Suôlona, Vie de Cémr, ch. lxxt
HISTOIRE DE Cf.SAR.
pardonnait à beaucoup de ses ennemis, bon nombre d’entre eux furent même promus à des places d’honneur et à des charges publiques
La conduite de César à celle époque était dirigée par la politique et les circonstances. S’il n’y eut pas de proscriptions à son retour d’Espagne, c’est que sa conscience, plus forte que sa passion de dominer, lui criait d’élre modéré, prudent et sage. Si la conscience de Sylla, qui jamais ne conspira, n’avait pas à lui reprocher l’ambition de gouverner, si elle ne lui reprochait pas de vouloir exercer la puissance pour la puissance, elle lui criait hautement d’user des moyens les plus efficaces pour remettre l’ordre compromis dans la société et la République dans son assiette.
César gucmail avec les moyens, et c’était naturel. Son but n'etait point noble : car son intention n’était point de rétablir le règne de la loi et de sauver la République. Son but n’était, au contraire, que d’amener insensiblement une convergence des lois pouvant effectuer la réalisation de son rêve, l’élévation matérielle et le maniement absolu du pouvoir, dussent ces derniers se dresser sur les ruines du passé et sur l’anéantissement de la République.
César ne put et ne devait donc pas agir comme Sylla qui, exempt de toute basse et puérile vanité, ne reniant jamais ses principes ni sa conscience pour assouvir des appétits ridicules ou des passions mesquines, ne marchandait jamais avec son but ni avec les moyens d’y arriver.
7, Ho<‘ck, Uômhchf Gfuhichte^ tome I, pages 193, 194.
IIISTOlHt; 1)E CËSAH.
César, au contraire, entendait sans cesse retentir les avertissements et les cris intérieurs de la conscience, et ces avertissements et ces cris lui rappelaient constamment les mots de conspirateur, de vanité, d’orgueil, de duplicité, de convoitise, d’usurpateur et de démagogue, etc., etc.; et lui-même lisait mieux que personne dans son for intérieur les intentions liberticides et inconstitutionnelles qu’il avait méditées et conçues, et qu’il projetait de mettre à exécution. Monté au pouvoir suprême par des détours. César était confus; s’il tremblait sans avoir le frisson de la peur, il flottait dans une liésitation craintive et embarrassée. Quelle en était la cause? C’est qu’il avait encore à cette époque même à redouter une réaction qui, certes, était à craindre s’il eût été moins sage, moins clément et moins doux envers ses adversaires après le succès et la victoire.
Il faut SC souvenir encore que non satisfait du pouvoir réel du monari|ue, il en recherchait aussi le nom et les insignes extérieurs, que dans des moments d’oubli ou de distraction et <à mesure que croissait son orgueil. César ridiculisait les formes républicaines, ainsi que le rapporte Suétone'. D’après un historien perdu, Titus Ainpius, César disait : « que la République était un nom sans réalfté, sans valeur, que les hommes devaient lui parler désormais avec plus de respect et regarder comme loi ce qu’il disait. »
Les républicains qui existaient ne devaient-ils pas se sentir profondément blessés par ces paroles ? Il fallait