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César, Guerre civile, I. III, ch. en

Ce fut dans ces malheureuses conjonctures que Pompée prit la désastreuse détermination de se diriger sur

l'Égypte.

Pompée n'avait pas appris sans inquiétude que ce pays était en guerre civile. Le roi Ptolémée XII ou Àuletès (joueur de flûte) était mort ; il avait laissé TÉgypte à Ptolémée, son fils, et à Cléopâtre, sa fille, à la condition contre nature et d'usage dans la famille des rois grecs d'Égypte, de s'épouser. La princesse avait dix-sept ans et le prince treize. Pendant sa minorité, Ptolémée était sous la tutelle d'un eunuque nommé Pothin. C'était une de ces créatures abjectes, comme il y en avait tant dans cette cour, qui, vivant sur ses anciennes traditions, passait pour savante, quoique sa science soit plus nominale que réelle. L'École d'Alexandrie à cette époque, si différente de celle des siècles passés, n'a produit que des œuvres fades, insipides, sans âme et sans vie. Elle se perdait dans des spéculations abstraites, et en adoptant aussi les idées juives des Sadducéens, elle prépara la voie à l'énorme quantité d'ouvrages ascétiques et nuls, sans utilité pour l'esprit, la morale et l'expérience de la vie, que le moyen âge vit éclore. — Le jeune Ptolémée avait pour gouverneur Théodote de Samos ou de Chios, autre jeune intrigant, pareil aux autres gouverneurs de son temps, qui faisaient tourner leur science à leur propre bénéfice, tout en se prenant eux-mêmes dans les filets que tendaient leur ruse et leur subtilité. Ces deux hommes et l'Égyptien Achillas, à la tète de l'armée, désunis et envieux comme le sont toujours ces gens-là, mais du même avis dès que leur petit intérêt était en jeu , ligués contre

tout honnête homme qui pouvait encore se trouver dans leur milieu, devaient décider du sort de Pompée. Ils se crurent obligés à commettre un grand crime dans l'intérêt de la politique de leur pays.

Peu de temps auparavant, ils avaient exclu Cléopàlre de toute participation au gouvernement : elle s'était retirée en Syrie; elle avait avec elle quelques troupes et l'intention de reprendre par les armes la tutelle de son frère et futur époux. Les trois misérables ambitieux envoyèrent contre elle une petite armée.CelledeCléopàtre était campée en face et non loin de Pelusium 1 quand Pompée y arriva. Il demanda aux administrateurs du royaume asile et protection.

Selon les maximes de la politique orientale de l'époque, où l'on reconnaît l'action perverse du caractère arabe et juif, on ne pouvait mieux témoigner son amitié au vainqueur qui voulait se saisir d'un trône, qu'en le débarrassant de celui qu'il voulait perdre luimême. Ce fut d'après ce principe qu'agirent les chefs égyptiens, dont, au surplus, la position entre les deux partis, devait être délicate et périlleuse. Sur la proposition scélérate de Théodole, il fut convenu d'employer la ruse pour tuer Pompée et gagner ainsi la faveur de César. On lui envoya donc une méchante barque de pécheur sous le prétexte que dans ce lieu la mer n'était point assez profonde pour de grands vaisseaux. Celte barque était montée par Achillas, par un certain romain nommé Septimius, par Plutarque et Dion Cassius, Sempronius, par Appien, qui avait servi

1. Aujourd'hui en ruines et connu sous le nom de Tineli, auprès de Damielte.

HISTOIKE DE CÉSAR.

comme militaire sous Pompée; elle portait aussi le centurion Salvius et plusieurs autres serviteurs. La barque se dirigea vers le vaisseau que montait Pompée et sur lequel s'étaient rendues aussi les personnes les plus considérables de sa suite, afin d'observer ce qui allait se passer. Lorsqu'elles virent le petit nombre de personnes que contenait Tunique barque envoyée pour chercher Pompée sans la moindre pompe, contrairement à ce qu'on avait lieu d'attendre d'un roi, ces personnes augurèrent mal de ce dédain, et conseillèrent à leur chef de regagner le large tant qu'on était encore hors d'atteinte des flèches.

Mais la barque s'était approchée et Septimius adressa la parole à Pompée en lui donnant le titre d'Imperator. Àchillas le salua en langue grecque et l'engagea à descendre dans sa barque, parce que les bancs de sable empêchaient la trière d'approcher du rivage. Cependant, tout ce que Pompée voyait lui semblait suspect : l'armée rangée en bataille, la mesquine embarcation, l'absence du roi qui n'avait pas daigné venir au-devant de lui, et enfin celle des nobles de sa cour. Pompée toutefois partit. Il fit embarquer avec lui deux centurions, Philippe, un de ses affranchis , un esclave nommé Scythis, et, prenant congé de sa femme Cornélie et de son fils, il prononça les vers suivants d'une tragédie perdue de Sophocle :

Ksivcu* ai oouXca x av èXsuOspoc y^AKj.

« Quiconque va à la cour d'un roi en devient esclave, « quoiqu'il y soit entré libre. » Ces paroles furent les

dernières que Pompée adressa aux siens. La distance qu'il avait à franchir de sa trière au rivage était assez longue, et comme personne des assistants ne lui adressait la parole, il demanda à Septimius s'il n'était point un de ses anciens compagnons d'armes. Celui-ci fit un signe de tête affirmatif sans proférer un mot. Pendant ce silence. Pompée relisait le discours en langue grecque qu'il avait tracé sur des tablettes et qu'il se proposait d'adresser au roi. On approchait de terre, et, au moment où Pompée prit la main de Philippe pour se lever avec plus de facilité, Septimius lui porta le premier coup d'épée par derrière ; Salvius et Achillas tirèrent leurs épe'es. Pompée ramenant des deux mains sa toge sur sa figure reçut en soupirant, dans une attitude calme et noble, les coups de ses vils assassins f . Ce fut ainsi que mourut Pompée le Grand un jour avant l'anniversaire de sa naissance, dans la cinquante-huitième année de sa vie, le 29 septembre de Tan 48 avant l'ère vulgaire.

Il est aisé de se figurer la consternation et le désespoir de la femme et du fils de Pompée, ainsi que ceux de ses amis restés sur les bâtiments. On leva l'ancre et l'on gagna la pleine mer favorisé par un vent du sud : les Égyptiens ne poursuivirent pas les fugitifs qui gagnèrent l'île de Chypre *. Ensuite Cornélie se rendit avec les chefs de l'aristocratie à Cyrène, où se trouvait aussi le fils aîné de Pompée, Cneius Pompée. Cornélie

1. Plutarque, Vie de Pompée, ch. lxxvii à lxxix. — Vie de César, ch. xlvui. — Dion Cassius, 1. XLII, ch. il à iv. — Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. lxxxv à lxxxvi. — Slrabon, 1. XVII, p. 796. — Tite-Live, Epitome, ch. cxu. — Velléius Palereulus, I. II, ch. lui. — Florus, 1. IV, ch. il. *

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