CHAPITRE PREMIER
au nord de Rome), qu'il y a établi son camp et qu'il y attend des vivres de Sylla. A cette nouvelle, Sylla ramasse ce qu'il avait encore de troupes autour de lui et poursuit l'ennemi. Il fait un grand nombre de prisonniers; le nombre des morts est plus considérable encore. Le lendemain de celte bataille, Sylla revit Rome après cinq ans d'absence.
La seconde conséquence de la défaite de Sacriportum, fut le siège de Praeneste, où s'était réfugié Marius. Cette ville dut enûn se rendre à Ophella, général de Sylla. Marius était dans une mine avec le frère de Télésinus. Lorsqu'ils voient le salut impossible , tous deux tirent leurs épées et s'élancent l'un sur l'autre; Pontius Télésinus est tué, et Marius, blessé, ordonne à un esclave de lui donner le coup mortel. Sylla chargea ses lieutenants de terminer la guerre partout où il en restait quelque chose, et bientôt ils réussirent dans leur mission. Mais elle se prolongea en Espagne, même après la mort de Sylla. Là, commandait Sertorius, individualité que la guerre civile avait fait parvenir à l'élévation qu'elle méritait. Au moment où nous sommes arrivés dans cette étude, tout fléchissait devant le vainqueur. Rome avait un maître et ce maître était Sylla.
Sylla est un des plus grands et des plus remarquables caractères de l'antiquité. Né en l'année 138 avant l'ère vulgaire, d'origine patricienne, mais d'une famille peu fortunée, Sylla eut néanmoins une éducation susceptible de développer les heureuses dispositions dont l'avait doué la nature. « Il était également et profondément versé dans la littérature grecque et latine. Il avait l'âme élevée, dit
Salluste 1 , ami et admirateur de César. Il aimait le plaisir et passionnément la gloire; il aimait dans ses loisirs toutes les recherches du luxe, mais ne sacrifiait jamais ses de-
voirs à ses plaisirs. » Si la sagesse de l'homme d'Etat consiste à pressentir, à deviner les événements ou le cours de l'avenir, Sylla avait cette qualité éminente. Parmi de nombreux exemples, nous ne citerons que les deux suivants :
En accordant la grâce de César à ceux qui intercédaient pour lui, Sylla dit : «Je vous le rends, niais prenez bien garde à ce petit maître insignifiant 2 . » Quand, par l'influence de Pompée, Marc Lépidus fut nommé consul, Sylla dit au premier : « Tu as fortifié ton ennemi contre toi-même 3 ; » et, dans la suite, cette prophétie se réalisa. Sylla, d'une race aristocratique et probablement d'une origine septentrionale, avec du sang cimbre ou celte dans les veines, roux, d'un teint clair, les yeux bleus, avait un caractère et un esprit synthétiques. Il avait une doctrine qu'il pratiquait et qu'il ne perdait pas de vue. II n'était point comme ces chefs d'État, personnellement intéressés, et gens de hasard qui, sans principes fixes, ne font pas éclore les événements, mais les subissent en les utilisant tant bien que mal pour leur cause, quand ils naissent fortuitement ou par la force des choses. Sylla n'appartenait pas à cette espèce d'empiriques ou charlatans politiques ; il est, au contraire, du nombre des grands hommes d'État, tels que Lycurgue, Solon, Périclès, etc.; seulement, il vécut dans un autre monde et dans des conjonctures fâ-