Velléius Paterculus, 1. Il, ch. lvi
qui avaient mis leur auteur en opposition tranchée avec l'ensemble de l'histoire nationale, avec l'esprit des lois, avec les mœurs, la littérature et la poésie, éveillèrent au sein des amis mômes de César, ainsi que parmi les hommes liés avec Cicéron, le patriotisme, l'amour de la liberté, ranimèrent les restes de la fierté républicaine qui, quoique affaiblie chez le peuple, n'en était que plus vive, violente même, dans une fraction de l'aristocratie où elle s'était réfugiée. Comme toujours, aux époques de civilisation matérielle et de décadence, il y avait à Rome un contraste des plus tranchés : le développement ou la culture de l'intelligence et la force d'àme de la minorité, étaient d'aulant plus élevés et plus nobles, que la dégénérescence du reste du peuple était plus profonde et plus consommée.
Dans l'enivrement de ses succès et de son bonheur, César ne conserva plus de réserve vis-à-vis des corps et des magistratures. Il eut la faiblesse de se croire plus qu'il n'était et valait, plus qu'un conspirateur et un usurpateur heureux. Dans son ivresse du pouvoir omnipotent, il reçut, une fois assis, devant le temple de Vénus Génitrix, les sénateurs qui étaient venus en corps lui présenter les décrets les plus flatteurs 1 . Tout Rome en fut blessé. « Quelques écrivains, rapporte Suétone, disent que Cornélius Ralbus le retint comme il se levait; d'autres qu'il n'en fît même pas le mouvement, et que C. Trébatius l'ayant averti de se lever, il jeta sur lui un regard sévère. Ce dédain parut d'autant plus intolérable, que lui-même, dans un de ses triomphes, avait mani-