CHAPITRE II
armées et gouvernaient les provinces. « Au dedans et au dehors, tout se traitait au gré de quelques hommes qui disposaient aussi du trésor public, des provinces, des magistratures, des honneurs et des triomphes : le peuple avait tout le poids du service militaire et de l'indigence 4 . » Cet état de choses allait en empirant : une certaine classe moyenne, qui n'était pas tout à fait ce qu'on appelle le tiers état en France, avait disparu. La cause principale de ces désastres sociaux était la décadence de l'agriculture. Les conséquences des dévastations amenées par les guerres d'Annibalse faisaient encore sentir après la troisième guerre punique (de 149 à 146). Les villes et les champs saccagés à cette époque, n'avaient pas cessé de rester incultes et en friche. Durant les grandes et terribles guerres qui suivirent, et qui enlevèrent des milliers de bras à l'agriculture, une grande quantité de terres demeura sans culture, et quand, à la longue, leurs propriétaires revenaient chez eux, il leur manquait souvent l'envie de reprendre le paisible mais dur travail de la charrue. Les désirs les plus vifs des conquérants du monde étaient de vivre au sein de la splendeur matérielle de la capitale du monde ; on vendait donc sa ferme, on vivait de son produit capitalisé, ou bien d'une part des dépouilles faites à l'étranger. On comptait sur un bonheur futur, comme en avaient joui d'autres auparavant; le plus ordinairement, on tombait peu à peu dans la classe indigente du peuple, que la distribution d'aumônes des chefs de factions préservait strictement de la famine.
Le nombre des agriculteurs libres fut aussi diminué