‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 32 sur 56 · CHAPITRE XXVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVU

Continuation de ses exorcismes, et des Jniits qiHU en retira.

Ce qui l'encouragea de continuer ces pieux exercices pour le soulagement de ces pauvres affligées, était qu'il y apprenait d'^s vtrilcs qui l'enflammaient si fortement, que tous les plus touchans sermons qu'il

( 140 ) eût jamais entendus ne lui semblaient que des ombres en comparaison , et il eût passé les journées entières 5ans s'y ennuyer, ainsi qu'il m'a dit, si ce n'eût été que tous ses autres exercices clant réglés comme la coursp du soleil, la dévotion qu'il avait pour l'un n'empêchait jamais l'exercice de l'autre ; et celui-ci étant un des premiers de la journée, ne le rendait que plus disposé et plus capable des autres. Quelquefois li m'en parlait lui-même en ces termes: «Qiand je sors des exorcismes je me sens tout rpnou%elc, et les plus grandes diflicuLtés ne me semblent que des omises, n Et il ne s'en faut pas étonner aussi, car entendant tous les jours tant de discours des peines de l'enfer, de la gloire des Bienheureux, de l'horreur du péché, de l'excellence des grâces de Jésus-Christ, de la vanilé du monde, de ses abi.s et de l'exlrênie ingratitude des hommes qui foulent aux pieds le sang de Jésus- Christ, et qui étaient faites avec des figures et deseypressionssi naïves, qu'il n'y a point d'hommes au monde qui en peut dire et faire de pareilles; cela lui causait mille admirations, dont je suis témoin en partie. Il n'avait pas besoin d'autre chose pour Texciler à courir après les biens qu'il vuvait en espérance, ni d'autre bride pour rempcchrr de cheoir et de se précipiter dans les maux qu'il redoutait. Si les remaïques qu'il en avait faites pour son instruclion particulière existaient encore , aussi bien qu'une histoire qu'il avait composée de toutes ses aventures tant bonnes que mauvaises sur les deux états de sa vie, elles serviraient mieux pour l'édification du lecteur que tout ce que je puis tracer sur ce papier. Mais ne voulant se conserver autre mémoire que devant Dieu et ses Saints,

il brûla tous ses écrits etd'.iulres encore qu'il croyait pouvoir servir de iimlière de procès , deux ou trois ans avant sa mort, pendant une grande maladie qu'il eut, de laquelle il croyait mourir. Je pense que le dcmon ne fut pas lâché de lui voir faire celte action, quoiqu'il ne la fît que par Ijumililé seulement , et de peur de se faire connaître aux yeux du monde ea nous laissant ses écrits j parce que, étant envieux du profit que INI. de Qucrlolet en relirait pour son propre mérite et pourli? soulagement de ces pauvres affligées , en prali(|uant ce qu'ils contenaient, et enragé tout ensemble de se voir si maltraité par les armes de l'Eglise qu'il savait si bien manier •. il appréhendait (jue quehju'un ne s'en servît encore après lui pour le détruire. Il lâcha aussi de lui persuader sur la fin de quitter tout-à-fait la partie, et l'attaqua si adroitement du côté qu'il le trouva le plus faible, se servant de k'infirmité de son corps , et le tourna si bien , qu'il le lit presque condescendre à donner tout-à-fait congé à toutes ces possédées.

11 partit donc du couvent de Sainte-Anne , où il s'était lait apporter malade , pour les motifs que nous dirons, et alla preruièrement à Vannes pour y faire ses stations accoutumées , et passer les fêtes de la Pentecôte, et y arrivant la Vigile , où le Saint- Esprit , qu'il ne manqua pas de consulter, ne lui donna aucune iuspiralioii contraire à ses nouveaux desseins et résolutions, voulant peut-être laisser son ennemi se combattre et se détruire de ses propres armes.

En effet, il ne fut pas plutôt arrivé à sa maison , que le démon avait démolit tout ce que lui-même

( 142 ) bâtit dans sa fantaisie ; et sans forme d'exorcisme , ni aucune interrogation, il lui alla développer tout le peloton qu'il avait tant roulé dans son esprit , lui spécifiant jusques aux moindres pensées et desseins qu'il avait formé pour congédier ces possédées, qu'il aurait cru être le piiucipal sujet de tous les maux qu'il souffrait en son corps, aussi bien que des inquiétudes de son esprit. Il lui fit ensuite une démonstration si claire de l'excellence de ces exercices, dont Dieu retirait un très-grand honneur , ces pauvres abandonnées , une consolation extrême , et leurs ministres des mérites indicibles , que depuis il s'y appliqua d'une façon et avec une diligence toute extraordinaire, et il n'y eut plus aucune affaire que de pure nécessité et autres exercices de piété , qui l'en pussent détourner, ainsi qu'il l'a témoigné à un de ses plus familiers amis et à moi-même , trois semaines seulement avant sa mort. Et quoiqu'il m'eût déjà parlé dans le couvent de Sainte-Anne , de trois ou quatre grandes afQ.lctions d'esprit qu'il avait eues pendant cette même maladie, il avait pourtant attendu deux ou trois ans à déclarer cette dernière , comme une des plus secrètes, ajoutant de plus qu'il croyait que sans toutes ses choses prodigieuses qu'il voyait et entendait dans les exorcismes , qui le confirmaient dans la vocation et dans les exercices chrétiens qu'il avait embrassés, il les aurait plus de trois ou quatre fols quittés pour s'abandonner à toutes ses premières débauches et à ses déhordemens.

L'avantage que toutes ces pauvres créatures en ont retiré, ne se peut bien exprimer; et quoique nous n'ayons connaissance que de la délivrance de deux ou

( 143 ) trois , Difu voulant peul-ètie acliever d'épurer les autres par ce purgatoire , elles recevaient de si grandes consolations spirituelles , étant seulement en sa présence, qu'elles se trouvaient toutes fortifiées j si bien , que le démon ne les pouvant tourmenter devant lui , tant il l'appréhendait, les menait à l'écart quand il le voulait faire , sous prétexte de quelques alFaires qu'il leur mettait à la fantaisie. Mais ce qu'elles ne pouvaient assez estimer , était d'être admises à la participation des Saints Sacreniens , dont elles sont privées la plupait du temps, ne trouvant pas assez de m^inistres qui les y admettent, mais trop qui les rebutent et les chassent comme des chiens de la maison du Seigneur, ainsi que j'ai appris encore après sii mort , quoique néanmoins elles en aient plus grand besoin que toutes les autres personnes, selon la doctrine des Pères de l'Eglise , et qu'on ne puisse refuser de les leur administrer sans injustice , et sans manquer à la charité clirétienne.

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