CHAPITRE PREMIER
Sylla répondit, en effet, qu'il ne se lierait jamais avec des hommes qui avaient commis d'aussi grandes atrocités. L'année 84 se passa en préparatifs de guerre. Après le meurtre de Ginna, Carbon resta seul consul et continuait les armements contre la volonté du sénat.
A l'époque où Sylla débarqua en Italie, L. Scipion et C. Norbanus, deux hommes sans talent, et à ce qu'il paraît même sans courage, avaient accepté le consulat; ils étaient à la tête de deux armées séparées qui ne leur étaient point dévouées. Il se joignirent au proconsul Carbon pour s'opposer au vainqueur de Mithridate. Celui-ci, de son côté, vit arriver dans son camp Métellus, Lucullus, Crassus et C. Pompée, nommé plus tard, le Grand. Dans la première entrevue de Sylla et de Pompée, Sylla descendit de cheval, et salua Pompée du titre d'Imperalor. Pompée n'avait cependant que vingt-quatre ans, et n'était point sénateur; Sylla en avait cinquante-sept. Les ancêtres de Pompée étaient plébéiens. Jusqu'au milieu du u c siècle, avant l'ère vulgaire, les Pompée avaient été confondus dans la foule ; mais leurs ancêtres étaient Grecs : c'est ce qui explique leur beauté physique et morale. De là, peut-être, le long dédain que leur avaient témoigné les Romains.
Le talent militaire était du côté de Sylla : la plus grande partie du sénat était dans son camp. Toutefois, il lui fut impossible de marcher directement sur Rome, et l'année s'écoula sans résultat. Tous les jours, il voyait ses rangs grossir d'une grande quantité de nobles et de bons citoyens, comme dit Vetléius 4 . Sylla, pour ôteraux Italiens la crainte qu'il ne vienne leur enlever le droit de cité et de