‹ Le grand perturbateur romainChapitre 243 sur 277 · Plutarque, Vte dt Brutus, ch. xii · texte numérisé non relu

Plutarque, Vte dt Brutus, ch. xii

3. Rome recoiinalt les plus illu.^tres dlojrcns pour auteurs de celle action Immorlelle. Cicéron, 11* Fhilippûjuet xiv«

lllSTOlUE DE CESAR.

détestaient, abhorraient jusqu'à l’apparence même du despotisme. Ils voyaient les institutions du passe en voie de destruction, et cette destruction n’était point entreprise dans les vues d’y substituer d’autres plus parfaites et plus en rapport avec les exigences de l’époque ; les esprits éclairés de Rome voyaient aussi l’asservissement de tous aux caprices d’un seul. La République était en voie de périr, la liberté, prise à la gorçe, allait être étoulTée. Le but des conjurés était de maintenir l’une et de dégager l’autre '. •

Conüants dans la justice de leur projet, les conjurés se liguèrent entre eux sans se prêter de serments mutuels : ils ne se jurèrent point fidélité par des sacrifices. Tous gardèrent scrupuleusement le secret jusqu’au bout, jusqu’à l’acte final de leur entreprise. Leur nombre se montait à plus de soixante. Jamais conspiration ne fut tenue plus secrète. Le moment était critique pour Rome ; quelle était sa perspective, son avenir? Un dictateur qui courait en aventurier à la conquête du monde, deux consuls qui vivaient en inimitié ouverte, qui autrefois avaient suscité les troubles les plus sanglants, lorsqu’un d’eux fut tribun et que l’autre fut à la tête des troupes. À leurs côtés, comme lieutenant du dictateur magister equiluiu), était Lépidus, homme très insignifiant et instrument excellent du despote, puisque César le laissa, pendant sa dernière absence, quand il était en Espagne, avec dix préteurs à la tète de l’administration

1. t II ü8l un autre motif bien plus im|iorlanl qui fait conspirer les hommes contre un prince; eVsl le Jésir de délivrer son pays de l'esclavage où il l'a réduit: c’est ce moiif qui excita Brulus et Cassius contre César. » Discours sur Tiie-Live de Macddavcl^ I. IJl, cli. vi.

IIISTOI IlE DE CfiSAR.

romaine. Indépendamment des pompéiens et des républicains, il y avait au sein des conjurés des amis de César ; c’étaient Décimus Brutus, P. Servilius Casca, C. Trébonius, C. Casca, Tillius Cimber, Minulius Batillus, Servius Sulpicius Galba, etc., etc.

Au milieu de toutes ces circonstances, les Romains manifestèrent universellement le désir de venger la mort de Crassus et l’anéantissement de son armée. Il leur semblait aussi que le moment de l’assujettissement des Parthes était arrivé '.De là l’empressement de Rome pour une telle entreprise. Mais quiconque avait à cœur le bien et la paix de Rome, ne pouvait donner son assentiment à la gigantesque conception de cette guerre ni à son exécution dans les conjonctures actuelles. Nous avons dit le plan de César. Son entreprise devait durer trois ans. Ce calcul était hypothétique tout autant que le succès. César compromettait donc la paix, le bonheur et l'avenir de l’empire romain.

Nous avons parlé des trois hommes qui seraient mis à la tête de l'État, et qui devaient en avoir la direction durant l’absence de César. Quiconque se souvenait des désordres qu’ils amenèrent avant le retour de César après la bataille de Pharsale, devait craindre pour Rome et ne point se porter garant de sa tranquillité, ne fût-ce que pour quelques mois.

Le dépit de l’espoir déchu fut sans doute un aiguillon pour César, dépit qui lui fit accélérer la mise en œuvre de sa gigantesque campagne*. Les conjurés, de leur

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