CHAPITRE II. G
et peu pratique n'avait de remarquable que la forme , le sentiment démocratique devait faire tous les frais de l'intrigue des aspirants aux places et à la fortune, sauf à fourvoyer le bon sens populaire et à corrompre le jugement et la moralité publics. Le patriciat ne maintenait que dans des vues personnelles les lois et les formes politiques d'un autre temps, d'un autre ordre social dans la République; d'ailleurs, ces lois et ces formes avaient perdu leurs ressorts; sans la force, sans la violence ou l'astuce, elles ne devaient plus avoir d'action réelle, plus d'efficacité directe.
Les seules sciences nationales des Romains ne furent jamais que la Jurisprudence, l'étude et le commentaire des lois et d'une constitution arrangées avec artifice, l'Agriculture théorique et pratique, et enfin, l'Économie domestique sous une direction de système. Il est facile de comprendre que de telles sciences ne pouvaient convenir qu'à un peuple dont l'existence était vide de poésie, et dont les aptitudes naturelles ne le portaient qu'à mener une vie matérielle et prosaïque. Mais, d'un autre côté, ces sciences devaient aboutir à une perfection relative, parce que le service militaire, les dignités de l'État et le maniement de ses affaires concouraient uniquement au profit de certains particuliers, et que, de plus, elles étaient les seules occupations des hautes classes de la société. Toutefois, le droit disparaissait par les édits que tout gouverneur, préteur ou consul, imitant le préteur de la capitale, proclamait dans les provinces lors de son avènement.
Il n'y avait plus dans l'empire romain que des maîtres durs et pervers qui commandaient à "une foule innombrable de pauvres malheureux et d'esclaves. Hors des patriciens
et des chevaliers, il n'y avait pour ainsi dire plus d'hommes libres dans la République. Les guerres étrangères et civiles, la famine, les dettes, l'usure et un odieux individualisme avaient insensiblement amené la destruction de la grande majorité des citoyens et des agriculteurs libres. L'agriculture était laissée aux soins d'esclaves , qui n'étaient point des nègres, mais des blancs, de la même race que leurs maîtres : c'étaient des Thraces , des Celtes , des Gaulois, des Germains, etc., qu'on faisait prisonniers ou qu'on allait acheter par milliers à Délos ou à Phasélis: là, des Arabes et des Juifs les offraient au marché! Au commencement du dernier siècle avant l'ère vulgaire, la partie orientale de la Méditerranée était dans la main des Arabes et des'Nabathéens qui pillaient les choses, capturaient les personnes. D'une nature plus lâche, les Juifs, au lieu de se les procurer de première main, les leur achetaient pour en faire le commerce. S'économiser le danger, acheter à vil prix, revendre à gros bénéfice, n'est-ce pas aujourd'hui encore leur trafic ? Nous avons dit comment Pompée détruisit la piraterie sémitique.
Les conquêtes lointaines et les pillages des provinces et des villes opulentes avaient accumulé d'immenses richesses dans Rome : non - seulement le trésor public s'en était enrichi prodigieusement, mais aussi la fortune particulière. Malgré cela il n'y avait point d'aisance ni de prospérité dans la capitale, point de bien-être en général dans tout le reste de l'Italie. Les grandes fortunes ne se trouvaient que dans les mains de l'aristocratie; elles étaient, la plupart, des patrimoines ou des capitaux acquis et augmentés par des spéculations que la morale réprouve, ou par l'usure dans les familles qui commandaient les