I . Aeconiuê, In Mitoniam
crime commencé, fit enlever l'hôtellerie par ses gens, achever Clodius, dont le cadavre laissé sur la grande route, fut relevé paY un sénateur nommé Sextus Tédius qui, venant de sa campagne, le fit placer dans sa litière et porter à Rome. Dans la ville, il s'éleva un grand tumulte à la nouvelle de cette mort, qui avait une corrélation avec d'autres violences commises sur la personne de citoyens romains, ainsi que l'apprirent plus tard les débats de l'affaire. Deux tribuns, Munatius Plancus et Q. Pompée Rufus, excitèrent vivement le peuple. Dans les troubles qui eurent lieu à la crémation du corps de Clodius, non-seulement deux monuments publics furent atteints, l'un détruit entièrement, l'autre très-endommagé ; mais on voulait prendre d'assaut la maison de Lépidus, alors inter-roi, et celle de Milon. Celui-ci était absent et ses gens, la tête ensanglantée, repoussèrent les assaillants à coups de flèches et de javelots. La multitude furieuse courut prendre les insignes consulaires dans le lieu où ils étaient conservés#se rendit aux demeures de Scipion et de Hypsée, et ensuite chez Pompée en le demandant tantôt pour consul, tantôt pour dictateur.
Après ces événements, Rome se vit de nouveau livrée à la fureur des partis, et le sénat, saisi de peur, chargea Pompée de veiller à la sûreté de la République et de faire une levée de troupes en Italie 1 . Au mois de février de l'année 52, il exerça seul le consulat. Gette demivictoire lui mit cependant en main de grands moyens,
1. Dion Cassiuft, 1. XL, ch. xlix. — Cicero, pro Milone, xxvi. — Abconius, in Miloniam, p. 35.
et le sort de l'État dépendait de la manière qu'il s'en servirait. Pompée voyait l'anarchie avec une certaine satisfaction : il voulait que l'État fût*malade, et, ce qu'il avait désiré, arriva. Dès ce moment, il espérait être appelé comme médecin, pour remédier aux maux et aux embarras de la chose publique, et il ne se trompa pas. Après que Pompée a fait faire les levées de troupes, il reparaît aux portes de Rome; à la vérité, il n'est pas nommé dictateur, comme son parti le voulait, mais consul unique sans collègue. Un article additionnel du décret lui permettait de choisir un collègue après l'espace de deux mois 1 . Cette marque d'honneur, qui semblait mettre le sceau à sa réconciliation avec le parti de la noblesse, acheva de le brouiller avec César. Pompée n'aurait sans doute pas été aussi exact à choisir son collègue, s'il n'avait pas craint que César ne prît la place de second consul. Pompée choisit donc Scipion, son beau-père alors, et pour que César ne se sentît point froissé, il lui lit promettre, par l'entremise des tribuns, de briguer le consulat tout en étant absent de Rome, et cette candidature ainsi posée, devait être regardée comme légale, quoique la loi s'y opposât formellement 2 .
Sur ces entrefaites, César enrôlait des soldats dans la Gaule cisalpine (Italie); il y séjournait pour mieux observer les démarches de son rival. Là, il apprend tout à coup la nouvelle d'une insurrection formidable ; les Gaulois en presque totalité commençaient à se livrer
1. Dion Cassius, 1. XL, ch. l. — Appien, Guerres civiles, 1. II, ch.xxui. — Velléius l'aterculus, I. Il, ch. xlvii.