‹ Le grand perturbateur romainChapitre 216 sur 277 · Pline, Histoire nalurel/e, I. VIII, ch. xx · texte numérisé non relu

Pline, Histoire nalurel/e, I. VIII, ch. xx

HISTOIRE DE CÉSAR

d’un autocrate ou d’un monarque. Il eut l'orgueil d'élaborer seul les nouvelles lois qui devaient régir la société romaine. Elles trouvèrent des contradicteurs et des opposants, mais qui n’ctaient pas assez considérables, pas assez populaires pour oser se montrer ouvertement scs adversaires. Les dernières guerres civiles avaient dévoré tous les hommes d'action : ensuite César en imposait à la foule imbécile comme neveu de Marius. 11 pouvait donc impunément décréter les lois que les loisirs des camps et de la guerre, surtout des hivers passés dans la Gaule, lui avaient laissé le temps d'élaborer pour son élévation et la consolidation du pouvoir qu'il usurpait. Il s’était entouré de toutes les créatures vénales, de toutes les réputations compromises, flétries ou prostituées : il en avait encombré les innombrables avenues du pouvoir, et si sa magistrature malhonnête condamnait ceux qui n’adoraient pas le demi-dieu du Capitole, ses fidèles légionnaires à double solde étaient là tout prêts à balayer des rues les malheureux qui soulTraienl intellectuellement ou matériellement dans leurs affaires, par le glas funèbre qui régnait à Rome à l’époque où César commença à jeter superbement le masque.

Il y avait deux ans que César avait fait entrer au sénat bon nombre de membres indignes; il rabaissa la considération de ce corps, ce qui lui était indifférent ; le principal, c’était qu’il pût compter sur le dévouement des sénateurs. Toutefois en 46, les temps étaient changés. César pensa à une épuration du sénat : comme préfet des mœurs, il pouvait en augmenter le nombre; mais il n’avait aucune raison d’en augmenter la cbnsidéra-

HISTOIRE DE CESAR

tion. En l’année 47, César avait nommé membres du sénat des chevaliers, des centurions et des officiers subalternes, à la place des sénateurs qui moururent ou périrent dans la guerre civile*. En l’année 40, comme prœfectus mortnn, revêtu du pouvoir de censeur, il compléta le sénat par des fils d'affranchis, des provinciaux auxquels il venait de donner le droit de citoyen, et enfin par toutes sortes de gens des basses classes : ses membres montèrent au nombre de neuf cents*. Quand César donna aux étrangers le titre de sénateurs, on afficha partout ces mots : « A tous, salut; il est défendu de montrer aux nouveaux sénateurs le chemin du sénat. » On chanta aussi dans les rues de Rome ^ :

Les Gaulois, que ta guerre avait faits nos esclaves,

Cachent leurs vieux soyons sous l’or des laticlavcs ‘.

Cicéron se moquait publiquement de la facilité de Céstir de créer de nouveaux sénateur^. P. Mallius, son hôte, le priant de faire obtenir à son beau-fils la dignité de Décurion, il répondit devant de nombreux témoins : n Si c’est à Rome, il l’aura; à Pompéi, c’est difficile’. » Cicéron disait encore à Labiénus qu’il ne pouvait placer auprès Je lui : « Je vous recevrais volontiers, si je n’étais assis si à l’étroit. > Cette plaisanterie était déjà dirigée contre César qui, par le grand nombre de per-

1. Dion Caasius» 1. XLII, ch. li. — Hirlius, Guerre d'Afrique^ ch. utiii,

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