‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 214 sur 289 · Hirtius, Guerre d'Afrique, ch. lxxxvi · texte numérisé non relu

Hirtius, Guerre d'Afrique, ch. lxxxvi

bandonner. Quant à lui, il résolut de rester, sans espoir toutefois de vaincre son ennemi. D'un autre côté, il ne craignait pas César : mais il aimait trop la liberté et il avait trop de fierté pour accepter la clémence d'un autre ; ensuite il envisageait cette clémence comme plus insupportable que la mort. Quant à son fils, il lui conseilla d'aller rejoindre César. Le jeune homme lui ayant demandé pourquoi il ne faisait pas lui-même ce qu'il lui conseillait, Caton lui répondit : « Je suis né dans des temps où Ton osait librement agir et parler : je ne puis, dans mes vieux jours, m 'accoutumer à une transition subite à l'asservissement; mais toi, tu es né dans l'ère nouvelle, tu y as été élevé, il faut que tu te familiarises avec l'esprit de ton siècle 1 .

Dans la nuit qui suivit cet entretien, Caton, l'homme d'honneur, l'homme du respect pour le droit et le devoir, le grand républicain intègre , se perça de son épée. Il suivit sa maxime stoïcienne, qu'il est grand de mourir comme on a vécu : il suivait en cela la conviction de tous les hommes supérieurs de l'antiquité. « Caton, en Afrique, fut dans la même situation que ceux de ses compagnons d'armes qui se livrèrent à César. Eh bien! tandis que ceux-ci eussent été peutêtre coupables de se donner la mort, parce que leur vie avait été moins austère, et leurs mœurs plus faciles, Caton, qui avait reçu de la nature une sévérité inflexible, fortifiée encore par une constance continuelle, Caton qui avait toujours été inébranlable dans ses principes et dans ses devoirs, Caton dut mourir plutôt que

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