‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 43 sur 56 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

La déçotion toute particulière quila eue à la glorieuse sainte Anne.

Jï croirais faire une injure à la gloire de sainte Anne, et une injustice à la piété tout extraordinaire que M. de Quériolet a eue envers celle princesse du Ciel , si je manquais d'en faire une remarque particulière avant d'achever ce traité de la dévotion qu'il a eue à toute la cour céleste; pouvant dire qu'après la grande piété et le grand amour qu'il a eu pour la sainte Vierge , et qu'il a conserve dès sa plus tendr« jeunesse , jusqu'au dernier soupir de sa vie , la glorieuse sainte Anne, mère de la Vierge est celle à laquelle il a plus fait de vreux , et marqué plus de reconnaissance pour la grâce miraculeuse de sa conversion et de sa persévérance.

( 231 ) En effet il ne fut pas plutôt venu chargé des dépouilles (ju'il avait remportées sur le diable , le monde et la chair, je veux dire, qu'il ne fut pas plutôt déchargé et délivre lui-même des chaînes rjui le tenaient captif sous l'emp're des trois ennemis capitaux de son sa>lut, qu'il vint faire hommage et sacrifice aux pieds de sa très -puissante libératnce, non seulement d'une partie de ses biens, et des armes auxquelles il s'était plus fié pour son nialhenr, pendant le temps de ses ténèbres 5 mais encore de sd propre personne. Après donc que Notre Seignejur l'eût éclairé de ses lumières, il 1 econnut facilement avec David qu'il ne devait plus appuver son espérance sur son cpée ni sur ses autres armes , moins encore sur ses chevaux, qu'il avait si bien dressés au combat 5 mais sur îes mérites seuls de Jésus-Christ, sur l'intercession de sa sainte Mère , et celle de sa bienheureuse aïeule. Ce fut ce qui l'engagea à commencer parfaire présent du meilleur de ses chevaux au Monastère de Sainte-Anne, dans le dessein qu'il servît à porter et à charroyer les matériaux des bâtimensjs'en étant servi auparavant comme d'un des plus forts iustrumens pour se délivrer de quantité de périls, aussi bien qwe de ses libertinages. Un des vœux austères qu'il (it aussitôt aprèssa conversion, étairt de vivre désormais dans un abandon et un dépouillement de tout, en esprit de pauvreté, au moins quand au domaine, il choisit sainte Anne pour sa première héritière j et n'ayant pas des terres proches de son Monastère , afin de les lui donner pour en accroître l'enclos , il fit échange de quelques-unes des siennes qu'il avait plus éloignées avec celles d'un de ses cadets qui y était attenantes, et vint ainsi à bout de son pieux dessein.

linp mitpas seulement sainte A'.ineaunombre ileses héritières, mais il la pi it aussi pour Patronne cIp toutes ses actions , et principalement de ses aumônes, étant résolu de donner tout son bien aux pauvres et aux églises, à l'exemple de cette mi'^éricordiei.se dame. Il avança l'argent nécessaire pour bâtir un hôpital près de sa chapelle miraculeuse, lequel il voulait fonder ensuite d'une bonne partie de son revenu , si quelque incouvénieut quMl ne prévoyait pas ne l'en eût dis-^ pense. Il ne se passait aucune semaine pour l'ordinaire qu'il n'y vint une ou deux fois faire ses aumônes générales.

Celte dévote Chapelle de la sainte Vierge , située à un quart de lieue de sa maison, lui a ser\i d un oratoire ordinaire ( ainsi (jue nous l'avons dit), et l'église de la glorieuse sainte Anne, qui en est éloignée d'une ïïeue, était le saint temple qu'il frcquentait plus qu'aucun autre, comme le contre où il se rendait de toutes ses courses.

Lorsque par quelque empêchement il ne pouvait aller jusque sur le lieu même, il tâchait au mwins de le découvrir des yeux, ce qu'il pouvait faire facilement aux environs de sa maison , et alors il se mettait à genoux pour lui présenter ses prières. Quelquefois il y conduisait les pauvres pour prier avec lui, ou bien il leur enseignait le chemin pour y aller, lorsqu'il ne pouvait les aocompt'gner jusque dans ce saint lieu.

Cette dévotion ne lui était pi>s particulière, étant commune à tous ces bons et ridèies Bretons , qui fléchissent le genou aussitôt qu'ils ont pu découvrir de leurs yeux ce lieu sacré, quand ils y viennent faire leur pèlerinage , et commencent de marcher pieds nus de ce même lieu, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés au terme

(le leurs saints désirs , et au retour rrndcnt le même hommage de pieté à celte puissante Patronne de leur provinces et de leurs familles.

La dévotion qu'il avait à ia Mère de Dieu, de'votion qu'il semblait avoir sucée avec lo lait par des veines caclie'es et tout-à-fait admirables, ne lui pouvait causer des inclinations plus fortes par une relation naturelle que d'honorer l'aïeule de Jcsus-Christ, élant le plus pressant motif qui anime tous les fidèles à ce saint respect ; et il semble même que sa sainte Fille, la plus humble et la plus respectueuse envers ses parens qui uit jamais été, a voulu céder ses derniers devoirs à sa pieuse INIèrc , qui est honorée dans ce temple auguste d'un nombre innombrable de fidèles, permettant qu'il y ait consommé son dernier sacritice par un amour tout embrasé. En effet, le mouvement qui l'en pressa sans reiàcbe quelque temps avant sa mort, le tenait tellement resserré, qu'à peine pouvait-il s'en éloigner tant soit peu (ainsi qu'il a dit à quelques-uns de ses confitlens ), quoicju'il fut résigne à toi.t entre les mains de la divine Providence^ aussi, dès lorsqu'il sentit les premières atteintes' de la mort, éi'ant dans sa maison , il fut toujours m de saintes impatieiices, juscju'à ce que Notre Seigneur lui redonna assez de force pour s" pouvoir ranger dans ce h"eu de paix et de repos, afin d'y laisser ses cendres en dépôt; d'où nous espérons qu'il renaîtra et ressuscitera avec son corps glorleiiX , afin d'entrer pour jamais dans la gloire de son diiidn Se;gueur.

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