‹ Le grand perturbateur romainChapitre 183 sur 277 · Tilc-I.ivp, Epitoinc, ch. c.Xii · texte numérisé non relu

Tilc-I.ivp, Epitoinc, ch. c.Xii

IIISTOlUE DE CESAU,

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lic s’élail rendu en toiile hâte en Égyple que pour porter le coup mortel ù Pompée s’il le trouvait encore vivant. César simula de déplorer sa perle, feignit d'ôtre ému et colère de son meurtre'. Était-il dune si sensible, celui (jui avait ordonné les cruautés atroces qu’on exerça sur les patriotes gaulois, dont le seul crime était de défendre leur pays contre la domination despoliipie de l’étranger? Quelquesjours après l’assassinai de Pompée, lesÈgypliens tuèrent aus.si L. Lentulus, consul en 49

L'iiistonen ne doit pas quitter Pompée sans porter un jugement impartial sur cet homme célèbre qu’on doit plaindre davantage qu’admirer. Pompée ne comprit pas son époque ni ses contemporains. Dans l’ivresse d’un lionheur constant pendant plus d’un quart de siècle et peu commun parmi les hommes, ceint de lauriers que d’autres avaient fait eroitre, dans les sentiments, altiers de mérites inouis, Pompée semble avoir pensé que le sort lui avait réservé de rester seul investi de la toutepuissance dans Rome, à cause de l’admiration universelle que sa position avait amenée. Quelle que fût l’ambition de Pompée, quel que fût le but auquel il tendait, il ne faisait dans l’origine nullement bon marché des moyens pour y arriver. Il respectait les lois de son pays, il se respectait surtout lui- même, ce qui est très-rare en ce monde; mais il ne sut comprendre que ce respect n’était pas payé de retour par la multitude vulgaire qui

1. Dion Cassius, 1. XI.H, ch. tiii. — On de douvitnl de ces vers de Corneille :

O y>upirs! à ri'i^pccl! oh ! qu'il e§( dout de plaiudre Le M>rt d*uu cuuemi, quand il u’est plu& à craindre.

(.Iforf de Pompée.)

HISTOIRE DE CÉSAR

applaudit les faits accomplis, qu'ils soient bons ou mauvais.

Quand Pompée licencia sans suspicion ses légions en revenant d’Asie, il put célébrer un éclatant triomphe : mais il ne lui fut pas permis de réaliser des prétentions d’un ordre plus élevé. L’insuccès de ses projets, l’opposition du sénat à la ratification de ses actes et la mortification qu’il en ressentit, le troublèrent au point de s’allier, lui l’homme encore pur, à César et à Crassus, au démagogue par intérêt et à l’usurier. Le triumvirat précipita Rome en peu de temps dans un état qui rendait le despotisme possible. Ce fut encore par son action liberticide dans le triumvirat que Pompée tenait en partie ses titres au surnom de Grand que Sylla lui avait donné par politique dans un moment où le jeune Pompée pouvait puissamment l’aider à restaurer la constitution romaine.

L’âme de Pompée était trop désintéressée pour comprendre César, dans lequel il y avait plus d’un Marins, ainsi que le grand dictateur l’avait si justement prédit. Pompée avait vu César agir en sous-œuvre, dans des affaires subalternes, quand lui-même était déjà arrivé à l’apogée de la gloire et de la puissance. César lui avait témoigné du dévouement et de l’affection; il avait encore coopéré à son élévation ainsi qu’à la réalisation de ses désirs. Mais PomiJée n’eut pas la perspicacité de voir que César ne travaillait uniquement que dans son intérêt. Pompée crut avec naïveté pouvoir gagner par César la popularité que ce dernier avait conquise depuis longtemps par son agilité, sa souplesse intellectuelle et pratique, ses libéralités et scs artifices pour capter la foule;

IIISTOIIiK DE CESAIl.

et désertant inomenlanément ses principes, fasciné qu’il était, il espérait annuler par celle popularité l’opposition que lui faisait le sénat.

Quand ttsar passa le Kubicon, il ne lira pas le glaive contre Rome, mais bien contre Pompée, contre te sénat et contre tous ceux qui n’étaient pas avec et pour lui. On ne comprend pas l’insouciance, l’incurie même de Pompée dans cette conjoncture capitale. Si à ce moment il a eu ta pensée que César n’oserait aller jusqu’à la dernière extrémité, de quel éblouissement ne fut-il pas saisi! S’il a espéré (jiie César serait abandonné par son armée, quel ne fut pas son aveuglement ! Sans être préparé pour la lutte, il ne lui restait guère d’autre parti à prendre que de quitter Rome, do fuir l’Italie. Dans son absence, César con(|uiert l’Italie et l’Kspagne. Cnfin Pompée se réveille de son sommeil; il met en mouvement l’Orient : il ne sait tirer aucun parti de ses avantages sur César. A Pharsale, Pompée a dans son camp le sénat et le peuple romains qui augmentaient sa considération ; du côté de César étaient les légions aguerries qui avaient combattu sous lui pendant neuf ans dans les Gaules, et que César avait formées précisément pour vaincre Pompée dans un temps donné.

Pharsale est funeste à Pompée; la fermeté qu’il montra dans le malheur et l’adversité lui gagna de nouveau l’intérêt qu’on lui portait et qu’il avait anéanti par une confiance trop hautaine dans le bonheur; et sa mort, enfin, lui attira largement la pitié de la postérité, pitié qui arracha même, dit-on, une larme à César, fùt-clle feinte ou réelle. Toute la vie de Pompée nous apprend clairement qu’il voulait être le premier dans la Répu-

IIISTOlliK II K (lESAII.

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