‹ Le grand perturbateur romainChapitre 131 sur 277 · Citar, Guerre des Gaules, 1. V, cli. xxvu, xiviii, xxit · texte numérisé non relu

Citar, Guerre des Gaules, 1. V, cli. xxvu, xiviii, xxit

HISTOIRK DK CKSAH. 'Oi

ment en route pour l’Italie; que l’attaque des Ëburons témoignait que l’ennemi avait une réserve considérable de troupes; que César était à une grande distance, qu’il n’y avait point à compter sur des secours, que si toute la Gaule s’était unie aux Germains il n’y avait de salut que dans la célérité. Le débat se prolonge jusqu’à minuit entre Titurius et Cotta; celui-ci, ébranlé, se rend.

A la pointe du Jour, les Romains sortent du camp et on se met en route sur une longue file, avec un nombreux bagage et sans avoir fait aucun préparatif pour combattre. Avant trois jours on espérait, en se dirigeant à l'ouest, atteindre le camp de Cicéron; il était situé à une distance de cinquante mille pas et le plus proche de tous. Quand les Romains furent engagés dans une vallée profonde après avoir fait deux mille pas, l’ennemi se jeta sur eux d’une embuscade où il se tenait caché, attaqua l’arrière-garde, arrêta l’avant-garde et engagea le combat. Titurius, qui n’avait pourvu à rien, se trouble; mais Cotta, qui avait pensé au danger de se mettre en marche, resta de sang-froid, parce que les événements ne le surprirent pas. C’était un homme très-âgé et d’une grande expérience. On abandonna les bagages et on se tint en cercle. On cherche à se frayer un chemin par les armes; mais les Éburons combattaient de loin et accablaient les Romains de leurs traits. On avait combattu toute la journée. Les principaux officiers romains sont tués ou blessés. Cotta est atteint d’un coup de fronde au visage. Effrayé du désastre, Titurius demande une entrevue à Ambiorix. Elle fut accordée. Titurius et les officiers qui l’accompagnaient

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2ÜS HISTOIRE l»E CÉSAR.

sont d’abord désarmés, puis mis à mort. Après la mort du commandant romain, les lïburons se précipitent sur ses troupes et les mettent en complète déroute. L. Aurunculéiiis Cotta est tué, les armes à la main, et avec lui la plus grande partie des soldats romains. Le reste put se retirer dans le camp d’où l’on était sorti : ils y soutinrent avec peine un siège jusqu’à la nuit, et cette nuit même, dans leur désespoir, ils se tuèrent tous jusqu’au dernier. Toute la division fut anéantie. Un petit nombre de soldats seulement purent s’échapper et allèrent instruire Labiénus de ce désastre. Cicéron à son tour fut attaqué. Renforcés par la levée des Aduatiques qui saisirent l’occasion de rendre à César tout le mal qu’il leur avait fait, par les puissants Ménapiens restés indépendants, les Éburons parurent dans le territoire des Nerviens qui s’étaient inimcdiatenient joints à eux, et l’armée patriote, arrivée au nombre de soixante mille combattants', s’avançait vers le camp romain. Les Romains résistent; mais les Gaulois, qui avaient appris de l’armée de César à creuser des fossés, à élever des remparts, à se servir de tours mobiles, de claies, de mantelets, etc., ne cessaient de lancer des boulets d’argile rougis au feu et des dards enflammés sur les toits de paille et de chaume des baraques du camp romain. Le seul espoir des assiégés était dans César, mais César ne recevait pas les dépêches que Cicéron lui envoyait. Alors un traître à sa patrie, un autre Épialtès, un nommé Verticon, Nervien de naissance, fait porter une lettre à César par un de ses esclaves, et la lettre arrive

l. César, Guerre dei Gaule$t 1* V, ch. XLix.

HISTOIRK DE CESAR.

à sa destination. Aussitôt César envoie un courrier à M. Crassiis, son questeur, qui était chez les Bellovaques à vingt-cinq mille pas de distance. Il lui ordonne de venir le joindre; un courrier est envoyé à C. Fabius pour qu’il conduise sa légion chez les Atrébales, sur les terres destpiels il savait devoir traverser lui-même. I.abiénus reçoit aussi l’ordre de se rendre dans le pays des Nerviens avec sa légion. César laissa Crassus à Samarobrive (Amiens), et avec sept mille hommes fantassins et quatre cents cavaliers, il se rend à marches forcées sur le territoire des Nerviens (partie du département du Nord et partie de la Belgique). A la nouvelle de l’approche de César, les insurgés lèvent le siège et César joint Cicéron. Le proconsul ne vit pas sans étonnement les tours, les tortues et les retranchements qu'avaient élevés les ennemis. Ayant passé en revue la légion de Cicéron, il trouva à peine un dixième des soldats sans blessure.

César, contre lequel s’était tournée l’armée gauloise, trompa l’ennemi sur le nombre de ses forces ainsi qu’il avait déjà fait plusieurs fois; les Gaulois attaquent son camp dans les circonstances les plus défavorables et ils sont malheureusement défaits. Le découragement les saisit; les Nerviens, les Ménapiens, les Adualiques, les Ëburons s’en retournent chez eux. Les Armoricains, après avoir voulu attaquer la légion qui était chez eux, en firent autant. César resta une partie de l’hiver de 54 à 53 à Samarobrive et comptait ne reprendte l’offensive qu’au printemps, lorsqu’il aurait remplacé les quinze cohortes détruites par trente nouvelles qui allaient être formées. César ne pouvait compter que sur les Ëdues et

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insToiUK bt; cesaii.

les Rèmes qui étaient traîtres à leur patrie. LesSénons, au sud de la Seine avec leur capitale Agendicum (Sens), dont les ancêtres avaient détruit Rome en 390 avant l’ère vulgaire (il y avait alors 336 ans), chassèrent leur roi Cavarinus, qui devait sa couronne à César' ; ils avaient député vers lui pour justitier leur conduite, et en avaient reçu l’ordre de lui envoyer tous leur sénateurs, ordre auquel ils n’obéirent pas. César réussit à faire rentrer soi-disant dans le devoir tous les peuples r|ui avaient pris part à l’insurrection, à l’exception des Éburons. César voulait détruire jusque dans sa race et son nom une nation si criminelle-. Et que faisait celle nation autre chose que de combattre pour sa liberté, son indépendance! Elle n’était criminelle aux yeux du proconsul des Gaules que parce qu’elle faisait obstacle à l’issue d’une guerre et d’une conquête, entreprises par de véritables barbares, sans motifs légitimes et dans le seul but d’enrichir le commandant et ses officiers. La guerre des Gaules était en tous points injuste, impie. Elle ne devait servir qu’à assouvir les désirs méprisables d’un ambitieux, d’un pervers habile, (|ui jusqu’à présent n’a pas été jugé selon la morale la plus rudimentaire, la plus vulgaire. C’est assez dire que toute appréciation favorable de la vie de cet homme ne peut être le fait que de l’ignorance ou d’une partialité aveugle.

Après l’extermination odieuse des Éburons, le tour vint aux Sénons et aux Carnules. César tint une assemblée à Durocortorum, capitale des Rèmes. Accon, qui

1. CéMir, Guerre des Gaules, I, V, cli. uv, î. /ci., I. VI, ch. ixxiT.

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était le chef de la conjiiralioti de ces deux trihiis, reçut sa sentence de mort et fut exécuté par des licteurs romains; la domination des faisceaux et de la hache fut formellement inaugurée. 1.,’opposition patriotique des Gaulois fut interdite; partout régnait le silence et la tranquillité, et huit millions quatre cent mille francs d’impôts allèrent annuellement à Rome. Après avoir établi deux légions en quartiers d’hiver chez lesTrévires, deux chez les Lingons et six autres sur les terres des Sénons, à Agendicum (Sens), pourvu aux subsistances de l’armée, il partit pour l’Italie vers la fin de l’amiée 53, afin d’observer pendant l’iiiver, de sa province cisalpine, les événements de Rome, qui se compliquaient de plus en plus.

11 ne faudrait cependant pas croire que les idées et surtout les actes de César ne rencontrèrent pas une opposition, manifestée pendant qu’il ruinait pat* des menées démagogiques les institutions républicaines de Rome, tandis qu’il préparait à l’étranger une armée destinée à donner 1e coup de grâce à ces institutions ainsi qu’à Pompée son rival. Cette opposition se faisait déjà jour dans l’élection des fonctionnaires publics et puis dans les jugements rendus par les tribunaux, souvent contraires aux hommes du triumvirat. Mais il y avait une opposition qu’on ne pouvait atteindre ni punir, toute personnelle et violente qu’elfe était. Il s'agit de celle qui se manifestait par la littérature. Il y avait bien une loi qui punissait les crimes de lèse-majesté, mais elle ne s’appliquait pas aux œuvres de l’intelligence, elle n’atteignait pas les écrits. Elle s’appliquait aux trahisons dans l’armée, aux séditions dans Rome, aux actes d’une

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administration coupable, qui portaient atteinte à la majesté du peuple romain. Cette loi poursuivait les faits : elle laissait les paroles impunies'. Auguste le premier l’appliqua aux libelles et depuis 'lui on s’en est servi comme d’un bouclier pour couvrir une suite d’iniquités. Au nombre des poètes opposés aux actes pervers ou répréhensibles des puissants du moment et surtout de César, sont à nommer Licinius Calvus*, M. Furius Bibaculus\ et surtout Qiiintus Valérius Catulle, mort en l’année 47 avant l’ère vulgaire*, o On lit dans les vers de Bibaculus et de Catulle des outrages aux Césars, dit Crémulius Cordus et dont les paroles sont rapportées

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