‹ Le grand perturbateur romainChapitre 268 sur 277 · Julien, Lti Ctaart, cli. ixvi · texte numérisé non relu

Julien, Lti Ctaart, cli. ixvi

HISTOIRK DE CÊSAB.

soumis, sont des tyrans. Vers la fin du chapitre XVIll, du VIII® livre, Jean dit : « De tout cela il résultera clairement que si l'adulation est permise au tyran, il est également permis de le tromper et honorable de le tuer, si l'on ne peut enchaîner autrement ses excès. Il ne s'agit pas, en efTel, des tyrans particuliers; mais de ceux qui gouvernent la chose publique. Car les particuliers sont facilement arrêtés par les lois qui gouvernent la vie de chacun. »

Jean de Salisbury fut un chaud défenseur de Thomas Becket contre le roi Henri II d’Angleterre ; il fut un zélé et violent défenseur du pape contre l'empereur d'Allemagne, un défenseur opiniâtre de la suprématie de l'Ëglisesur l'Ëtat, du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et à son époque il acquit une puissante considération dans l'Ëglise. Le huitième livre du Polycraticus témoigne d’une étude réfléchie des auteurs anciens ; l’auteur y raisonne très-peu lui-mëme : il cite rarement les Pères de l’église ou la Bible. Il y a pris Cicéron pour modèle et rapporte des exemples, des passages et des preuves d'un grand nombre d'auteurs de l'antiquité, qu’il fait même souvent parler dans son exposition : « Ceux qui voudront écrire avec plus de détails, dit Jean de Salisbury, les atrocités de la tyrannie et les malheurs des peuples, pourront les trouver avec plus d’étendue dans une foule d’historiens. Si quelqu’un en a formé le dessein, qu’il lise tout ce que Trogue Pompée, Josèplie, Hégésippe, Suétone, Quinte-Curce, Tacite, Tite- Live, Serenus et Tranquillus et tant d'autres qu’il est trop long de nommer ici, ont raconté dans leurs histoires. » Après avoir fait l'énumération du règne des

HISTOIRE DE CESAR

empereurs jusqu'à Commode, notre auteur s’écrie : '< Par cette énumération delà tyrannie se trouve expliqué le principe : il est permis de tuer un ennemi condamné : donc il est permis de tuer le tyran. » En parlant de l’empereur Julien, il dit qu’il est incertain qui dirigea la flèche qui le tua : << Que ce fût un ange ou un homme, il est clair qu’il obéit à un ordre divin*. » Afin qu’on puisse saisir de quelle manière il entend ce jugement, il enseigne dans un long chapitre spécial comment on doit louer la détermination prise par Brutus contre César : il la recommande à ceux qui auraient affaire à des gens qui détruiraient la communauté ecclésiastique avec le pape de Rome, ou qui voudraient même la supprimer. En un mot Jean de Salisbury soutient la théorie de la légalité du tyrannicide. Jean était i’anii intime du pape Adrien IV et secrétaire du pape Alexandre III. En 1 17B il fut élu évêque de Chartres.

« Et que la gloire de César, que les écrivains ont tant célébrée, ne leur impose pas. Ceux qui l’ont loué étaient des juges corrompus par sa prospérité même, et effrayés d’une puissance perpétuée dans une famille et qui ne leur permettait pas de s’expliquer librement. Veut-on savoir ce que ces écri\ains en eussent dit, s’ils eussent été libres? Qu’on lise ce qu’ils ont écrit de Catilina. César est d’autant plus digne d'exécration que celui qui exécute est plus coupable que celui qui projette. Qu’on voie surtout les éloges prodigués à Brutus. Ne pouvant flétrir le tyran dont ils redoutent la puissance.

t. Sed five homo, «Ive angelui hierit, palet quia divinia juialonibus ml nlalraTil. Polyeraliou, I. VIII, ch. x\i.

HISTOIBE DE CÊSAK.

ils célèbrent son ennemi. Depuis que Uonie rlevinl monarchie, que de louanfres ne s’attirèrent pas les empereurs qui, respectant les lois, vécurent en bons princes, et que d'infamie rejaillit sur les mauvais*. »

<1 Après l’expulsion des Tarquins, elle (Rome) put se saisir de la liberté et la conserver; mais après la mort de César, après celle de Caligiila, de Néron, toute la famille des Césars éteinte, elle ne put ni la maintenir, ni même s’en emparer q uelques instants. Des succès si différents chez un même peuple ne viennent que de ce que, après les Tarquins, il n’était pas encore corrompu, et que, sous lesCésai’s, il était parvenu au dernier degré de corruption. Pour le conserver pur et le détacher à jamais des rois, il suffit, dans le premier cas, de lui faire jurer qu’il n’en souffrirait jamais dans Rome. Mais dans les derniers temps, ni l’autorité, ni la sévérité de Brutus, ni la force de ses légions d’Orient ne suffirent pour le rendre propre à conserver cette liberté qu’il lui avait rendue en marchant sur les traces du premier de son nom. Tel fut le fruit de la corruption que la faction de Marins avait répandue. César, qui en était le chef, parvint à aveugler cette multitude au point qu’elle ne vit pas le joug que d’elle-même elle s’imposait*. »

« Il (César) fut le premier tyran de Rome, et la liberté disparut pour toujours*. »

« ... Il fallait redouter le nom de César, qui avait détruit ses ennemis avec tant de gloire, et établi à Rome

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