Velléius Paterculus, 1. II, ch. xlv
2. Cicero, ad Atticum, IV, 2. — Dion Cassius, 1. XXXIX, ch. u. — Plutarque, Vie de Cicéron, ch, xxxm.
Dans la même année que César fit la guerre à TArioviste, les Helvètes étaient sur le point de quitter leur pays avec leurs femmes et leurs enfants, afin de conquérir dans la Gaule des établissements moins rigoureux. Pour le caractère et les mœurs des peuples qui demeuraient au delà des Alpes, l'idée d'un pays aussi étendu que celui des Helvètes devait leur paraître trèsextraordinaire, car ce pays commençait au pied du Jura et se prolongeait profondément dans les vallées des Alpes. Les Helvètes étaient au nombre de deux cent soixantetrois mille; ils s'étaient adjoint trente-six mille Tulinges (des environs de Slùhlingen, dans le sud du duché de Bade, Suèves du sud-ouest) ; quatorze mille Latobriges (inconnus, mais sans doute voisins des précédents); vingt-trois raille Raurakes (entre les Vosges, le Rhin et l'Aar), et trente-deux mille Boïes (peuples de la Bavière); le total des immigrants s'élevait à trois cent soixantehuit mille hommes, parmi lesquels on ne comptait que quatre-vingt-douze mille combattants. César pouvait leur opposer au moins quarante ou cinquante mille hommes de troupes bien exercées et bien disciplinées. Mais il n'avait pas sous la main, dans le premier moment, cette armée, ce qui rendit l'élévation de fortifications, non loin de Genève, nécessaire, et force fut aux Helvètes de prendre leur route à travers le Jura; cela les conduisit aux bords de la Saône. Les peuplades gauloises qui habitaient ces contrées regardèrent les Romains comme leurs sauveurs. Voilà pourquoi ils les aidèrent à vaincre les Helvètes, dont une grande partie périt dans la bataille que leur livra César sur le territoire des Édues, entre Bibracte et l'Arar (Autun? et la Saône), Cent cin-
quante mille Helvètes, environ, restèrent dans la Gaule, du consentement de ses habitants, afin d'augmenter la population qui n'était pas considérable.
Cependant Thivernement des troupes romaines sur les bords de l'Arar (la Saône) fît naître des soupçons chez les Gaulois. Avec ces troupes pour voisines, on ne pouvait se livrer qu'à une douleur muette en pensant à l'avenir ; mais des messages secrets poussèrent à des armements dans la Belgique, dont les habitants se liguaient contre le peuple romain et se donnaient mutuellement des otages 1 . César en avait été instruit par des rapports divers et des bruits publics avant même que lui parvinssent les lettres de Labiénus; sans autorisation légale, il leva deux nouvelles légions dans la Gaule citérieure et les envoya, au commencement de l'été, dans la Gaule transalpine, sous le commandement de Q. Pédius, son lieutenant. Lui-même rejoignit l'armée dès que les fourrages commencèrent à être abondants; après avoir pourvu aux vivres, il leva son camp et arriva en quinze jours à peu près aux frontières de la Belgique, dans le pays des Rèmes (dans le Rémois, sur la Marne). Leurs envoyés assurèrent César de leur innocence, qu'ils n'avaient point voulu prendre part à la conjuration contre les Romains, mais que tout le reste de la Belgique était en armes*.
Nous devons faire ici une digression indispensable, et nous allons remonter très-haut dans l'histoire de la race humaine. Lorsque, sous le règne de Xisuthros,