‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 40 sur 56 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Sa dévotion au Saint- Sacrement.

La cbair que nous avons reçue à notre naissance étant la source et la racine de tontes nos corruptions; celle du corps très-pur et très-innocent de Jésus- Christ qui est la vive fontaine de toute pureté, nous a été donnée pour nous servir de contrepoison. Dans ce sentiment, aussitôt que notre pénitent public, qui s'était vautré dans la fange des saletés et des ubominalions , eut ouvert les jeux pour voir ses misères et se» turpitudes infâmes , il ne manqua pas de se jeter dans ce bain salutaire pour y achever de s'y purger, et d'y tempérer les ardeurs de ses mauvais désirs. Aussi il semble que Notre Seigneur, qui s'était s?rvi du démon, comme du premier instrument de sa conversion, pour lui découvrir ses ordures, et lui faire Tomir le poison qu'il avait sur le cœur; ait "prit plaisir ensuite do lui manifester ses beautés et le nourir de son corps et de son sang , qui est \eJroment des éhiSj et le, çin qui fait les pierges.

Que penspz-vous de ce généreux Converti et régé-^ nércdans les eaux de sa pénitence? Qu'atlendez-voui

( 21Ô ) de cet enfant (le la droite du Tout-Puissant, si tendrement clicri et allaite de la mamelle du Roi du Ciel y nourri du propre pain des Anges?

Ah ! que d'abord il forma de voeux solennels , et fit des re'solufions efllcaces , dans la reconnaissance de tant de prâces et de faveurs reçues de son immense j3onté,de lui rendre tous les services qu'il pourrait jusqu'à la mort , buvant ce calice salutaire pour se fortifier et s'enivrer de plus en plus de son amour.

Il prenait pour toute arme et pour bouclier, ces beaux mots en l'honneur du Saint-vSacremeut : O salutaris hostia\ quœ cceli pandis ostium , belta prémuni hostilia , du rehur Jer auxilium. Je l'ai vu moi-même sous ces enseignes braver tous ses ennemis infernaux.

Il passait toutes les matinées dans les églises pour lui rendre ses hommages et ses adorations, qui lui servaient de préparation pour célébrer la sainte JMesse , et il y retournait à l'heure des Vêpres pour continuer ses oraisons jusqu'à la nuit; mais avec un respect et des humiiialions approchantes de celles que le Texte sacré nous apprend que les Anges gardent devant la Majesté de Dieu, ou de celles des Rois-Mages lorsqu'ils l'adorèrent dans la Crèche ; dont le démon lui lepréfecnta toutes les postures, étant dans le corps d'une fille possédée, et ditiaut que Dieu l'obligeait de le faire ainsi pour lui servir de modèle.

Il se tenait toujours dans les églises les genoux en

terre, ce qui lui était une posture bien incommode

I au commencement, n'ayant coutume d'y en mettre

j qu'un, et l'autre en l'air, plus par dérision que par

dévotion. Cela faisait enrager le démon qui ne peut

s'humilier que par force. « Lebout, debout (lui

( ÎU ) avait- il dit autrefois) , « les genoux te fout mal, lève> « toi, et que nous voyions ce beau visage de son

)i long. »

Les couvens des Religieux ou les hôpitaux étant toujours ses liôtellerics dans tout le cours de ses voyages , il n'entrait jamais dans ces maisons que par la porte de l'église , pour y adorer premièrement le Saint-Sacrement , et après ses dévotions achevées, il entrait au-dedans des Couvens , où il pratiquait tous les actes réguliers de la meilleure manière qu'il pouvait, ne manquant jamais , dès le premier coup de la cloche, de se ranger à l'office , tant de nuit que de jour, et n^en sortant que des derniers. L'office divm lui éiail en telle recommandation , qu'en quelque mauvais état qu'il arrivât dans les maisons religieuses, il y entendait tout ce qui s'en disait, avant de prendre aucun soulagement pour se rafraîchir, quelque nécessité qu'il en eût. ,

Les sentimens tout sublimes qu'il concevait de ia Majesté de Dieu , et de son amour in6ni qu. i'obhge Je demeurer avec nous jusqu a la fin des siècles dans l'adorable sacrement de l'Autel , que les Anges ne se lassent point d'admirer, lui faisaient quelquefois aire cm'il s'étonnait de voir cette dévotion si éteinte dans le cœur de la plupart des hommes, et des dispenses et des excuses frivoles qu'ils apportaient pour ne point venir à ce banquet sacré qui est notre manne céleste, et sans laquelle nous ne pouvons entretenir longtemps en nous la ^ie de la grâce. Le démon ne lui avait pas mal prophétisé qu'il lui ferait plus de mal dans un Cloître que quatre Religieux , puisque n etant dans les Couvens que pour huit ou quinze ]Ours.

( 2lo ) il leur servait de roveil-matin , d'exemple de ferveur et de motif pour les faire rentrer dans l'esprit de ïouv vocafion. C'était une merveille de le voir dans nos Couvens ne manquer jamais de se lever à minuit pour assister à l'oiïïce de Matines avec les Religieux, quoique bien souvent il fût arrivé fort tard et n'eût reposé qu'une ou deux heures. Là, il se mettait au bout du chœur et méditait le visage et le cœur tournés vers le Saint-Sacrement, et les Matines étant achevées, il se relirait le dernier «ans un profond silence et dans un recueillemeut admirables; passant sans 'parler à aucun Religieux et même assez souvent sans prendre de lumière pour retourner dans sa chambre.

Au dernier vojage qu'il fit au couvent des Carmes de Sainte-Anne et à pied , portant déjà la mort dans son sein, il entra encore par l'église et entendit la Messe, en partie à genoux et en partie assis, ne se pouvant plus tenir dans une autre posture , ayant fait une grande lieue dans une extrême langueur. Après tous ses actes d'adoration, et lorsqu'il eut recommande sou esprit entre les mains de son vrai Père, il «Ha tout droit nu Réfectoire chercher quelques rafraîchissemens: mais ne trouvant plus de goût à aucune viande corporellp, il prit le chemin de sa chambre ordinaire pour y prendre quelque repos; et il y a enfin commencé de reposer en Dieu.

Remarquant bien que toutes ses forces spirituelles provenaient de c.t aliment divin du Saint-Sacrement, li n'a jamais manqué un seul jour de célébrer la sainte Messe , et il avait souvent à la bouche ces mots tout divins : Bella premunt hostiUa , da robur, fer auxi- Imm. Il n'avait point de meilleurs conseils à donner

( 216 ) aux personnes qui voulaieut un peu qi^itter les embarras , et renoncer aux délices de la cliair , sinon de faire raumône, et de fréquenter ce divin Sacrement. II avait cette dévotion si imprimée dans le cœur, qu'il ne pouvait quitter cet aimable objet de son amour, et il était toujours dans les Eglises pour l'adorer.

Quand on le portait aux malades, il le suivait partout comme un fidèle serviteur , jusqu'à une ou deux heures après midi , l'accompagnant autant de fois et aussi loin qu'on le portait aux malades, revenant sur ses pas cbcrcKer à dîner à la maison, si la faim et la faiblesse ne Tobligeaient à demander un morceau de pain dans les villages; chose dont il faisait métier, et prenait un sujet de gloire.

Peu de jours avant sa mort, passant proche d'une chapelle, il y entra selon sa coutume; et un prêtre était à l'autel qui disait la messe; il l'entendit jusqu'à la fin. Le prêtre étant sorti et ayant laissé une hostie consacrée pour porter à un malade, qu'il était allé confesser , sans y laisser aucun cierge allumé , et sans que personne y restât , il y demeura deux ou trois heures pour attendre que le prêtre fût revenu la prendre pour communier le malade , sans savoir le lieu où il était allé; ce qui lui causa une extrême douleur , voyant son Maître, le Sauveur du monde , ainsi abandonné, et l'hostie exposée au vent et aux profanations; ce qu'il me raconta le même jour , et dont il fit toutes les amendes honorables qu'il put, ténioignaat assez par ses fidèles respects, qu'il ne le pouvait jamais abandonner, quelque chose qui arrivât.

Il l'a bien fait paraître pendant tout le temps qu*ii a séjourné dans îa première ville de France, qui est

( 217 ) aussi plus clrvofo que toutes les autres au très-Saint- Sacrnnent. Voici ce ([u'il pu a dit :

a Durant mon séjour à Paris pondant l'espace de deux mois, et en m'en idîaiitpar les rues, si je venais à rencontrer Notre Seigneur Josus-Clirist, lors(p»*oii le portait à quelque malade, je le suivais, encore que ce ne tut point mon clirmiu, et si de là il allait encore dans un autre iiou , je ne le quittais point, mais je le suivais toujours de près ou de loin. Quelques-uns de MM. 1rs Curés, ou autre avec qui j'étais, vovant que je nie détournais ou (|ue je rebroussais chemin, me demandaient qu' Icjuelois : «Oùallez-vous, monsieur? Ce n'est pas là votre chfiuin.)'» — «O! pardonnrz-moi monsieur, leur réponcîais-je, c'est mon chemin.» De sorte que de queUiu»^ côté (|u'allât JNotre Seignei'.r, c'était toujours mon che-i;in. J'' nie souviens qu'un jour que l'on m'avait donne rendez-vous à une heure aprèsmidi , pour aller recevoir une soiirme d argent dans le fauhouig Sa'nt-GermaJn, en sortant de Saint Eustache, voyant qu'on portait Notre Seigneur à un malade, je If suixis où il allait, et de là en une autremaison , et ainsi il se passa une bonne partie de l'aprè:i-diner à aller de maison en maison, et moi toujours à le suivre, nonobstant mon rendrz-vous où je me de\ais trouver. Il arriva que tout au soir, comme je tus chrz mon homme, je le trouvai qui m'attendait a\ec Targi nt, tout prêt à mr- le dt)nner.

>i La raison qui use portait ainsi à suivre Notre ^ej-ÉL.^^ gneur, quelque affaire pressée que j'eusse, était qufr "^ de mille personnes que j*' voyais par les rues , il y en avait foi t peu qui le suivaient, et je disais alors en moi-même ; «Puisque Dieu m'appelle pour le suivre, ; 10

( 218 ) plutôt que les autres mille personnes qui sont là , qui vont et viennent, pourquoi ne coirespondraisje pas à cette grâce qu'il me fait , et qu'il ne fait pas à tout le momie. »

u Si le roi passait, et qu'il me dit : « Venez, suivez-moi ; j'ai besoin de vous pour mon service; » dirais-je : «Je ne le puis pas, parce que j'ai affaire? Non, sans doute*, au contraire , je lui obéirais, et je me réjouirais de cette faveur, n Or, puisque Dieu m'appelle pour le suivre et le servir, pourquoi dirais-je que j'ai affaire. »

Sachant que la vie de la grâce était aussi fondée sur la mort et la Passion de Jésus-Christ, il avait ses dévotions particulières pour ce saint Mystère. Tous les vendi'edis de l'année et la quinzaine de la Passion du Sauveur, il ne manquait jamais d'en faire une médi tation et une mémoire toute particulière.

Contemplant ce même corps vivant comme la source de notre résurrection et de notre vie glorieuse, il en recevait une force et une vigueur toute nouvelle. U éprouvait en lui— même ce que l'apôtre saint Paul a dit de la vertu et de l'eiîicace de la Passion et de la résurrection de Jésus-Christ, qu'il est mort, afin que nous mourrions, et qu'il est ressuscité , afin que nous ressuscitions et vivions à Dieu par sa grâce.

Il faisait cinquante fois le jour la révérence au Saint-Sacrement de l'autel , disant à chaque révérence treize fois : Loué soit le très-saint Sacrement de V autel ^ et le Tanium er^o sacramentum tout au long.

L'Apôtre nous enseignant que toutes choses coopèrent en bien à ceux qui c.imentDieu, et que toutes

( 219 ) lei eciiluiTs saintes et j)ropliaiies ppuvenl servir pour leur instruction. Je ne craindmis pas tie dire qu'un des motifs «|ui a pui-samment ob!igé INI. de Quériolet dani t ous ses exercices de piclc en vers Dieu et les Saint s, fut la lecture qu'il fit d'un livre où il trouva qu'un certain païen qui avait douze cents idoles, ne manquait jamais d'emplover douze heures chaque jour dans de certains exercices et des hommages qu'il croyait leur ctre plu? agréables , sans qu'aucune affaire l'en pût détourner; si bien que lui qui élait un enfant de lumière, il voulait pour témoins être aussi sage et aussi zélé dans son culte, le seul vraiment religieux, que celui-là l'était dans sa fausse et aveugle superstition.

Passant un jour par une ville qui est une des premières de France, dont les habitans sont très-dévots au Saint- Sacrement , ayant eu le zèle de faire des fondations dans leurs paroisses, pour porter le Saint- Sac» ement aux malades avec une giande solennité , de sorte qu'il y a toujours au moins trois ecclésiasti~ qr.es pour porter sous un dais le très-Sitint Sacrement, qu'accompagnent plusieurs enîans de ohocTir avec des flambeaux allumés, chantant tous des hymnes en l'honneur du Saint-Sacrement, avec une grande suite do peuple; quelques Prêtres des plus zéhs pour l'honneur de cet adorable Sacrement, eurent un grand désir d entendre M. de Quériolet et d'apprendre ses sentimeiis à ce sujet-, ils l'allèrent donc chercher à cet elFet dans l'Hôtel-Dieu, qui était servi par de bonnes filles qui s'y étaient consacrées. M. de Quériolet ayant appris que c'étaient des Prêtres d'une vie exemplaire et de grande piété, n'eut pas beaucoup de peine de les

( 220 ) admettre dans sa compagnie, et dans l'entretien qu'il faisait à ces pauvres filles, mais sans leur dire aucun mot et sans aucune interrogation de leur part , il satisfit à leurs dé>iis et à leurs intentions, par les réponses qu'il faisait â plusieurs demandes simples que lui faisaient ces pauvres filles. Ces bons Prêtres reçurent donc les instructions et les lumièrfs qu'ils attendaient particulièrement sur le respect et la vénéialîon que tous les fidèles do'vent porter au Saint- Sacrement. Il loua fort la couîume qu'ils piaîi(|ua!ent de le porter aux malades en chantant df\s hvrancs jusque dans leurs maisons.

Il s'étonnait cppendant de ce qu'on voyait si peu de Prêtres suivre le Saint-Saci emenl dans ces rencontres, et qu'il semblait que Noire S'-igneur ne fût pas assez considéi'abie pour avoir de ses mini-Ires à sa suite, et que le menu peuple avait plus de soins de s'v ranger. Il pratiquait ce'a même à quoi il exhortait les autres 5 car. comme nous avons déjà dit tians ce chapitre, il quittait toute sorte d'affaire poursuivre le jSaiiit-Sacremeiit en qnebjue lieu qu'on le portât.

Lorsqu'il célébrait la sainte Messe ou l'entendait dire, aussitôt qu'il proférait l?spaiolps sacramentales ou qu'il les entendait prononcer, cette pe-nsce vive de foi lui venait on l'esprit : « Le Ciol s'ouvre et mon Maître descend à moi ou entre mes mains; » ce qui lui cavisait une merveilleuse ferveur et une dévotion trèsgrande envers ce très-augusto Sacrement. Lorsqu'il entendait parler de toutes les nouvel'es doctrines, dont le but principal est d'éloigner les fidèles de la dévotion et de la fréquentation de cet aimable Sacrement )qui est la véritable nourriture de nos âmes, ils'en

( 221 ) affligeait grandement, el disait qu'il n'appartenait qu'à ces e.-prits orgueilleux de s'clfvrr conlre l'Eglise 5 il appelait ces sortes degons l'organe du diable, qui ne pouvant pus donner visihleinont de leçon au peuple et tenir ccole publique pour semer la division, employait ses enfans à sa place, les qualifiar.t quelquefois, comme Notre Seigneur le faisait des Pliarisiens, du nom de sépulcres blancbis, à cause de leur fausse vertu, et de leur apparence extérieure de modestie et de pénitence pour tromper mieux les plus simples. Le démon lui dit un jour, p'^ndant qu'il avait entre les mains la sainte Hostie pour communier une possédée ! «Tu tiens le drap par le bon bout , et tu n'es )' pas comme les calvinist'^s , les luthériens et comme «ceux qui sont d'une opinion musquée.» (C'est la qualité que le démon donnait à la doctrine des Jansénistes. )

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