CHAPITRE XXXV
Sa déçotion envers les Anges et tous les Saints.
Ux des articles de not.re foi qu'il croyait surtout avec une grande confiance, était celui de la Communion des Saints.
-C'était parliculièrement cet esprit de foi qui l'animait dans l'entreprise de tant de voyages, pour honorer les reliques des Saints, aux Ueu\ qu'ils ont con-
sacro par leur glorieux mai-tvr ou par leurs autres actions sîiintes et adniirabks.
Mais afin de pouvoir imiter de plus près les vertus dans lesquelles (|uelcjues-uns semblaient avoir particulièrement excrlle, il sp les proposait clia?iin en particulier comme autant de patrons auTEquels il présentait ses vœux et ses prières; afin que par leiir intercession ils lui obtinssei^l les grâces nccessi^ires pour l'acquisilion des vertus qu'ils avaient si héroïquement pratiquées. Il en avait à cet effet composé une litanie particulière 5 selon que l'inspiration et la dévotion le lui dictaient, et qu'il récitait tous tes jours.
Il crut leur faire une aussi grande injure de passer proche de leurs églises et de leurs chapelles, sans v entrer pour les saluer et leur rendre ses respects , que celle qu'un vassal commettrait enveisson seigneur et son prince, en dédaignant de le regarder ou de le saluer. En effet, il s'y est rendu si ponctuel, que jamais il n'y a manqué.
Il ne S" servait presque point d'autre livre , que de l'exemple de leurs actions vertueuses, et ne tenant pour ainsi dire déjà plus ici-bas aux créatures, la conversation qu'il avait continuellement avec les Saints, lui donnait déjà des avant-goûts de leur/élicité.
Vûii i quelques-unps de ses prati(jues qu'il a déclaré en bonne compagnie. Tout ce qu'il voyait dans la vie des Saints, et quand il lisait ce qu'ils avaient fai't, il voulait les imiter comme un saint François, un saint Jean l'Aumônier, et les autres ; et il désirait de souffrir comme les martyrs ; ô mon Jésus { disait-il ), je n'aspire qu'à cela. Pendant trois ans, toute sa lecture n'a été que les vies des Saints j et la première qu'il
( 228 ) lut , ce fut la vie de saint Jean l'Aumônier. Il nous a témoigné qu'il prenait un goût extrême à cette lecture j mais après tout cela il avait celte pensée, qu'il serait encore bien heureux d'être le dernier de tant de Saints qui sont dans le Ciel. Bien long-temps après sa conversion , il ne lisait encore que le petit livre de Denis le Chartreux, touchant les quatre fins dernières 5 et quoique quelques personues lui eussent représenté qu'il devait encore se .ervir de ouelùues autres qui fussent d'un style un peu plus relevé et plus agréable; néanmoins il n'en voulut point d'autre, et il s'en trouva bien, crovant que c'était assez de celui-là.
Les anges de paix qui l'avaient tant pleuré dans son libertinage et son infidélité, le visitaient à proportion par des joies indicibles de son heureux retour au giron de l'Eglise et au bercail de Jésus-Christ j il leur avait une dévotion toute particulière, mais principalement à son fidèle gardien, qui l'avait défendu et retiré de la gueule du lion d'enfer; qui lui avait fait tant trouver de trésors de grâces , et l'avait enfin rappelé de ses égaremens pour le réunir à l'Eglise, sa bonne mère.
Il ne put jamais oublier tant d'insignes bienfaits, et ne manqua pas, pour réparer toutes ses ingratitudes et ses incrédulités, d'avoir pour eux une confiance et une dévotion continuelles, sans vouloir perdre une seule occasion de leur rendre tous les respects possibles , tant pour leur propre excellence et mérite, que pour le bpsoin qu'il avait toujours de leur assistance et de leurprotectiou pendant sa vie, dont il a souvent ressenti des faveurs toutes particulières.
Je lui ai entendu dire, en parlant de saint Michel, que l'Eglise honore conmie le capilaihe et le clief de cette armée céleste , que par son assistance il a été retire d'un danger évident de mort, ayant tiré des forces de sa faiblesse , et d'une langveur de maladie (|ui l'accablait, pour lui avoir rendu les respects que lui devaient tous les fidèles , un jour de fêle , se levant ce même jour pour aller assister à la niesse.
Car ayant elc atteint d'une fièvre continue , cinq ou six jouis avant cette fête j encore que l'ardeur de celte fièvre fût plus grande ce jour-là, et l'oppressât plus fortement qu'elle n'avait fait les jours prccédens, il se sentit néanmoins si fortement attiié pour célébrer on entendre la messe, qu'après un long combat conlre sa faiblesse, il se leva enlin et alla à l'Eglise, ([uoique avec une peine tout extraordinaire, espériint de retour/ier tout aus-sitôl pour se coucher, mais par une conduite particulière de Dieu , et de ce glorieux Archange , au lieu de rentrer dans sa chambre , il alla dans son jardin , et se coucha sur un banc d'ime des tonnelles, où après qu'il eût reposé une ou deux lieures, un de ses serviteurs tout eiï'ravé accourut lui dire que tout le plancher, les pouties, les soliveauxet tout :e bleétaient tombésdans sa chambre, et que son lit était tout brise ; ce qu'il trouva être vrai quand il fut retourné au logis; et ainsi il crut pieusement que ce bienheun^ux At change , patron de la France , l'avait préservé par ses mérites de ce danger évident.
En reconnaissance de toutes ces faveurs, il allait fort souvent le prier dans l'Eglise de la Chartreuse d'Auray, dont il est le patron principal.
Il a fait aussi trois fois le voyage à l'Eglise du mont Suint-Mieliel eu Normandie, dans l'un desquels il se fût sans doute noyé , passant sans guide et sans monture à corps nu , le courant de la mer, qui est fort rapide à l'endsoit qu'il faut passer pour aller à l'Egli&e, en prenant la route qu'il avait entreprise, s'il n'eût été miraculeusement assisté ; ainsi qu'ont attesté ceux qui étaient au haut du mont et le voyaient passer.
Depuis ce temps-là il n'a jamais manqué de dire en l'honneur de Saint Michel, d^ son hon Ange gardien et de tous les Anges du Ciel , la même salutation angélique , qu'il disait premièrement en l'honneur de la reine des Anges.