‹ Le grand perturbateur romainChapitre 152 sur 277 · Qcero, ad Diven., I. VIII, ép. xir · texte numérisé non relu

Qcero, ad Diven., I. VIII, ép. xir

HISTOIKE DE CÉSAR.

pour devenir augure à la place de Q. Horfensius, el ensuite tribun du peuple; jusqu’alors il avait etc questeur de César. Antoine élait le plus audacieux, le plus agile et le plus souple des compagnons de César, et il lui était, de plus, dévoué sans réserve. Un peu plus tard, à la suite des élections consulaires, dans les<pielles ses ennemis bien avérés, L. Lentulus et C. Marcellus, triomphèrent sur son lieutenant Ser. Galba, César se rendit en Italie, en prenant pour prétexte qu’il voulait intercéder auprès des municipes et des colonies en faveur de l’élection d’Antoine comme |)rétre. On lui annonça sur sa route que, par l’intermédiaire de Curion, son souhait était exaucé; il fut donc alors de son devoir de remercier celles des villes auM|uelles il voulait s’adresser en personne lors des prochains comices consulaires. Partout il fut bien accueilli , et cet enthousiasme réel lui était un gage de la lidélité des habitants d’au delà du Pô. Ensuite il retourna à Nemetocenna, pour inspecter ses légions dans le pays des Trévires, et ses soldats purent contempler le général sous les ordres duquel ils avaient accompli le grand œuvre de la conquête pour laquelle ils attendaient leur récompense. Au nombre des officiers se trouvaient plusieurs de ceux qui, plus tard, l’assassinèrent. T. Labiénus, un militaire distingué, qui avait commandé l'armée des Gaules pendant les absences de César, et gorgé de richesses par lui, était ambitieux, et plus ambitieux que ne le comportait sa position. César le craignit, dut l’éloigner, et lui confia le commandement des cohortes stationnées dans la Gaule cisalpine. Là, il traita avec les grands de Home, el César ne voulut écouter aucun avertissement, parce

HISTOIRE DE CÉSAR

qu'il savait que l.ahiéniis ne pouvait nuire qu'à ses côtés, mais non en face <lo lui'.

Le triomphe ou l’espèce de triomphe de César dans le nord de l’Italie, la complète et la soumission de la Gaule transalpine (jui devaient toucher Pompée plus que qui (pie ce fût, semblaient ne point le regarder. Lui aussi, il célébrait des fêtes, et l’encens l’enivrait au point de ne plus rien voir de ce qui se passait. Il alla en Campanie; de là il écrivit au sénat, louait les mérites de son rival cl n’oubliait pas non plus les siens. Dans sa lettre, il mentionnait son troisième consulat, scs provinces et ses troupes. Ses ennemis parlaient d'une puissance usurpée et inconvenante, mais le sénat savait bien (pi’ellc lui avait été imposée au moment de grands dangers. Puisque les opposants en étaient si fortement choqué's, Pompi’e dit qu’il était prêt à remettre dans les mains de ceux qui voulaient le lui ravir, ce qu’il avait accepté malgré lui et dont il se démettrait sans attendre le temps fi.xé pour cela*; on devait s’expliquer, ordonner à César, et non à lui. Pompée, de mettre bas les armes; et si César n’obéissait pas, le proscrire, et charger Pompée de l'exécution des mesures prises contre César. Mais on manqua de hardiessç pour tenir tête à rennerni.

Pompée fut atteint d’une maladie grave pendant un séjour qu’il lit à Naples; il y eut encore un nouveau sursis aux mesures à prendre. Lorsqu’il fut rétabli, on lui manife^'.a de nouveau un grand intérêt, ce qui lui

I. Cé«ar, Guerre cii’ile, I. VTII, ch. Lii. — Dion Cauiui, I. XLI, ch. IT. 3. Appicn, Guerre» eieiles, I. Il, ch. ixriii.

~ Oigitizçd by Goc^Ie

HISTOIRE DE CÉSAR

inspira et ce qui fortifia en lui une confiance aveugle. Aux portes de Rome, il répéta le contenu de sa lettre au sénat. Curion le prit au mot, et Pompée se retira dans ses jardins, plein de haine et de rancune, l.e rétablissement de la puissance tribunitienne portait ses fruits, et ce rétablissement était en partie l’œuvre de Pompée. Sur ces entrefaites, il se présenta une occasion d’affaiblir l’armée des Gaules : les Parthcs menaçaient, et le sénat ordonna que chacun des deux rivaux fournirait une légion pour la guerre d’Asie. Pompée choisit précisément la légion qu’il avait prêtée auparavant à César; celui-ci en perdit donc deux, (pii restèrent en Italie. Le proconsul des Gaules fit un présent de 250 deniers ou 205 francs à chaque légionnaire, et aux officiers un présent proportionné à leur grade. C’était afin de s’assurer de leur fidélité, et en même temps pour les rendre suspects à leur général futur. Le consul Marcellus les envoya à Capoue, parce qu’il u’y avait plus rien à craindre en Syrie de la part des Parthes.

La tranquillité de Pompée ne correspondait nullement à l’impétuosité que manifestait son parti, constamment surpris dans les contradictions les plus évidentes. Bon nombre des siens commeimaient à douter qu’il pût, ainsi qu’il l’avait dit, en frappant du pied le sol, en faire sortir des légions; et cependant ils ne cessaient de pousser activement à la guerre. La demande de Curion, que César ne se démît pas seul de son commandement, mais que Pompée eu fît de même, avait arrêté momentanément les négociations. La face des choses commençait à se montrer sous un jour plus favorable. Marcellus fit reprendre les débats et fonda sa proposition sur la

HISTOIRE DE CfiSAR. ZM

déclaration de Curion, mais de telle sorte qn’on devait voter séparément sur la nucstion de cliacmi des proconsuls. La majorité fut d’avis ipi’il fallait donner un successeur à César, un petit nombre qu’il fallait remplacer Pompée. Par ce moyen de procéder, le débat devint une affaire de parti et en même temps personnelle. Or, quand Curion posa cette question au sénat : « César et Pompée doivent-ils résilier tous deux la puissance qu’ils possèdent? * vingt-deux sénateurs furent pour la négative et trois cent soixante-dix pour l’aftirmative'. Curion, enivré de sa victoire, se rendit au Forum au sein du peuple qui le reçut avec des acclamations, en lui jetant des fleurs et des couronnes. C. Marcellus leva la séance du sénat en s’écriant : « Bien, vous l’emporte/ ! mais vous aurez César pour maitre’. » Curion avait bien joué son rôle. Le peuple ni la majorité des sénateurs ne savaient qu’il était acheté par César : on croyait généralement (pi’il combattait pour l’honneur cl la sécurité de la République et que c’était encore pour l’amour de la République qu’il assumait sur lui la haine des deux proconsuls’.

Curion et son parti voulaient la guerre à tout prix afin de satisfaire leur haine et se jeter sur le butin; ils inventèrent donc la nouvelle iiue la guerre avait déjà commencé, <jne César menait (pialre légions à Placentia

1. Dion CoKSius, 1. .XLI.cli. ii. — Api>ioii, Guerres civiUs, 1. Il, ch. x\x. — Plutarque, Vie de Pompée^ ch.

2. Appien, Guerres civiles, 1. Il, ch. xxx. — Plutarque, Vie de Pompée, ch. LTIII.

3. Appien, Ciucrrci civiles, 1. Il, cli.xxvii. — Plutarque, Vie de Pompée ch. Lvm.

HISTOIRE DE CÉSAR

(Plaisance) et qu’il était en marche sur Rome. Sur le faux bruit qu’on fit circuler vers le commencement de décembre, que César avait passé les Alpes avec dix légions, Miircellus proposa au sénat d’envoyer à la rencontre de César les deux légions campées à Capone. Cui'ion s’y opposa et prouva qu’il ii’y avait de ce côté des Alpes qu’une seule légion, la treizième, divisée, cl en garnison dans plusieurs villes; et ainsi il lit avorter la proposition du consul. Celui-ci, outré, s’écria que si on empêchait de laisser conclure le sénat, ce qui pressait beaucoup en ce moment, il prendrait lui-même des mesures et alors il se rendit avec C. Marcellus et L. Lentulus, consuls élus, et ceux des sénateurs de son opinion, aux jardins de Pompée pour lui ordonner de prendre pour la défense de la Républi(|ue le commandement de toutes les troupes cantonnées en Italie et celles qui devaient encore être levées. Pompée accepte cet ordre pour le cas malheureux où il faudrait repousser la force parla force'. La guerre était déclarée : la déclaration ne venait pas de César, mais de ses ennemis, pas non plus du sénat et du peuple, mais de Pompée et de sa faction. Pompée et ses partisans s’étaient élevés au-dessus du sénal, ils avaient dédaigné l’intercession du tribun et formaient dès ce moment une Rome étrangère. Curion, l’habile tribun, dont l’opposition contre l’arbitraire du consul et le pouvoir de Pompée fut vaine, s’adressa encore une fois au peuple et lui parla de trahison ; il déplora les démarches hostiles et interdit la levée des

1. Appien, Gufrrf$ eivilet, I. Il, eh. xxxi. — Plutxrqae, Vie de Pompée, eh. LViil, Lix.

HISTOIRE DE CÉSAR. 241

troupes : mais cette défense fut gratuite, car, hors de Rome et de sa banlieue, il n’avait plus rien à dire, et sa fonction tribunitiennc dans la ville cessait au dix décembre dont on approchait. Il quitta Rome et s’empressa de se rendre auprès de César qui était à Ravenne.

Le rusé tribun s’était acquitté de son rôle en maître.

Dès l’origine, il fut d’une grande utilité pour César; on ne s’aperçut nullement que c’était uniquement pour celui-ci qu’il agissait, et à la fin, quand on pénétra dans ses manœuvres, il sut tourner les affaires de telle sorte que le proconsul des Gaules parut traité avec injustice et froissé injustement. Et dans le fait toute la conduite du Sénat envers César était un jeu de la cabale de la faction de Pompée; de plus cette faction était niaise, impuissante, incapable. On voulait terrasser César au moyen de décrets sénatoriaux, quoique le parti de Pompée fût impuissant au point de ne pouvoir pas seulement faire voter et passer ces décrets. La guerre était . déclarée à César, non par la volonté du sénat, mais par Lentulus et quelques grands de même opinion que lui.

La faute et l’ahus contre la constitution étaient de leur côté, mais le crime caché, le crime utilisé de tout temps, la corruption, revenait à César. Quand on l’emploie, c’est que la cause qu’on poursuit n’est point honorable; c’est qu’on ne peut pas employer de moyens honnêtes ; c’est enfin qu’on est criminel, pervers.

Pompée s’était absenté de Rome, mais il y revint avant le V janvier 49. Il avait quitté la capitale, non pour faire quelques préparatifs de guerre, mais seulement pour ne pas avoir à repondre aux attaques des nouveaux tribuns, Marc Antoine et Q. Cassius Longinus, et pour

HISTOIRE DE CÉSAR

laisser agir son beau-père Métellus Scipion et le consul Marcellus. Parmi les grands, il éveilla aussi un grand mcconlcnlemenl de ce qu’il se privait dans des temps si difficiles de conseilset de lumières. Ce furent surtout les sénateurs qui le blâmèrent et cependant ils étaient absentseux-mèines. Parmi eux était Cicéron qui avait quilté son gouvernement de Cilicie et qui débarqua à Brundusium le 25 novembre. Comme impérator et dans l’espoir du triomphe, il dilTéruit son retour à Rome. La conduite de Pompée envers Cicéron était ambiguë, gênée : il paralysa, au moyen d’avis, les démarches de Cicéron. 11 lui dit que la guerre était inévitable, que César ne voulait aucun arrangement, etc. Pompée lui devint suspect, il doutait de sa sincérité, surtout quand il lui proposa de se charger de la défense de la Sicile. Dans les lettres (jiic César adre.ssait à Cicéron, il employait les expressions les plus obligeantes. Durant son retour de Cilicie, il avait reçu des lettres de César et de Pompée; tous deux comptaient sur son ajtprobation et son appui : il ne maïupia pas de répondre à leur attention quoiipi’il vit « tju’ils ne combattaient que pour le pouvoir. »

César avait eu soin que Curion eût dans son ancien (luesteur et parent, le tribun Marc .\ntoinc, jeune homme de 34 ans, un successeur aussi téméraire et aussi audacieux que lui. M. .\ntoinc, dans un discours adressé au peuple le 23 décembre, passa en revue toute la vie publique de Pompée en appuyant sur ce qu’elle avait de blâmable, selon lui, surtout la condamnation d’un grand nombre de citoyens à la suite de sa loi sur la brigue et la corruption dans les élections. Le tribun ap-

HISTOIRE DE CÉSAR

puya encore sur l’intervention réitérée de Pompée à la tète de la force militaire, avec laquelle, comme proconsul d’Espai^ne, il campait aux portes de Rome pour la dominer. Ce discours fut envoyé à Pompée (jui le communiqua à Cicéron le “27 décembre, lorsqu’il le joignit auprès de Lavernium. Pompée lui fit remarquer qu’on pouvait voir par l’audacieux langage du tribun, ce qu’il y avait à attendre de César comme consul, quand bien même il déposerait les armes auparavant, dans les provinces. 11 se pourrait, disait-il, qu’en apprenant (ju’on armait contre lui il ne recberclierait point le consulat, mais qu’il préférerait son armée et ses provinces. Mais s’il passait outre, on aurait les moyens de l'éconduire avec ses prétentions trop présomptueuses et trop insolentes; que mieux valait la guerre ouverte (ju’une paix incertaine, et quoi (ju’il arrivât, la liberté valait plus que la vie. Ces paroles du grand capitaine tranquillisèrent Cicéron, ne fût-ce (|ue pour un moment, parce qu’il devait s’avouer bientôt, comme autrefois, ([u’on était peu autorisé à s’abandonner à une semblable sécurité.

César de son côté paraissait avoir des craintes. Il était alors à Ravenne, sur la frontière méridionale de sa province cisalpine, occupée seulement par la treizième légion, cinq mille fantassins et trois cents cavaliers. On devait donc penser ((ue par son rapprochement il avait l'intention de faciliter les négociations. Curion lui avait proposé de marcher sur Rome avec toute son armée, sans perdre de temps'. Mais César qui voulait donner

Page 1