‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 31 sur 56 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

S3S œiwres de miséricorde spirituelles.

Le bon exemple que M. de Quériolet donnait partout , tant par ses aumônes que par sa vie pénitente et mortifiée, servit de préambule et de commencement à tous les enseignemens qu'il donna ensui'e suivant les traces de son maître, qui voulut faire une profess on de la pratique et des vertus avant de les précb'er aux autres. Notre vSeigneur voulant donc se servir de lui comme d'un organe pour publier sa parole, il rapptla à l'ordre de la prêtrise.

Or, afin de s'acquitter avec fruit de toutes les fonctions dont il pouvait être capable, il prit l'approbation de son Evêque pour confesser et coramtmier tous les pauvres passans , et leur administrer les auties sacremens qu'il jugerait nécessaires, tant pour remédiera mille abus et concubinages, qui se rencontrent parmi eux, que pour ne les pas laisser privés deux ou trois années, et p'us long-temps encore, delà participation des sacremens de Pénitence et de l'Eucharistie , f|ul est le pain vivant de nos âmes. Il savait <jue la plupart du temps ils sont rebutés dans les paroisses où ils passent, tant à cause qu'ils ne s'y présentent ordinairement qu'au temps de Pâques, auquel la presse est trop grande , et qu'on les veut renvoyer dans leurs paroisses , que pour d'autres rai-

( 131 ) «ons moins charitablps. 11 leur administrait donc cfi Sacrement dans la cbapelln dr« Noire-Dame de la Miséricorde, situe'e à un quart de lieue de sa maison; et quoiqu'il en fût iine chez lui , il n'y voulut jamais dire la messe, cherchant toujours les lieux les plus solennels et les plus dévots pour cet effrt, et préférant aussi la commodité du peuple à la sienne propre.

On n'a jamais remarque qu'il ait aouIu confesser d'autres personnes que les pauvres, quoique plusieurs personnes de condition l'en aient souvent prié ; ce qui prouve assez qu'il n'agréait cet emploi que par une charité tofte pure. Il en donna un jour imc preuve bien évidente, car une dame de grande et ancienne condition et d'une vertu encore plus illustre , qui s'était retirée de son château de la campagne en la villf de Nantes , pour mieux vaquer aux exereires de piété , ayant entendu parler plusieurs fois de notre pénitent, conçut une estime si particulière pour lui à cause de sa grande réputation , qu'elle lui écrivit plusieurs fois : mais n'en ayant pu obtenir un seul mot de réponse, et souhaitant néanmoins avec passion de conférer avec lui de l^état de son âme, elle pria instamment 1-^ Père Prieur des Carmes de Nantes de la faire avertir la première fois qu'il viendrait loger dans le Couvent. Monsieur de Quériolety étant arrivé quelques jours après , le Père Prieur ne manqua pas d'en donner avis à cette Dame , qui vint de bon matin à l'Ef^lise , pour jouir d'un bonheur qu'elle attendait depuis si long-temps; d'abord elle ne reçut qu'umefus pour toute réponse, lui faisant dire qu'il avait affaire, si bien qu'il fallut enfin que le Père Prieur employât tout son crédit, et usât même d'une espèce de com-

( 432 ) 111311(36111001 pour l'obliger de lui parler : car il est certain qu'il ne le fit que par une obéissance toute pure 5 mais au?si comme il ne voulait pas agir contre les mouveméns tle la grâce et de sa vocation intérieure, après avoir entendu son compliment, il ne lui dit autre rliose, sinon.qu'il n'était ni Directeur ni Confesseur, et qu'elle se po'iivait adresser à ceux qui la conduisaient, et après il la quitta assez brusquement, témoignant dans cette rencontre que Notre Seigneur ne lui avait confié en sa garde que le plus cbétif, et le troupeau le plus abandonné.

Ce qui lui faisait fuir de la sorte tous les entretiens des créatures , telles qu'elles fussent, était afin d'avoir l'esprit plus libre , et de pouvoir dire en vérité avec l'Apôtre : Conversatio nostra in coclis est; que sa conversation était dans le Ciel , cela ne l'empêcbait pas néanmoins de s'entretenir souvent avec les pauvres} mais, comme nous l'avons déjà dit, par un motif de pure cbarité ; car c'était pour s'instruire des pécbés auxquels ces sortes de personnes étaient plus sujettes, afin de I.'^s détourner plus facilement par ses exbortations et remontrances, se persuadant que Notre Seigneur les avait commis particulièrement à sa conduite. Dans les cliemins, lorsqu'il trouvait des rouliers qui ne sont que trop accoutumés à jurer le nom de Dieu, et qui le font néanmoins plus par habitude que par malice, il les accostait et les entretenait le long du cliemin des points et des maximes de la Religion , et leur parlait de nos fins dernières, afin de les empêcber de jurer le nom de Dieu ou de proférer quelques mauvaises paroles. Il s'arrêtait même assez Souvent à manger et à coucher avec eux pour le même

( «33 ) rffc't; quoiqu'il eut grande aversion de se trouver dans les compagnies de réjouissances et de debauc'ies, il n'a pas laissé de s'y rendre quelquefois, et enlreautres il alla à ce dessein aux noces d'une de ses "pprentes, afin d'apaiser et arrêter par son maintien grqTe et pieux les insolences et les paro'es un peu liijj:'es et dëshonnêtes qu'on dit ordinairement en «es' sortes d'assenible'es. Il allait quelquefois cli'^z les «Ijersonnes riches et de condition pour les taêmes considérations; maïs il n'admettait jamais ces sortes de personnes dans sa maison pour recevoir leurs coin plimens et entendre leur conversation. Lorsque quelques personnes de ses parens venaient pour le voir, il étai* ingénieux à trouver les moyens de s'écarler de la maison, afin de ne pas leur parler, tant il fuyait le tracas du monde pour s'occuper entièrement aux œuvres de Dieu. Ce procédé donna sujet à un seigneur de grande condition qui avait un très-grand désir de l'entretenir sur quelques aflaires d^imporlance et de conscience de se revêtir d'un liabit de gueux , afin d'aNoir un plus libre accès daiis sa mai-on ; sachant tju'il ne pouvait réussir dans son dessein que par c^tte pieuse feinte, il va donc le trouver dans cet équipage qui favorisa son entrée , car il fut reçu sous ce titre de mendiant avec tout 'accueil possible ; mais comme l'affaire dont il avait à tiaiter et à lui comiiiuiiiquer n'avaient aucun rapport avec sa besace , il fut contraint de se nommer par son nom et de se faire connaîiro par ses qualités honorables , avant que de lui déclarer le motif de son voyage et tout l'état de ses affaires, I\I. de Quériolet fui binn su; pri^ de cç stratagème qui n'était pas conforme à sa simplicité, et fut sur le point de le ren-

( 134 ) voyier sans l'enteadre, ai lui donner aucune réponse; mais enfin, ayant recounii (jue tous les desseins de ce seigneur ne tendaient qu'à la piété, et que toutes ses intentions étaient innocentes, il l'écouta avec autant de douceur que de patience, et lui donna les avis qu'il trouvait nécessaires pour résoudre les doutes qu'il lui avait proposés, ce dont ce seigneur fut très-satisfait.

Tous les soirs , après être revenu de ses œuvres de piété et de charité, 11 rassemblait toutes les pauvres qui étaient dans sa maison, tt leur faisait une exhortation ou quelque lecture pieuse 5 les interrogeait sur les Conimandemens de Dieu, leur enseigiiftiit les Mystères de notre foi , le Pater, VAve, le Credo, et les autres choses nécessaires au sulut; il conjurait ensuite tous les étrangers d'aller se confesser à Sainte-Anne et de communier, et, atin de les y obliger, il les conduisait lui-même à cette Chapelle miraculeuse , pour être le témoin oculaire de leur dévotion.

Après avoir achevé la conférence, il conduisait chacun à l'endrjoit qui lui était destiné et leur donnait sa bénédiction. Le jour suivant il ne manquait pas de 1rs assembler de nouveau et de leur faire répéter leurs prières, ce qu'il faisait pour l'ordinaire entre onze beures et midi , avant leur dîner, parce qu'ayant coutume de sortir tous les jours de grand matin pour aller à l'église, il ne pouvait vaquer à cet exercice qu'après son retour. Il Ne trouvait jamais aucun pauvre dans son chemin, qu'il n'allât l'aborder comme l'un de ses plus chers amis, lui disant toujours quelques mots de Dieu et de consolation, qui le soulageait souvent plus que tout l'argent qu'il lui donnait ensuite.

Il avait des paroles si vivifiantes qu'il semblait que

( 135 ) Dieu l'avait mis au moiidf comme un port de salut j)Our tous ceux (|ui l'aboidaient pendant les orages de leurs passions , et Ips tf mpêles de mille traveisf's et contradictions; car ils ne l'avaient pas entretenu un quart d'heure que leur esprit devenait tout tranquille et résigné à la volonté de Dieu, leur faisant connaître qu'il est la cause principale et toujours juste de tout ce que nous souffrons, ne tenant qu'à nous d'en faire

. notre profit, sans que nous ayons sujet de nous plaindre

; d'autre que de nous-mêmes.

Le zèle qu'il avait de la gloire de Dieu et d'avancer le salut de son prochain semblait le dévorer j il déplorait incessamment la négligence , pour ne pas dire

[ le peu de charité des personnes ecclésiastiques, et

i principalement des pasteurs qui ont charge du troupeau de Jésus-Christ pour les repaître corporellement et spirituellement, et qui cependant n'en font rien. Il priait incessamment et faisait des pénitences, tant pour les uns que pour les autres, aussi bien que pour tous ceux qui l'ont malti ailé et calomnié; et hors l'offense de Dieu , il aimait hien mieux se voir rebuté et uiO(]ué qu'applaudi et loué de personne.

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i CHAPITRE XXVl./

I Un de ses principaux exercices et ceuçres de miséri-

icoî-de , en l assistance de quelques personnes possédées.

Si l'apôtre saint Pierre n'a reçu le pardon du re-

niement de son maître, qu'à condition qu'il travail-

' Icrait de toutes ses forces à confirmer les fidèles dans

( 136 ) leur croyance , il est bien •vraisemhlablp que Pierrele-Gouëllo n'obtint la grâce de sa conversion par le moyen des filles posséde'es, qu'à la cbarge de les assister autant de fois qu'elles auraient recours à lui , tant pour l'affliction de leur esprit que pour la vexation de leur corps. Aussi s'y est-il employé avec une charité et une persévérance si grande, qu'il semble en avoir fait un de ses principaux exercices qui n'ont pas manqué de produire des fruits merveilleux', Jant au profit de ces pauvres affligées, qu'à celui de leur défenseur et leur bienfaiteur.

Il commença à s'y exercer environ dans le même temps quil avait reçu l'imposition des mains de sou Evêque quelques années avant, pour s'acquitter dignement de cet emploi de charité qu'il reconnais- ait très-difficile et très-important.

II ne voulut point s'y adonner qu'avant il n'eût l'approbation, la juridiction et la permission de son propre prélat (ainsi que j'ai appris), se défiant encoredeses forces nonobstant ces préparatifs, et ne croyant p^s avoir les talens requis pour cette fonction , laquelle d'ailleurs lui semblait incompatible avec ses premiers exercices; il fit dessein de ne s'y employer que pendant la quinzaine d(; la passion.

Si le diable y fut tourmenté par un redoublemrnt de ses peines , notre saint Exorciste ne demeura pas victorieux sans de grandes fatigues j car il s'y ennuya tant dès les premiers jours, qu'il eût soubaltc d'être au dernier du terme qu'il s'était proposé , à ce qu'il m'a dit lui-même , et peut-être que Dieu ne lui avait pas encore découvert le secret de sa volonlé ni donné d'autres lumièresj mais comme cet emploi lui parut

( 137 ) dn conséquence, il voulut en consulter son Directeur, iiuu pas tant pour la crainte du travail ni par un défaut de cliarilé que pour suivre son avis, après avoir profité de celui-ci que le démon lui avait donné avec beaucoup d'autres, lequel se trouve si communément dans tout règlement clirétien :

c( Ne fais janiais rien de ta tête , quand tu saurais même tout ce qui se passe dans l'ordre du Ciel, Pour ce qui regarde la conduite de tu personne et des affaires qui te touchent^ acquiesce toujours aux açis d'un sage Directeur; quand même on te commanderait de l aller chercher en enjer; parce que celui qui {y aurait e?n>oyé saurait bien {en retirer. '•>

Aussitôt qu'il eut cette seconde approbation pour le confirmer davantage dans la vocation intérieure de en saint exercice qu'il prit seulement comme un acte d(^ surcrogation, 11 s'y adonna et affectionna avec tant de zèle, que pendant quinze années qui lui restèrent de vie, il y fit chaque jour de nouveaux progrès, quoi- ([ue ce ne fût pas sans d'étranges travaux qui lui alté- 1 èreat notablement la santé. Mais la gloire de Dieu et le salut des âmes, pour lesquelles il n'eût pas voulu épargner sa pronre vie, lui faisait oublier toutes ses îatigues.

Les possédées, ou plutôt les démons, qu'il allait chorcber autiefois si loin pour s'en moquer par un ivruglement étrange, lorsqu'il était encore sous leur -loiuination , le vinrent ensuite trouver eux-mêmes, sans qu'il les appellât, pour recevoir de sa bouche une paitie de leur supplice.

Sa maison n'a jam.r.is été depuis ce temps-là sans de semblables hôtes, qui le vins eut servir et obéir,

( 138 ) quanta l'extérieur, autant d'années à-pfu-près qu'ils avaient eu auparavant d'empire et de coramandemeut sur son âme.

Il menait presque tous les jours les personnes possede'es à cette divine cliapelle de la sainte Vierge dont nous avons parlé, et là il les confessait et communiait pour l'ordinaire ; et leur ayant mis une étole au cou , il lisait à genoux les exorcismes, sans 'faire aucune interrogation qui ressentît le moins du monde la curiosité. Et ce qui est à remarquer, il n'a jamais interrogé le démon que mentalement, après les trois demandes verbales qu'il lui fit au commencement de sa conversion-, il m'a dit lui-même qu'il croyait que c'était le moyen d'y mieux réussir.

Encore bien qu'il pût faire publiquement les exorcismes, il ne les a pas pourtant faits pour l'ordinaire qu'à porte close et en particulier, n'ayant qu'un ou deux domestiques, ou autre personne de confiance avec lui, tant pour lui répondre que pour chanter quelques livmnes, pseaumes ou litanies en l'honner.r de Notre-Seigneur, delà Sainte Vierge ou de quelques Saints, qu'il faisait souvent répéter à proportion qu'il remarquait que les démons en étaient tourmentés.

La première raison qui l'obligeait d'en user ainsi , était son humilité 5 car le diable ne manquait jamais de dire toujours quelque chose à sa louange, comme il avait commencé à Loudun. Et puis il croyait qu'il était assez inutile de faire ces sortes de choses en public, parce qu'il n'a^ait jamais remarqué dans toute l'expérience qu'il en avait, tant parce qu'il en avait TU à Loudun, que dans les exorcismes qu'il avait faits

( 139 ) lui-même dans celle chapelle , que de toutes les personnes débauchées qui venaient le prier de les laisser entrer, touchées en apparence de quelques bons motifs de se convertir, il y en eut une seule qui fut véritablement convertie, quoique pour la plupart elles témoignassent d'abord une crainte extraordinaire des jugemens de Dieu, à cause de ce qu'elles y voyaient et entendaient, cette appréhension se dissipant presqu'aussitôt qu'elles en sont sorties; de sorte qu'elles deviennent ensuite aus:?i méchantes et pires qu'auparavant, tant il est vrai que la loi et les Prophètes compris dans l'Evangile, sont la règle la plus commune et la plus assurée de notre salut.

Mais son principal motif otait la croyance qu'il avait que Dieu s'étant servi de cet instrument aussi miraculeux que rare , pour le comuicncement de sa conversion , il le voulait instruire en la même école et le conduire par la même voie jusqu'à la fin à laquelle nous tendons tous, quoique par des chemins différens, selon les diflférentes manières par lesquelles il plaît à Dieu de nous appeler.

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