont je demeurai fort étonné , ce fut que peiisant n'avoir du bien que pour environ trois ans , de la façon que je m'y prenais en la distributiou que jVn fiusaisj cependant il se trouva que j'en avais pour beaucoup d'annérs; de vous dire comment cela s'est fait , je n'en saiô rien et je l'admire moi-même. »

Un vénérable et farant Ecclésiastique , très-intime et très-familier ami de M. de Qucriolet , n'a pas été moins surpris , voyant que les aumônes continuelles qu'il faisait depuis quinze ans n'allaient jamais en diminuant , ce qui l'obligea par une curiosité pieuse de faire un calcul tant du nombre des pauvres qu'il a reçus et traités dans sa maison , que des aumônes qu'il leur a faites en toutes rencontres , et il a trouvé qu'il avait logé dans le cours de ces quinze années , environ trois cent mille pauvres, à raison de cinquante ou soixante par nuit, ce qui fait plus de. quinze cents par mois, et chaqvie année vingt mille; ainsi les quinze années vont à trois cent mille, sans compter ceux des environs et du pays , qui venaient tous les jours à la porte , à Hieure du 'dîner, et qui se sont trouvés dans certains temps au nombre de ceci cinquante, plus ou moins, et se montant

( 121 ) chaque année à soi-xante mille, et pendant le cours des cju'nze années au nombre de neuf cent mille, rempojtaiit au moins du pain, de la viande, ou de l'argent , et les plus nécessiteux, du vin , des fruits , ou des liabîts. Les passans qui avaient besoin de se reposer y séjournaient au moins trois jours ; pour les infirmes , il les recevait jusqu'à pleine convalescence , les consolant et les instruisant tous en général et en particulier, selon les nécessités que chacun pouvait avoir.

Dans le calcul que cet Ecclésiastique a fait de l'argent qu'il a employé en aumônes pendant le temps de quinze années que ses charités avaient déjà continué , comme nous avons dit , il compte plus de deux cent mille, livres à raison de quinze mille livres par an , sans compter les provisions de bled, de fruits, et autres choses pour le ménage. que ses fermiers lui devaient , dont il n'a jamais rien vendu, comme j'ai déjà remarqué.

L'exeès de sa charité envers les pauvres lui faisait regretter sans cesse l'argent qu'il avait mal employé pour ses débauches et ses vanités an temps de son libertinage ; et pendant celui de sa vie pénitente, il n'a pris que le centième denier de son bien pour ses propres besoins , disant qu'il ne crovait pas avoir dépensé plus de cent livres par chaque année, tant en habits, nourriture, et en autre entrelien, portant le même habit l'hiver et l'été : et de cinquante mille fiigots, dont il faisait provision pour chauffer les pauvres, n'en avoir brûlé que quinze exprès pour lui dans sa chambre ; et ainsi à proportion des autres provisions de sa maison, qu'il disait faire pour le seul

( 122 ) usage des pauvres, sans la coosidération desquels il n'en eût voulu faire aucune , pas même faire un pas pour cela.

Il ne disait jamais aux pauvres qui logeaient dans sa maison de s'« n aller , s'ils n'étaient violens , ou actuellement malfaisans . mais seulement après les trois jours de repos , il leur disait : Et bien , mes amis, ne vous plaît-il pas de faire place à d'autres , autant et plus nécessiteux que vous , qui attendent à la porte? Voyez, pensez, car ils attendent votre résolution. Après, s'ils se résolvaient à s'en aller, il les embrassait et recevait leurs embrassemens avant de les congédier.

Lorsqu'il réfléchissait sur toutes les inventions que les gens du monde et les riches avares cherchent pour écarter les pauvres , si loin qu'ils ne puissent paraître devant leurs yeux, et qui les font chasser sans miséricorde, il disait que nous étions bien déchus de l'esprit des premiers Chrétiens , qui n'étaient qu'un cœur et qu'une âme, selon qu'il est rapporté aux actes d^s Apôtres ; et que ce manque de charité et de compassion pour les pauvres était un des plus déplorables de notre Rrligion. Ceux qui savent les sentimens de saint Grégoire en ses morales, de saint Cbrisostûme en ses homélies, et des autres saints docteurs et pères de l'Eglise sur ce sujet, avoueron-t que ceux de M. de Quériolet leur sont très -conformes. En effet , l"s sentimeas contraires ne semblent- ils pas choquer l'ordre de la Providence divine, qui a voulu qu'il r eût toujours des pauvres parmi les riches ? car il permet que les médians vivejit parmi les bons, dérendaat qu'on sépare les uns des autres , non plus que livraie du bon froment qu'il faut laisser croître

( i23 ) ensemble jusqu'au temps de la récolte. Et sans doute il est bien plus tolorable, et nR*me plus avantageux aux ricbes , que les pauvres vivent parmi eux, que non pas aux bons de vivre au milieu des méchans , puisque Ips paiivrrs ne pruvcnt servir que d'un trèspuissant instriiniPnt de salut aux ricbes , et souvent \os niécliaiis corronippnt Ips plus justes, et ne leur servent que trrs-rarement d'occasion de mérite.

Mais au milieu de ces exercices de piété si extraordinaires , je ne puis omettre un piège bien secret et très - dangereux que le démon lui tendit par la perniissioD de Dieu. Cet ennemi voulant le surprendre, se déguisa encore une fois, prenant la figure d'une pauvre femme ; il se mit en CPt état sur le chemin de Vannes, proche une chapplle , faisant semblant de ne pouvoir marcher. Notre charitable hospitalier l'ayaiit aperçue, la fit portpr dans sa maison , et cette pamre simulée l'ayant prié de la faire mettre spujp, il lui fit dresser un lit , pt la mit coucher dans uue chambre particulière. Elle se tint là trois ou quatre jours, .iprè.N lesquels son corps et son visage devinrent parfaitpment beaux 5 de sorte que voyant (ju'il allait souvent la vi.'^'ter, commp il faisait aux autres malades , elle feignit d'être fort dégoûtée , afin dp l'exciter à s'attaclipr davantage auprès d'elle, par un motif de charité, et pour la consoler. Enfin, elle lui fit des demandes si sales et si abominables, qu'au.sitôt notre pieux hospitalier s'aperçut (ju'il v avait quelque chose du démon; mais lui se voyant découvert, emporta ce corps parla tenôlre de la chambre, abattit un côté du portail de s^ maison, et fit d'autres désordres , notre saint homme s'en vovant

( 124 ) délivré , rendit grâce à Dieu de la faveur qu'il lui avait faite.

L'aïuour que notre admirable pénitent avait pour les pauvres, et le grand désir de les assister, lui donnait de saintes inventions pour trouver les moyens de subvenir à leurs besoins , et comme Dieu se sert des instrumens les plus faibles pour faire de grands chef-d'œuvres , il se sert aussi souvent des pauvres mêmes pour assister les aulres pauvres. Va jour qu'une bonne femme veuve ; animée de cet esprit de charité , desirait avec grande ardeur d'entretenir M. de Qucriolet sur les desseins qu'elle avait, et les moyens qu'elle méditait pour pouvoir subvenir à la nécessité de quantité de pauvres honteux . sans pourtant l'osrr aborder pour lui en parler, notre Soigneur donna le mouvement à M. de Quériolet de lui aller parler, quoiqu'il ne la connût pas-, celte pauvre femme lui fit connaître les pieuses intentions qu'elle avait dans Tàme , d'assister les pauvres honteux ; il la fortifia et l'encouragea grandement à continuer les quêtes qu'elle faisait pour eux , puisqu'elle ne pouvait les soulager de son bien propre , à cause de sa pauvreté, l'as'^urant que Notre Seigneur donnerait une grande béuédiclion à son emploi. Et le succès a montre qu'il disait ces choses par un esprit prophétique , parce que cette femme a donné le commencement et l'exemple à quantité de dames de condition qui assistent à présent l^s pauvres honteux avec une charité et un ordre admirables , quoique le diable ait fait ses efforts pour ruiner cette pieuse entreprise par la honte qu'il a voulu donner à celles qui s'employaient à un oflice si charitable.

( i2o ) Etant un jour dans l'Eglise des Carmes de'Loudun, où il faisait ses prières devant l'Autel de la Sainte Vierge, une pauvre fonime le voyant en grande dëvolion,et n'étant revêtu que d'un habit tout déchiré, le prit pour quelque pauvre prêtre, ce qui l'obligea de chercher dans sa poche quelque pièce J'urgent pour lui donuf'r, elle ne trouva qu'un ou deux, deniers qu'elle lui présenta ; il les reçut avec autant de joie et vie reconnaissance à proportion que Noire Seigneur agréa ceux de cette pauvre veuve , dont il est parle dans le saint Evangile, et tâchant , selon son pouvoir, d'imiter Jésus-Christ , qui promet le centuple dès ce monde , et la gloire éternelle dans l'autre, pour un verre d'eau froide qu'on aura donné en son nom^ en échange de Cfs drux deniers, il voulut mettre une pistole dans tous les troncs qu'il trouvei-ait dans les Eglises de la même ville.

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