‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 36 sur 56 · II · texte numérisé non relu

II

ITn de ses çoyages à Rome, à Turin et à Milan , et les rencontres qu'il yjit-

Le Fils de Dieu , dans son saint Evangile , nous obligeant de vivre parmi les hommes , de telle sorte que toutes nos oeuvres leur servent d'exemple à imiter et de motif pour bénir et glorifier notre Père ce?leste ; ceux-là entre autres qui ont le plus blaspKême' auparavant et fait le plus blasphémer son saint Nom parleur vie criminelle et dissolue, sont plus obliges de réparer par la bonne édification du prochain les mauvais exemples qu'ils lui ont donnés. Je puis dire que c'est dans ce dessein que M. de Quériolet a délié sa langue dans quelques rencontres, pour chanter les miséricordes qu'il avait reçues de l'infinie bonté de Dieu , le silence et la solitude étant tout ce qu'il avait le plus à cœur.

Car il nous a dit lui-même qu'il s'était interdit de parler à qui que ce fût, et qu'il n'eût pas fiait un pas pour aller voir une personne, afin de lui parler. Il méprisait toutes sortes de visites , et lorsqu'on lui disait, en lui parlant de quelqu'un, que c'était un saint, il ne s'en mettait pa.'^ en peine davantage-, mais il disait que s'il plaisait à Dieu qu'il lui parlât, il lui parlerait s'il venait a le rencontrer, mais qu'il ne l'irait jamais cbrrclier exprès.

Il est donc fort croyable que tout ce qu'il a. dit de lui-même, il ne l'a dit que par une inspiration trèsparticulière , et le tout pour la plus grande gloire de son divin Maître. Voici ce que nous avons appris de lui , touchant ses autres voyages.

( 173 ) II partit de chez lui au mois de juin, de sorte qu'il était en Italie pendant 1rs plus grandes chaleurs de l'étd , ce qui avant donné lieu à plusieurs de lui dire pour l'eu détourner, qu'il se mettait en danger de se faire mourir; il n'importe, leur disait-il, cVst ce que je cherche, et je serais bien heureux si je pouvais mourir eu servant Diru. Aussitôt qu'il fut arrivé à Rome, il y fit ses dévotions.

- A son retour il eut uu grand désir d'aller visiter le Saint-Suaire à Turin , et de passer à INIllan pour visiter le sépulcre de saint Charles Borromée ; et il entreprit ce voyage sans que rien l'en pût détourner. Ce n'était pas néanmoins une chose hien facile pour lui que d'entrer dans la ville, car les Milanais qui craignaient le siège de la part des Français, dont l'armée était aux environs de leur ville , ne laissaient entrer personne sans qn'il eût un passeport. Cette pensée qui lui vint dans l'esprit pendant qu'il étaitdansle chemin, le tourmenta d'abord: mais enfin il surmonta cette peine par une résolution qu'il pritde faire sa prière à la porte, si l'on ne voulait pas permettre qu'il entrât dans la ville, certain que Dieu qui connaissait sa volonté, ne laisserait pas d'agréer son voyage. En effet , il avait raison , car Notre Seignei» vou'ant récompenser sa fidélité et la confiance qu'il avait eue en lui , leva tous les obstacles qu'il avait craints, et fit que les gardes suisses qui étaient à la porte , se trouvèrent tous occupés de diverses manièrcsquand il se présenta pour entrer, et ne songèrent pasàl'arrêterjmais le laissèrent passer sanslui ri en dire. Il eut néanmoins une légère peur, car, étant arrivé à l'église oii il alla tout droit pour faire ses prié-

( *76 ) TeSt ïc sacristain lui demanda d'an ton rtide et sévère où il allait, et qui l'ayait laissé entrer dans la ville; mais lui ayant dit qu'il ne venait que dans le dessein de ri» »iter le tombeau de saint. Charles , il le laissa faire ses dévotions. Cependant il fallut ensuite qu'il se présentât au gouverneur, pour lui dire le sujet de son arrivée à Milan. Mais Dieu lui facilita encore cette affaire , et , par une permission particulière de la Providence , le gouverneur ne songea pas à lui demander son passeport, non plus que les gardes de la porte. Au contraire , M, de Quériolet ne lui en ayant pas voulu demander un pour sortir de la vi|le, quoiqu'il jugeât bien que sans cela il ne le pourrait faire qu'avec bien de la difficulté, le gouverneur donna ordre à son secrétaire de lui en donner un; et, en effet, comme il était près de sortir de la ville, après avoir fait encore quelques stations dans les églises , il aperçut un homme qui l'avait remarqué eu entrant, et qui lui vint dire d'aller trouver le secrétaire de M. le gouverneur, qui le cherchait pour lui donner un passeport. Peu après il rencontra le secrétaire luimême, qui lui donna le passeport et une pièce de trente sous tle la part de son maître; ce qui surprit fort M. de Quériolet , qui néanmoins ne laissa pas de la prendre; après quoi il sortit de la ville et s'en alla droit à Verseil.

Gomme il approchait de la ville , il se vit encore dans la même peine où il avait été pour entrer à Milan. Il avança néanmoins et se présenta à là porte, les gardes qui y étaient lui ayant demandé son passeport, *i leur répondit qu'il en avait un. A cette parole ils le laissèrent entrer, et comme ils le pressaient de le leur

( I7T ) inontrfT, il leur moitlra son bréviaire, qu'il tira de S.1 poche ù cet eftet. Cela ne les ayant point satisfaits^ ils continuaient de lui demander le passeport qu'il disait avoir, mais ne voulant point se servir d'autre passeport que de ses lettres de prêtrise, il les leur montra, disant^ qu'il n'en avait point d'autre, et qu'il était un pauvre Prêtre qui s'en allait à Turin pour y visiter le Saint-Suaire , ne prétendant pas demeurer plus long-temps dans la ville que jusqu'au Irn • demain matin.

Ces gardes le conduisirent au gouverneur. Etanf auprès de lui , il commença à dire quelques mots de latin, pour lui faire comprendre qu'il était un pauvre Prêtre qui ne demandait le coucher que pour une nuit seulement. Le Gouverneur alors commanda qu'on lui donnât à boire et à manger : ce qui lui arriva fort à propos, & cause du grand besoin qu'il en avait.

Le matin étant venu, il se présenta à la porte de la ville, où l'on ne manqua pas de lui demander encore son passeport. Mais ayant dit qu'il n'en avait point, et qu'il ne demandait qu'à sortir et à s'en aller, ils le laissèrent sortir et il s'en alla droit à Turin.

Comme il était sur le chemin, il s'imagina qu'il serait bieri reçu dans quelques petites villes qui étaient sur la route, et qui étaient occupées par les Français. Il se présenta donc aux portes en parlant bon français , pensant que J.e^ gardes l'allaient faire entrer, mais tout au contraire ilsle renvoyèrent, voyant qu'il n'avait point de passeport y et ainsi il fut contraint de passer au travers d'un marais. Il entra néanmoins dans une ville où le gouverneur le reçut et le fît manger

( 178 ) avec ses pages, et il coucha une uuil dans cette même -Tille.

Le lendemain matin il partit pour continuer son chemin, étant encore dans la même peine d'esprit ne sachant comment il entrerait dans Turin sans avoir de passeport.

Mais comme il était déjà assez près de la ville de -Turin, et qu'il voyageait encore de nuit le long d'une rivière , il se trouva tout d'un coup de l'autre côté , sans savoir comment cela était arrivé, et se rencontra avec des officiers du duc de Savoie qui revenaient de lâchasse à deux heures de nuit, et qui entraient dans un petit hateau pour passer la rivière et pour entrer dans la ville.

Il entra dans ce hateau avec eux , sans se mettre en peine d'autre chose, et passa ainsi la rivière en leur compagnie ; ensuite les olhciers s'étant présentés à la porte, et ayant fait connaître leursnoms, afin qu'on leur ouvrît, les gardes les laissèrent passer, et s'étant glissé parmi eux, il passa dans la foule et à la brune, sans qu'on y prît garde , pour un officier du duc de Savoie. La compagnie étant entrée dans un caharet , il la suivit et commença à hoire et à manger avec les autres^ de sorte qu'il but deux ou trois coups et mangea deux ou trois morceaux de pain dont il avait grand hesoîn; mais étant reconnu pour un étranger, un de ceux qui étaient là demanda qui il était, quelques-uns de ces officiers avec lesquels il était entré, ayant dit qu'ils ne le connaissaient point et qu'il avait passé avec eux , on sut donc qu'il était Français et qu'il n'avait point de passeport. Alors le maître du logis dit qu'il

( 179 ) ne pouvait pas le loger, el qu'il y avait défense dtf loger aucun étranger, sous peine de cinquante livres d'amendej de sorte qu'il fut contraint de sortir.

Néanmoins, ces ofliciers témoignant avoir beaucoup de bonne volonté pour lui , ils le menèrent à près de cinquante batelleries, sans pouvoir en trouver une qui voulût le loger, à cause de cette défense. C'est pokurquoi , après s'êlre bien promené dans les rues de Turin, et se trouvant fort harassé, il prit cette résolution : «Hé bien, dit-il, il n'en sera que ce qu'il plaira à Dieu ; je m'en vais coucher là sur le pavé ; " .et il le fit en effet; ceux qui allaient et venaient, le ▼oyant là , disaient bien que c'était grande pitié de voir ainsi un pauvre homme coucber sur le pavé; chacun le plaignait assez, mais personne ne le soulageait et ne s'offrait k lui donner le logement, j . Ensuite quelques pauvres gens étant survenus, ils eurent pitié de le voir sur le pavé , et le convièrent d'aller en leur chaumière ; ils le firent lever et l'y conduisirent. Mais un d'entre eux s'étant avisé de demander h leur niaîtje s'il savait bien que cet homme était là, le maître vint et le fit sortir. Après cela il trouva un certain atelier où il se coucha, et le cocher du maître de la maison , à qui cela appartenait, étant venu pour fermer la porte, et l*ayant aperçu couché par tei re , lui demanda ce qu'il faisait là ; M. de Quériolet lui ayant répondu que, n'ayant pu trouver de logement dans la ville, il avait été contraint de se réfugier en cet endroit. Ce cocher entendant cela , lui (lit de venir avec lui, et le mena dans son écurie à l'insu de son maître, où il lui donna une couverture pour le couvrir. L'ayant prié de lui Touloir donner

( 180 ) quelque chose à manger, parce qu'il en avait grand besoin, il lui eu apporta environ une heure après } ensuite de quoi il s'en retourna après l'avoir enfermé dans son écurie , où il passa toute la nuit, se tenant encore trop heureux d'avoir un si bon logement. Le lendemain au matin .1 s'en alla visiter le Saint-Suaire et faire ses dévotions. Mais après cela ce n'était pas le tout, car il fàllait sortir de la ville pour s'en revenir, et c'était la difficullé. II s'avisa d'acheter un morceau de pain et de viande, et comme il approchait de la porte pour sortir, il prit son pain d'une main et sa viande de l'autre, et se mit à manger, afin que si les gardes lui demandaient son passeport, il ne fût point obligé de leur répondre. Ce moyen lui réussit de la sorte, et il sortit de Turin. Il serait tWs-dilficile de dire la peine et les dangers qu'il a courus dans tous ses voyages, où il passait au travers des villes et du pays ennemi sans aucun passeport. Il est certain qu'il courait souvent risque de sa vie; ainsi qu'il le témoigna lui-même une fois à son Directeur, qu'il alla voir au retour d'un de ses voyages de Rome, lui disant qu'il l'avait échappé belle et qu'il avait pensé être pendu, mais qu'il en eût été bien joyeux, et que jamais il ne lui eût pu arriver un si grand bonheur.

Son çoyagc de Saint-Jacques, qu'il a recommencé pour la troisième Jois.

Je ne puis me dispenser de rapporter quelques particularités du voyage de Saint-Jacques, que M. de Quériolet a recommencé par trois diverses fois, et achevé enfin heureusement à la dernière. La ren-

( «81 ) contre qu'il fit d'un Prêtre Tcrtueux et de très-noble naissance, pour lui serrir de compagnon dans ce vovoge, n'en fait pas une des moindres merveilles; car il faut qu'il y ait eu quelques traits particuliers de la Providence divine en celte liaison qui se fit entre eux en un moment, puisque M. de Qucriolet jusqu'à cette rencontre avait toujours gardé sa résolution immuable de pratiquer dans tous srs voyages un silence continuel, l'oraison et le jeûne sans interruption, ne «nnngeant que le soir, après avoir marché toute la journée ; et pour garder son silence lorsqu'il était à l'hôtellerie , quand il en pouvait trouvei- et y être reçu , il ne parlait qu'à son hôte , et, en un mot, pour lui demander ses plus grandes nécessités ; et il disait même que si son bon Ange lui paraissait visible, il le prierait de se retirer, de peur d*y contrevenir, d'autant qu'il avait reconnu que la moindre «compagnie et un petit entretien lui sou ageait cutièreraent et l'esprit et le corps dans les prines et 1rs lassitudes qu'il souffrait, dar.s lesquelles après un si long exercice il ne trou\ait aucune autre douceur ni soulagement. Il faut donc croire pieuseinmt «jue M. de Quériolet avait qurbjue autre secret caché dans ses longues retraites qu'il ne disait pas, qui est de ne vouloir point d'autrrs tén)0!iis (ue-Dieu s'ul do toutes ses vertus prodigi'^usfs et de ses abandonn» mens parfaits à sa charitable Providence, afin qu'elles clenieuiassent inconnues â tous les bommps, ce qui serait arrivé pour la plus grande partie, si Notre Si igneur ne lui eût euvové et donné pour compagnon cet Ange visible , pour nous en redire quebjues particularités.

Je ne ferai pas dillicullé de diie tout haut ce qu'il

( 182 ) m^en a confié dans le secret, et je croîs pouvoir bien mettre en lumière (sans offenser ce pieux Ecclcsiastlque ) ce que sa modestie a retenu caché jusqu'à présent dans les ténèbres du silence , puisque mon dessein n'est autre que l'instruction et l'utilité du public , il m'a assuré que pendant le cours de ce voyage il a remarqué une si grande générosité, une douceur si constante^ et une confiance en Dieu si parfaite et si entière dans la personne de 31. de Quéiiolet , que a'il l'eût vu passer au travers des flammes et mar-* cher sur les eaux , 11 l'aurait suivi sans aucune crainte; que sa vertu était si épurée, que s'il n'était Saint, il croyait qu'à peine se pourrait-il trouver de sainteté dans le monde. Il en pouvait parler sans doute avec plus d'assurance que plusieurs , par les eifets qu'il en a ressentis dans sa propre personne, quoique sa grande foi et la grande confiance qu'il avait en Dieu et aux mérites de ce grand apôtre de l'Espagne, puissent être les principaux instruraens des grâces dont nous allons parler et qu'il reçut de ce saint pèlerinage.

Ce bon prêtre était fort affligé d'une galle, qu'on appelle communément le mal de saint Mein , qui couvrait tout son corps ; et l'incommodait de sorte qu'il avait même assez de peine pour aller de son logis dans l'Eglise où il servait , qui n'en était pas bien éloigné. M. de Quériolet qui avait une aversion très-grande pour .cette maladie , ne laissa pas de se l'associer pour compagnon , et je crois même pieusement qu'elle fut un des motifs principaux qui le porta à s'y résoudre, afin de se mortifier davantage. Il ne manqua pourtant pas de l'avertir d'aviser mûrement à l'entreprise qu'il voulait faire, et de ne pas

( 183 ) espërer qu'il raltendît un s<^ul moment, s'il arrivaif qu'il se trouvât incommodé, et qu'il ne pût uiarcber" aussi vite que lui pour faire neuf ou dix lieues par jour. Néanmoins ce pieux personnage qui avait un autre guide et un autre conseil pour sa conduite que la sagesse humaine, ne fit ancune considération sur sa faiblesse et son incommodité, mais il tirait des forces de plus haut , il se mit en chemin armé de la confiance que Notre Seigneur ne l'abandonnerait pas dans ses besoins, n'ayant point d'autre intention que de chercher sa pure gloire en toutes choses. Ils commencèrent donc tous deux ensemble ce long pèlerinage sur la fin de l'automne , et arrivèrent au tombeau de ce glorieux apôtre au milieu de l'hiver, où ils accomplirent leurs vœux. Ils passèrent premièrement à Burgos pour y faire leurs dévotions , et rendre leurs hommages et leurs adorations au Crucifix miraculeux que l'on y voit. Il semble que M. de Quériolet en prenant ce bon ecclésiastique pour son compagnon , ait en quelque fp.çon manqué à la résolution qu'il avait faite d'aller toujours seul, qui étiiit une des conditions de tous ses voyages 5 mais outre qu'il le fit par une espèce de dispense, et par une conduite de Dieu sur lui , toute particulière en cette occasion , il est certain que cela ne lui servit que pour lui faire garder plus exactement les autres conditions ; car encore qu'il eût un compagnon dans ce pèlerinage, ils ne se parlaient pas néanmoins que par pure nécessité, marchant toujours assez éloigné l'un de l'autre, et le plis grand soulagement qu'il en reçut , était qu'il se mettait moins en peine de son viatique , encore qu'il fût Irès-abandonné à la providence de Dieu, qui pour

cela se servait sourent de son ministère pour sa nouriture.

Une fois entre autre , ayant été obligé de coucher une nuit au bas du mont Saint- Adrien , en»redestorrens d'eau , causés par les neiges fondues qui descendaient de la montagne, il n'eut pas trouvé un morceau de pain à manger , sans le fidèle soin de son compagnon, qui est Tunique qu'il a eu, et qu il a qualifié de ce nom le reste de sa vie j tant pour ses rares vertus, que pour la sainte amitié qu'il lui a toujours portée depuis ce temps- là.

Ils passèrent par Bordeaux au retour de leur v oyage, où sou compagnon trouvant un vaisseau couimode qui était prêt à partir pour aller aux côtes de Bratague , il se servit de cette occasion prochaine ,\el facile par l'avis de M. de Quériolet, qui lui demandant des nouvelles de sa santé, fut bien surpris d'apprendre et de voir que son corps était entièrement purgé de celte galle Invétérée, et dont il était tourmenté depuis huit ans , sans qu'il eti restât aucune marque, ayant la chair aussi nette et aussi blanche que jamais; son mal n'avait pas empêché qu'ils n'eussent toujours couché ensemble quand ils pouvaient trouver quelque lit , sans que M. de Quériolet en eût contracté aucune maladie. La raison qui les obligea de se séparer de la sorte fut que les RR. PP. Jésuites voulurent le retenir quelque temps pour conférer avec lui sur beaucoup de choses. Le révérend père Surin y était pour lors, qu'il avait vu exorciste à Loudun au temps de sa conversion. Ils lui ont toujours servi de Directeurs ordinaires ; et voyant les grandes lumières que Dieu 44ii communiquait, ils étaient bien aise de le pouvoir

( «85 ) consulter sur beaucoup de doutes, et ils deineuraleul très-satisfaits de toutes ses réponses.

' M. le prince de Conli , qui séjournait à Bordeaux dans ce temps-là, prenait un singulier plaisir dans fa «on^ersation , dont il voulut profiter plusieurs fois, le conviant au-^si d'aller prendre ses repas chez lui-, il lui fit même présent d'un beau l)réviaire tout neuf, avant qu'il prît congé de lui pour s'en retourner à sa maison j mais il lui paya bien le tout au double, par plusieurs avis salutaires et de conscience cju'il lui donna, et que ce dévot prince lui demanda et reçut de très. bon cœur.

Dans le cours de sesvovages il a eu plusieurs conférences avec des personnes de condition et de piété ? pour les exciter davantage à la vertu, et s'y animer lui-même tout le premier. J'en pourrais dire plusieurs particuliarités, mais je me conlenlerai d'ajouter à ce que j'oi déjà rapporté , que pendant un séjour qu'il fit l'espace de sept à huit jotirà chez M. le grand-maître à présent duc de Mazarin, dans une de ses maisons dp campagne 5 entre les bons av's qu'il donna à ce pieux seigneur , qu'il trouva dans une bonne disposition, et dans la pratique d'une très-solide vertu , selon qu'ill'a dit 'depuis, il lui persuada efficacement de continuer dans le monde le mên)e genre de vie (|u'il y menait, afin d'édifier son prochain par ses bons exemples et d'assister les pauvres de ses aumônes, l'assurant (]u'il ferait en ceîa un sacrifice plusagréableàDieu,qne de se retirer dans un cloître, ou en quelquelqu'autre solitude , à quoi il avait une grande inclination.

Ce bon seigneur se sentit si obligé de la visite et de l'entretien de M. de Quériolet, qu'avant de se séparer

1 un de l'autre , il lui fit promettre de venir le revoir dans peu de jours.

Il avait pour lors un neveu de ce saint homme qui lui servait de page , sans qu'il sût qu'il lui appartenait ; mais l'ayant appris dans cette rencontre , il lui te'moigna depuis une bienveillance très-particulière.

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