CHAPITRE PREMIER
sommes de sa pro|)re fortune , indéjiendammcnl de celles que l’Etat lui avait allouées; il emprunta.
Avec son influence sur la place publique, César voyait s’au.^ïmenter aussi son importance aux yeux de Poni[)ée : l’élévation de ce dernier semblait être le but final de César. A peine le triomphe de Pompée sur les pirates fut-il connu à Rome, qu’un tribun, Caïus Jlanilius, homme vénal pour ([ui voulait l’acheter, et vil instrument de la |)iiissance des autres, projiosa une loi ([ui déferait à Pompée la conduite de la guern' contre Jlithridate *.
La proposition de Manilius soulève une vive indignation dans l’aristocratie La puissance donué'c à PomjH'e par cette loi était sans limites : mais il était alors l’iilole populaire. Cicéron et César avaient parlé en faveur de lu loi, parce que ce moyen était le jilns propre de flatter le peuple et de profiter do l’all’eclion qu’il montrait à Pompée. Dans cette nouvelle intrigue. César, qui avait désuni auparavant Pompée et le sénat, réussit à les faire se haïr réciproquement. Un homme, du caractère de Cé.sar seul, pouvait oser tendre les mains à l’élévation inouïe île Pompée, et ne pas craindre en même tenqis pour l’anéantissement de ses propres projets. Il pc'métrait dans l’esprit de Pompée comme dans son propre intérieur. Il connaissait son respect [)Our les formes de l’Etat, et sa crainte de saisir le souverain pouvoir par d’autres moyens que par ceux qui avaient au moins la légalité ou l’apparence de la légalité. Il connaissait son impuissance à se distinguer ailleurs qu’à la guerre, son inajititude à enchaîner la
1. Velltiius PuUtcuIus, liv. II, cli. xxmii. — Diou Cabdius, liv. XWVI, ch. \xv. — PlutarquD, V’i> de Pompee, cb. xxx.
îi. Titc-Live, Épilome, cb. u
M cltsAn.
gr&Rde masse à sa personne d’upe manière continue, et à la guider. Le triomphe final sur une telle personnalité devait rester à un homme qui savait non-seulement vaincre par les armes, mais encore par reqtratnement de sa parole, qui espérait tout , comme il osait tout risquer, pour lequel les formes de l’IStat p’eitisiaient point du moment qu’elles devenaient un empêchement à ses desseins. La dernière élévation de Pompée, ainsi que son éloignement de ftome, était un profit liquide et clair pour César.