‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 284 sur 289 · Julien, Let César*, ç\i. jxvi · texte numérisé non relu

Julien, Let César*, ç\i. jxvi

soumis, sont des tyrans. Vers la fin du chapitre XVI11, du VIII e livre, Jean dit : « De tout cela il résultera clairement que si l'adulation est permise au tyran, il est également permis de le tromper et honorable de le tuer, si Ton ne peut enchaîner autrement ses excès. Il ne s'agit pas, en effet, des tyrans particuliers; mais de ceux qui gouvernent la chose publique. Car les particuliers sont facilement arrêtés par les lois qui gouvernent la vie de chacun. »

Jean de Salisbury fut un chaud défenseur de Thomas Becket contre le roi Henri II d'Angleterre ; il fut un zélé et violent défenseur du pape contre l'empereur d'Allemagne, un défenseur opiniâtre de la suprématie de l'Église sur l'État, du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et à son époque il acquit une puissante considération dans l'Église. Le huitième livre du Polycraticus témoigne d'une étude réfléchie des auteurs anciens ; l'auteur y raisonne très-peu lui-même : il cite rarement les Pères de l'église ou la Bible. Il y a pris Cicéron pour modèle et rapporte des exemples, des passages et des preuves d'un grand nombre d'auteurs de l'antiquité, qu'il fait même souvent parler dans son exposition : « Ceux qui voudront écrire avec plus de détails, dit Jean de Salisbury, les atrocités de la tyrannie et les malheurs des peuples, pourront les trouver avec plus d étendue dans une foule d'historiens. Si quelqu'un en a formé le dessein, qu'il lise tout ce que Trogue Pompée, Josèphe, Hégésippe, Suétone, Quinte-Curce, Tacite, Tite- Live, Serenus et Tranquillus et tant d'autres qu'il est trop long de nommer ici, ont raconté dans leurs histoires. » Après avoir fait 1 enumération du règne des

empereurs jusqu'à Commode, notre auteur s'écrie : « Par celte énumération delà tyrannie se" trouve expliqué le principe : il est permis de tuer un ennemi condamné : donc il est permis de tuer le tyran. » En parlant de l'empereur Julien, il o^it qu'il est incertain qui dirigea la flèche qui le tua : « Que ce fût un ange ou un homme, il est clair qu'il obéit à un ordre divin 1 . » Afin qu'on puisse saisir de quelle manière il entend ce jugement, il enseigne dans un long chapitre spécial comment on doit louer la détermination prise par Brutus contre César : il la recommande à ceux qui auraient affaire à des gens qui détruiraient la communauté ecclésiastique avec le pape de Rome, ou qui voudraient même la supprimer. En un mot Jean de Salisbury soutient la théorie de la légalité du tyrannicide. Jean était l'ami intime du pape Adrien IV et secrétaire du pape Alexandre III. En 1 176 il fut élu évôque de Chartres.

« Et que la gloire de César, que les écrivains ont tant célébrée, ne leur impose pas. Ceux qui l'ont loué étaient des juges corrompus par sa prospérité même, et effrayés d'une puissance perpétuée dans une famille et qui ne leur permettait pas de s'expliquer librement. Veut-on savoir ce que ces écrhains en eussent dit, s'ils eussent été libres? Qu'on lise ce qu'ils ont écrit de Catilina. César est d'autant plus digne d'exécration que celui qui exécute est plus coupable que celui qui projette. Qu'on voie surtout les éloges prodigués à Brutus. Ne pouvant flétrir le tyran dont ils redoutent la puissance,

1. Sed she homo, sive angélus fuerit, patet quia divin!» jiusionibus minifttravit. Polycraticiu, 1. VUI, eh. xxi.

4 ïS HISTOIRE DE CfiSAR.

ils célèbrent son ennemi. Depuis que Rome devint monarchie, que de louanges ne s'attirèrent pas les empereurs qui, respectant les lois, vécurent en bons princes, et que d'infamie rejaillit sur les mauvais 1 . »

« Après l'expulsion d£s Tarquins, elle (home) put se saisir de ta liberté et là conserver; mais après la mort de César! après celle de Caligula, de Néron, toute la famille des Césars éteinte, elle ne put ni la maintenir, ili même s'en emparer q uelques instants. Des succès si différents chez Un même peuple ne viennent que de ce que, après les Tarquins, il n'était pas encore corrompu, et que, sous les Césars, il était parvenu au dernier degré de corruption. Pour le conserver pur et le détacher à jamais des rois, il suffit, dans le premier cas, de lui faire jurer qu'il n'en souffrirait jamais dans Rome. Mais dans les derniers temps, ni l'autorité, ni la sévérité de Brutus, ni la force de ses légions d'Orient ne suffirent pour le rendre propre à conserver celte liberté qu'il lui avait rendue en marchant sur les traces du premier de son nom. Tel fut le fruit de la corruption que la faclion de Marius avait répandue. César, qui en était le chef, parvint à aveugler cette multitude au point qu'elle ne vit pas le joug que d'elle-même elle s'imposait 2 . »

« Il (César) fut le premier tyran de Rome, et la liberté disparut pour toujours 3 . »

« ... Il fallait redouter le nom de César, qui avait détruit ses ennemis avec tant de gloire, et établi à Rome

t. Machiavel, Discours aur Tite-Uve, 1. I, ch. X. î. /</., 1. I, ch. xvn.

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