‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 45 sur 56 · CHAPITRE XXXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVm

Sa prudence.

La simplicité de la colombe , qui est la simplicité chrétienne tant recommandée par le fils de Dieu à ses disciples, que M. de Quériolet a pratiquée si fidèlement, eût passé pour une folie aux yeux des sages du siècle, s'il ne l'eût secondée dans le besoin de la véritable prudence que Jésus-Christ nous a également enseignée, puisqu'elle doit servir d'œil et de main à la conduite de toutes les vertus morales. Il a bien fait voir sans doute qu'il n'en était pas dépourvu , lorsqu'il s'est admirablement bien défendu des difFé-rentes attaques qu'on lui a faites pour Ini faire perdre ses biens, qu'il ne regardait plus comme lui appartenant , mais com«ie le patrimoine des pauvres. Dans ces occasions, et en plusieurs autres, il savait aussi bien user de la prudence du serpent pour converser avec les hommes malicieux , que de la simplicité de la colombe, pour traiter avec les simples et les débonnaires.

Sans doute ceux qui savent comment il s'est comporté dans ses affaires, avouent qu'il a toujours fait paraître une prudence plus qu'humaine sous la couleur de ses habits de pauyre prêtre ; ses parties et ses adversaires le voulaient faire passer pour un idiot; mais ses réponses justes et remplies d'une sagesse divine , faisaient bien entendre à lecirsoreiiles, ce que leurs yeux si clairvoyans, n'avaient encore pudécou-

( 240 ) \ rir. Il est vrai qu'il en fuyait les rencontres de tout son possible, sachant ce que nous enseigne l'apôtre saint Jacques, que la sagesse du siècle est la capitale ennemie delà divine sagesse, et que sa vanité est toute contraire à la simplicité et à la sincérité de la loi do Jé<us- Christ. Dieu leur voulant apprendre par lui et à son exemple cette métamorphose admirable et nécessaire pour être enfans de Diou, il los envoyait à son école pour être ses disciples, et pour apprendre qu'il faut perdre toutes les ruses et les adresses de la prudence charnelle et mondaine, dans la simplicité Cbrélienne.

Les plus sensés voyant les proBts spirituels qu'il apportait aux âmes, s'estimaient heureux de \" pouvoir aborder , pour jouir tant soit peu de son entretien et prendre conseil de lui pour la conduite de leurs affaires, et pïincipalement de c< lie du salut, qui est la seule et unique néoessaire. Mais d'autres plus hardis lui faisant des ([uestions en l'air, il leur montrait, par son maintien scrieas, que l'i sprit de Jésus-Christ et de son Eglise était bit n contraire au leur.

Passant dan> nnedes principales villes de France, pendant les grands trouilles qui s'y élevèientj un des principaux chefs et des plus intéiessés dans ces démêlés d'état, lo voslut sonder pour voir s'il ne tirerait point de lui quelque prophétie aussi avantageuse pour son dessein , qu'agréable pour lui , se persuadant facilement, comme il est d'ordinaire chez les grands de se flatter eux-mêmes, qu'il ne recevrait de lui que des louanges, et qu'il ne lui promettrait que de bonnes rJussiles; mais notre généreux serviteur de Dieu aima mieux se tenir du parti de son

( 241 ) Maître ri de l;i justice. Il lui prédit les malheurs qui pouvaient arriverde ces téméraires entreprises, quoiqu'il sVxposût, comme un autre Miellée, à encourir les disgrâces , les prisons et les cliâlimens. Mais l'aveuglement de ce chef ne fut pas si grand , qu'il ne s'aperçût bien que c'était le vérilaule esprit de Dieu qui parlait par sa bouche ; aussi toutes ses réponses et ses conseils ne lui acquirent que plus d'estime auprès de tous ceux qui l'entendaient. Sa prudence naturelle et sa jurisprudence acquise , ne lui ont jamais laissé faire aucun faux pas dans 1rs jugemens qu'il a prononces sur les affaires civiles et temporelles , lorsqu'il teuait séance dans 'e parlement de Bretagne. Il a sincèrement avoué qu'il n'a point eu d'autre but que la justice et l'équité , et tant s'en faut qu'il se laissât aveugler par aucuns présens et par les respects des riclirs et des puissans; qu'au contraiie, il se rendait défenseur et prolecteur des pauvres veuves et des orphelins, et il est assez croyable que Dieu, par sa miséricorde, a eu égard à ce zèle de la justice, lorsqu'il a été question de le tirer de l'abîme de ses crimes et de ses impiétés. Sa prudence et sa sagesse dans les affaires du salut étaient incomparables, et comme il conversait toujours dans le ciel par ses prières et ses oraisons , il en tira-t tous les jours de nouvelles lumières, tant pour son avancement particulier que pour le profit de plusieurs qui venaient à lui pour en avoir des resolutions sur leurs doutes. Son humilité les renvoyait ordinairement à Jésus-Christ, l'Ange du grand conseil , pour lui demander les lumiières dont ils avaient besoin ; et quand il était contraint de leur faire part des siennes, ce n'était qu'après avoir

( 242 ) ©ensuite l'oracle souveraùi de la vérité, et obteuupar ses prières, ses Jeûnes et ses aumônes, la grâce de leur donner un bon conseil.

J'ai appris d'une personne très-vertueuse qu'une des choses qui l'ait le plus ctonnc, fut d'entendre un jour M. de Quériolet |iaranguer et opiner dans une conférence oii des personnes de grand mérite l'avaient engagé, touchant une matière qui regardait la gloire de Dieu et la charité du prochain : car elle pensait , à f oir l'air presque niais et méprisable qui paraissait h son extérieur, que cet air lui devait être si naturel qu'il ne pût presque pas parler j mais ses raisonnemeus lui firent bien changer de sen>imens; car elle Tit qu'il entretenait ces messieurs avec des raisons si fortes et si convaincantes, d'au ton et d'une uiajesté si grande , qu'elle s'imîiginait le voir opiner dans une chambre de parlement j enfm, il donna des avis si prudens , qu'ils furent obligés de les suivre pour la conduite de l'affaire importante dont ils tiaitaient.

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