Dion Cassius, 1. XL, ch. li
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ouvertement et audacieusement à des projets hostiles. La perspicacité et les calculs de César furent en défaut : la révolte des patriotes gaulois avait été momentanément étouffée, mais non éteinte. Les Gaulois ne s'étaient pliés qu'avec désespoir depuis six ans, en compromettant leur gloire et en perdant leur liberté, sous le joug romain. Commençant à connaître Rome et l'individualité de César, ils maudirent et méprisèrent Rome et César. Par les impôts, les quartiers d'hiver, le pillage, la dévastation de leurs territoires, et les peines atroces qu'on leur avait infligées, ils avaient senti toute l'amertume de la servitude, et cette amertume était dans le cœur de tous les Gaulois. Le coup de hache qui frappa Accon fut senti par toute la noblesse gauloise, et toute la noblesse gauloise se leva comme un seul homme pour punir le crime de la perversité. Les Carnutes s'offrent de former l'avantgarde dans la guerre nationale qui allait commencer. Les Arvernes lui donnent un chef et un généralissime, le patriotique Vercingétorix 1 . L'insurrection s'élève et s'étend depuis la Garonne jusqu'à la Seine; quelques tribus, comme celle des Bituriges résistèrent d'abord au soulèvement général; mais on les y força. Les Édues aussi hésitaient; tout à coup le proconsul des Gaules paraît dans le sud de sa province. Les Gaulois savaient qu'avec leur tactique passée, ils avaient été toujours battus et vaincus. Ils en adoptent une autre. La cavalerie gauloise était plus considérable en nombre et avait une supériorité guerrière : elle pouvait s'étendre sur toute
1. Vercingétorix n'est point un nom propre, il veut dire : l'homme principal, le chef de l'expédition.
la superficie du pays, dévaster les campagnes, incendier les villages et les villes, intercepter les communications et les convois de l'ennemi. On arrête ce plan de campagne. Avant la fin de l'hiver, Vercingétorix envahit le pays des Édues, pour anéantir les Boïes qui s'y étaient fixés, ces seuls alliés des Romains, sur lesquels ils pouvaient compter avec assurance. 11 fallait les supprimer avant l'arrivée de César. Quittant Agendicum (Sens), César pilla et incendia Genahum (Orléans ou Gien), ville capitale des Carnutes, et se dirigea ensuite vers le pays des Bituriges. Ce fut dans ce pays que fut essayée la nouvelle tactique des Gaulois. Sur les ordres de Vercingétorix, vingt villes y furent livrées aux llammes. Selon lui, la capitale des Bituriges, Avaricum (Bourges), devait avoir le même sort. Mais la majorité de son conseil de guerre et les magistrats de cette ville furent d'avis de la défendre contre les Romains, ce qui fut fait. César en fit le siège; cette capitale fut prise par lui au printemps de l'année 52. Alors, il divise son armée eu deux corps, envoie Labiénus vers Lutcce (Paris) ; César lui-même se dirigea sur l'Auvergne, où il assiégea en vain la capitale de ce pays, Gergovie (ville située sur une colline, à peu de dislance au sud de Clermont). Là, il eut Vercingétorix en face, et toutes ses tentatives pour s'emparer de la ville furent vaines. De plus, il eut à subir une défection considérable et sensible. Les Édues, l'abandonnant, se rangèrent sous la bannière patriotique de l'insurrection. César enfin fut forcé de battre en retraite : les Édues se joignent aux combattants de Vercingétorix.
Les Belges, aussi, commencèrent des mouvements, et
s'insurgèrent à la longue. Les Bello vaques attaquèrent .Labiénus, et, à l'exception des Rèmes, des Suessions, des Leuques et des Lingons, toute la nation gauloise ou celtique, depuis le Rhin jusqu'à l'Océan et les Pyrénées, était debout pour combattre pour sa liberté et sa nationalité. Alors César manifesta la justesse de son coup d'œil et un exemple de son expérience consommée. Il appelle sous les armes le ban général des provinces romaines, unit son armée à celle de Labiénus, combat les insurgés gaulois et les mène jusqu'aux mursd'Alésia, (Novalaise, en Savoie), où Vercingétorix s'enferma avec la plus grande partie de l'armée gauloise. Il avait établi un camp sur les flancs d'une colline, en avant de la ville: son armée comptait quatre-vingt mille hommes d'infanterie et quinze mille cavaliers. César fait le siège d'Alésia : plus de cent cinquante mille Gallo-Belges viennent en aide à la ville. Mais César réussit dans ses desseins pervers; et, avec Alésia, tombe le dernier boulevard de la liberté et de la nationalité gallo-celte. Alésia capitula en Tannée 52. Une dernière expédition fut entreprise pendant l'hiver de 52 à 51 , contre les Carnutes et les Bellovaques. Les tribus armoricaines et quelquesunes des bords de la Loire, qui s'étaient insurgées, furent également soumises; par la prise d'Uxellodunum, la guerre des Gaules fut terminée après avoir duré au delà de huit ans.
Nous avons été, à dessein, très-sobre de détails stratégiques sur la guerre des Gaules, parce que nous n'avons pas youIu fatiguer le lecteur par des particularités qui, en elles-mêmes, n'ajoutent rien à la philosophie des faits. Nous n'avons pas voulu faire parade d'une science
qui demande, pour être traitée convenablement, des connaissances qu'on n'a plus ou pas assez complètement aujourd'hui. Des détails de guerres, qui eurent lieu il y a dix-neuf siècles, ont-ils plus qu'un médiocre intérêt pour les générations actuelles, quand pour les bien comprendre, il faut avoir acquis les notions archéologiques, nombreuses, que des hommes spéciaux possèdent seuls ?
Ce fut vers l'année 52 qu'un revirement s'opéra dans la politique de Pompée, alors qu'il était le seul consul absent et qu'il n'avait pas posé de candidature. Cette dislinction inouïe d'avoir été élu comme proconsul à la tète d'une armée, avait flatté sa fierté et son amourpropre et lui avait gagné entièrement le parti sénatorial. Comme Pompée cherchait bien moins que César à capter la faveur du peuple, le sénat croyait, par la charge conférée à Pompée, l'avoir détaché de la cause populaire et l'avoir gagné; il en fut ainsi effectivement 1 . Pompée noua de bons rapports avec Caton; il l'engagea à venir le voir dans son jardin, aux portes de Rome, où il le reçut avec cordialité, le remercia et le pria de l'aider de ses conseils dans l'exercice de ses fonctions 4 . Caton lui promit de faire ce qu'il demandait, mais qu'en public il émettrait son opinion en suivant sa conscience et toujours l'intérêt de l'État. Mais en passant dans le camp des grands, Pompée attirait naturellement le ressentiment de César, car celui-ci ne fut pas longtemps à s'apercevoir des traits qu'on lui décochait. Pompée
1. Dion Caasius, I. XL, ch. l. — Velléius Paterculus, 1. II, ch. xlvii.