‹ Le grand pécheur converti, représenté dans les deux états de la vie de M. de Quériolet, prêtre, conseiller au parlement de RennesChapitre 8 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

// eonfinue ses études d'humanité dans la maison de ses parens , puis il va les achever à Rennes, au collège des RR. PP. Jésuites.

Qui ne croirait que ce jeune enfant , instruit avee tant de soin par des parens si pieux, ne marchât désormais dans la A'oie du salut et dans la pratique de la vertu? Muis , ô malheur déplorable de la faiblesse et de la malignité de notre nature pervertie par le péché ! A peine eut-il atteint l'âge de discrétion, qu'il s'abandonna à toutes sortes de libertinages, de sottises, de badineries, dont les enfans de son âge sont déjà capables.

Il commença à éteindre ce beau flamb-eau de la raison et celui de la foi, par un aveuglement volontaire pour courir mieux à toute bride , dans les voies larges de l'iniquité et de la dissolution. Et quoique ses parens s'efforçassent de le retenir par douceur et par rigueur , par de belles promesses et par des menaces , de peur qu'il ne se précipitât dans le dernier abîme , ils ne gagnaient rien, car comme un cheval indompté, il devenait chaque jour plus incorrigible et plus rebelle.

Il commença donc d'aller le grand chemin de la perdition et de l'enfer, quoiqu'on lui eût assez appris celai du ciel et de la science du salut ; il n'ignorait

( 17 ) pas le l)icn, mais il ne le cherd)ail pr>£. Ce vunix serpent , ennemi mortel de notre Lonheur , n'attendit pas la fin de ses jours à lui tendre ses pièges; mais il vouUiUlui faire avaler son poison dans les premières années de sa vie. Il sut si bien fasciner et tromper son imagination enfantine, facile à êlre dérue par mille appas et bagatelles agréables et attrayantes, que ce bon naturel, relevé par tant de secours du ciel et aidé par tant de veilles et de soins qu'on en prenait , vint tout-à-coup à s'altérer.

Il s'associa à une bande de petits fripons qui, par leur mauvais exemple et leur libertinage, corrompirent bientôt tout ce qu'il avait appris de bon, et il devint le plus dissolu de tous. Il expérimenta que les mauvaises compagnies sont un aussi mortel poison de nos ûmes , et particulièrement des ].eunes gens , que l'air pestiféré l'est au corps.

Bien loin Je se convertir à Dieu, son souverain bien et premier principe , dans ses premiers momens à quoi tous les Chrétiens sont obligés ; il lui tourna le dos pour se ranger du parti de son plus cruel et immortel ennemi j en sorte qu'il vécut dans ses premières années sans aucune modestie ni retenue, sans soumission , et sans aucune piété ni respect pour Dieu ni pour ses parens. Il se montrait fier à tous ses maîtres, insupportable à ses compagnons , qu'il injuriait , menaçait et frappait à toute heure.

Comme c'est le propre du mal d'aller toujours (Toissantsi l'on n'y résiste fortement; ce jeune libertin ne pouvant plus soutFi ir la férule de ses parens , non plus ({ue leur présence , quoiqu'ils n'osas- *sent plus rien dire, dans la crainte de faire pis; il

( 18 ) leur cîeniancîa pprinission d'aller dans les collèges pour achevrr ses études, leur promettant que le changement d'air et de compagnie, lui ferait produire de meilleurs fruits , et leur donner plus de contentement ; mais c'était bien loin de sa peissëe , et on remarqua dans ses manières d'agir que son motif avait été seulement de se mettre plus au large afin qu'étant éloigné de la vue de sesparenâ qui l'importunait en le retenant toujours un peu par 1h brîde , il eut uue liberté entière d'employer (ainsi que cet autre enfant prodigue ) en toutes sortes de débauches l'argent qu'on serait obligé de lui envoyer pour son entretien , et qu'il manierait par lui-même} car ses parens l'ayant envoyé au collège des B.R. PP. Jésuites, au lieu de s'adonner à l'étude des sciences humaines , et de la piété chrétienne , il s'employa principalement à apprendre à faire des armes, et à tirer l'épée j et y ayant un génie et une adresse particulières, il pensait en faire principalement le plus fort instrument de sa fortune , et la portait toujours comme uue des preuves de sa valeur.

Ses passe-temps ordinaires étaient plutôt d'aller à la comédie et aux cabarets , qu'à l'église ou en classe. Il s'accostait toujours des plus méchans garnemens , et faisait avec eux une petite guerre aux plus sages et aux plus vertueux de ses compagnons , dérobant leurs manteaux, crochetant leurs coffres pour en prendre l'argent, et autres meubles, mettant tout en bonne chère , ainsi que le témoignent encore à présent ouelques uns de ceux qui lui étaient contemporains. Mais bien qu'il attrapât de la sorte ùe toutes parts , il n'eût pas laissé de se trouver souvent la bourse dégar-

( 19 ) nie, et d'être enfin obligé , après avoir dissipé sa substance et celle des autres , d'aller chercher un maître pour servir, comme cet autre enfant prodigue de l'Évangile , si ses parens trop tendres à son égard n'eussent fourni secrètement à toutes ses sottes dépenses, payant l'argent qu'il se faisait donner de force ou de gré aux hôtes chez lesquels il demeurait.

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