Ibid., I, 111, ch. VIII et euivanta
grand nombre de vaisseaux, et surpassaient les autres peuples dans l’art et dans la praticpie de la navigation. Les Vénètes, maîtres des ports qui se trouvaient sur l’Océan, et qui prélevaient des droits sur tous ceux qui naviguaient dans ces parages, retinrent les tribuns, espérant forcer Crassus de leur rendre les otages qu’ils lui avaient donnés. Cet exemple ne fut pas seulement imité par les tribus armoricaines, mais encore par les tribus maritimes belges restées indépendantes. Là où, comme dans plusieurs provices de la Normandie, le sénat refusait de se joindre à l’insurrection, on tuait ses membres, et la foule se joignait avec d’autant plus de ferveur à la cause nationale. Toute la côte, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’à celle du Rhin, se leva contre Rome; les patriotes les plus décidés et les plus énergiques de toutes les tribus ou peuplades celtiques, s’empressaient de s’y rendre afin de coopérer à la délivrance de la patrie; on comptait même déjà sur l’insurrection de la confédération belge, sur des secours de laRretagne, et sur le concours des Germains d’oulre-Rbin. César envoya toute la cavalerie romaine, commandée par Labiénus, sur les bords du Rhin, afin de comprimer l’effervescence de la Belgique, et, s’il en était besoin, pour s’opposer au passage du Rhin par les Germains. Q. Titurius Sabinus, autre lieutenant de César, fut envoyé avec quinze mille hommes en Normandie, où se rassemblaient, comme au point central, les principaux insurgés. Mais le foyer véritable et réel de la révolte était chez les Vénètes, les plus* puissants et les plus intelligents des peuples armoricains. Lorsque César fut instruit par Crassus de ce qui se passait, il ordonna de construire
HISTOIRE DE r.fiSAR.
des galères sur la Loire, de louer des rameurs dans la province, de rassembler des matelots et des pilotes. Dès que la saison le permit, il se rendit lui-même à l’armée ; il donna au jeune D. Junius Brulus Âlbinus le commandement de la flotte et des vaisscau.v gaulois qu’il avait fait venir de chez le peuple du Poitou et de la Saintonge, et autres pays pacifiés, et il lui enjoignit de se rendre au plus tôt chez les Vénètes, et lui-même en prit le chemin avec les troupes de terre. Enfin, on en vint à un combat naval ; les Gaulois avaient en ligne deux cent vingt vaisseaux, parfaitement équipés et armés, bâtis en chêne épais, sur lequel les éperons des galères romaines n’avaient aucun effet. Ces galères étaient bien moins élevées que les vaisseaux armoricains, et les tours romaines, à quelque hauteur qu’elles fussent portées, ne pouvaient atteindre même la poupe de ces vaisseaux. Au moyen de faux tranchantes emmanchées dans de longues perches, les Romains coupaient les câbles et faisaient ainsi tomber les vergues, et cette chute réduisaient aussitôt à l’impuissance les vaisseaux gaulois, dont toute la force était dans les voiles et les agrès. Après presque un jour de combat, la victoire resta aux Romains; un calme plat qui survint y contribua, car les vaisseaux gaulois ne pouvaient fuir, et les faux romaines les rendaient incapables des moindres mouvements. Cette bataille termina la guerre des Vénètes et de tous les États maritimes de la côte de Bretagne : ils n’avaient plus de vaisseaux, et la plus grande partie des hommes en état de porter les armes étaient tués, ou prisonniers, ou dispersés. Plus au nord, rlans la tribu des Unelles, d’autres combats avaient lieu.
HlblOlKü Ut CtSAR.
Le terriloire des Unelles embrassait les côtes et l’intérieur du pays, depuis Port-en-Bessin jusqu’à Avranches; ses habitants se battaient pour la liberté et le foyer. Q. Titurius Sabinus commandait les troupes envoyées par César contre les Unelles à la tête desquels était Viridonix. Les Auler(]ues, les Éburoniques, et les Lexoves (d'Évreux et des alentours), après avoir égorgé leur sénat (|ui s’opposait à la guerre, offraient journellement la bataille aux Romains. Enfin, induits en erreur par de faux rapports, Viridonix et ses alliés attaquent le camp romain dans lequel Sabinus s’était retranché. Mais là encore les patriotes gaulois sont défaits, et les Romains soumettent les côtes jusqu’à la Seine.
Quant aux troupes, qui ne pouvaient hiverner avec sécurité dans la Belgique, César les conduit sur les bords de la Loire (Liger), dans le pays des Carnules, des Andes, et des Turons (peuples chartrain, de l’Orléanais, de l’Anjou et delà Touraine) : c’était au cœur du druidisme, le point de réunion central et annuel des prêtres druides, et la ville sacerdotale par excellence était Dreux (Durocasis) ou Chartres (Autricum). Une seule légion avec une partie de la cavalerie prirent la direction du sudest, sous le commandement de Servius Galba, pour aller punir les Nantuates, les Véragres et les Sèdunes, dont le terriloire s’étendait depuis le pays des Allobroges (départements de l’Isère et de l’Ain), le lac Léman (lac de Genève) et le fleuve du Rhône, jusqu’aux Hautes- .\!pes. Après quelques combats, et la prise de plusieurs forteresses, Galba plaça mille hommes en cantonnement chez les Nantuates, et lui-même avec quatre mille hommes prit sesquartiersd’hiver dans un bourg nommé
Oclodur (Marligny sur la Dranse, dans le bas Valais).
Au coiiiniencenient de l’hiver des années 57 el 56, César quitta la Gaule et se rendit en lllyrie, dont il voulait visiter les nations et connaître le territoire. Les succès du gouverneur des Gaules, annoncés à Rome, par les lettres de César, firent décréter quinze jours d’actions de grâces aux dieux, ce qui, avant ce temps, n’avait eu lien pour aucun général'.
Selon l’opinion de César, l’exil de Cicéron avait été d’une trop courte durée; mais il n’avait pas voulu contrarier les désirs de Pompée qui voulait sortir de sa nullité à l’aide du consulaire. Dans ses harangues de remercîments, Cicéron ménageait par peur les triumvirs ; avec le concours du peuple, il obtint pour Pompée l’inspection sur les aménages des suhsislances, mais sans armée et sans flotte. 11 vit donc son espoir déçu d'arriver à une élévation identique à celle de César, et de conquérir une position qui lui commandât la considération du sénat. Cette circonstance diminuait la contrariété et la peine que Taisaient aux grands les nouvelles venues des Gaules, et qui les préoccupaient de la manière la plus désagréable. Aussi, se précipitèrent-ils en grand nombre et pleins d’espoir dans le lieu où s’assemblait le sénat au mois de décembre, convoqués par le tribun du peuple P. Rutilius Lupus, afin d’obtenir la révocation de la loi agraire Julienne de l’année 59. Sa proposition fut accueillie par un silence approbateur; le consul élu, Lentulus Marcellinus, fut d’opinion qu'il serait convenable de ne rien résoudre dans l’absence de
I. U’aulreB ^ént^raux avaient obtenu cet honneur, mais pour un tenue uiuimlre, et qui ii’avail jatnaiii üc ptiis de dix jouTB.
HISTOIKE DK CÉSAR.
Pompée*. Durant le discours du tribun, Cicéron écoutait avec un secret plaisir les louanges qu’on lui adressait pour avoir fait rejeter la rogalion servilienne, avoir attaqué César dans des sorties amères, invectivé Gellius Publicola, l’ami de Clodius", et enfui pour avoir blâmé Pompée qui avait quitté l’Italie pour aller à la recherche du blé, et qui avait pris une plus grande part que celle d’exécuteur dans la loi agraire Or, comme le tribun n’entendait aucune parole approbative, et que pour cette raison il ne fit pas voter, le consul élu, L. Marcellinus, prononça, pour éloigner de lui et du sénat tout soupçon de lâcheté, que Lupus n’eût pas à conclure des sentiments de l’assemblée par son silence; que lui-même ne se taisait que parce qu’il trouvait inconvenant de s’occuper de la loi agraire ou des champs de la Campanie dans l’absence de Pompée, et que son avis était sans doute partagé par ses collègues^.
Les manœuvres et les discussions continuelles dans Rome occupèrent l’attention de César pendant les premiers mois de l’année 50, et retardèrent son retour à l’armée. Tant que l’aristocratie avec scs vues lui était seule opposée, elle ne lui paraissait point dangereuse ; quant à Pompée, il l’avait conduit peu à peu non-seulement à la défection, mais encore dans une position telle, qu’il fut bien obligé de rester fidèle au triumvirat. Plus Pompée cherchait à regagner une position indépendante, plus César voyait avec plaisir et satisfaction son gendre