‹ Le grand perturbateur romainChapitre 50 sur 277 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

donner à Rabiriiis la possibilité de devenir plus tani accusateur, César ül condamner à mort L. Luscius, qui avait tué trois proscrits, et L. Bollienus, le centurion , qui avait été chargé d’exécuter Lucrèce Ophella. Catilina, accusé d’avoir tué sous la dictature de Sylla,. fut acquitté par L. Luccejus.

Dans cette même année 64, au mois de décembre, P. Servilius Ruilus devint tribun; c’était un débauché ruiné qui se comptait lui-même au nombre de la noblesse. Parmi ses litres était sans doute que son père avait fait servir dans certain repas un sanglier tout entier*. Ruilus proposa une loi par laquelle certaines terres de l’État devaient être vendues et distribuées à des plébéiens; mais Cicéron, qui la combattit dans son discours de tege agrariâ inServilium Rulliim, la fit rejeter. Une loi agraire juste et raisonnable aurait éloigné des mains vénales et ralenti la fermentation de la foule; elle aurait, en outre, servi la cause du parti conservateur. César, au contraire, fut le principal instigateur de cette le.v Servilia, d’aucun profit pour le peuple romain, mais très bien faite pour surexciter la multitude, le servir lui César, attirer la haine sur ses ennemis , et enfin préparer la société à une leæ Julia agraria, loi agraire julienne. Cependant, ce refus inconsidéré de la loi proposée par Ruilus, et qui pouvait être perfectionnée utilement, c’était autant d’imprudence que d’injustice; c’était laisser dans les mains du parti dynastique une arme puissante, et augmenter l’excessive misère de la foule, (pii demandait de fait des secours réels et radicaux. Eu effet, que fit la noblesse? Elle prit parti dans

t. l’iiuf, IlisUiire nalurrllr, liv. VIII, ch. r.JXMii.

CÉSAR

une vulgaire dispute de rang. Le tribun Rosrius Othon avait ix-glé les places des chevaliers au théâtre, lex iiosciu lheatralis; il assignait aux chevaliers romains, le nerf de l’aristocralie d’argent, quatorze rangs de sièges au théâtre, au-dessus de ceux des sénateurs ; et l’éloquence de Cicéron avait fait accepter celte loi

Il n’y eut jamais chez les Grecs de distinction dans les places au théâtre : les magistrats seuls avaient des places privilégiées, et cela était dans l’ordre. *

11 y avait trente-six ans que les tribuns L. Appuléiiis Saturninus et Servius Glaucias s’étaient maintenus par la violence dans leur magistratni'e. Poursuivis et assiégés par les consuls dans le Capitole, ils se rendirent, et furent ext^ cutés dans la Curie Hoslilia. Dans celte année GS, G. Rahirius, sénateur d’un grand âge, qui s’était souvent distingué à la guerre, qui avait participé k l’attaque de la t^nrie, fut accusé de crime capital, pf)ur avoir plus que personne aidé le sénat à comprimer les séditieuses entreprises de Saturninus César parlait par la bouche de T. Atius Labienus, accusateur dans cette affaire. Que voulait César? Enlever au sénat l’antique droit qu’il avait d’armer les consuls de la toute-puissance, et lui ravir par ce moyen son arme capitale contre les perturbateurs de l’ordre public. Cicéron dit à celle occasion : « C’est qu’on veut anéantir celte loi souveraine protectrice de votre majesU* et de votre empire, et que nous avons reçue de nos ancêti'es »

1. Titc-LivB, Ëpilome, ch. xcix. — Pline, Histoire naturelle, Ut. Vil , ch. XTii. — Plutarque, Vie ite Cicéron, ch. xm. — Cicero, Oralio consul, tertio de Othone.

2. Siidtone, Vie de César, ch. xii. — Dion Casai us , Uv. XXXVII,

ch. XXVI.

3. Cicero pro C. tiabirio I. — L'autre Juge était Ludus César, consul de

CIIAPITME II.

Désigné par le sort pour être un des juges de l’accusé. César le condamna avec tant de passion que, devant le peuple, rien ne fut aussi utile à V appelant que la partialité de son juge. Cependant Rabirius ne fut sauvé que parce que le préteur Mélellus Celer enleva le drapeau qui flottait sur le Janicule : cet étendard absent, aucune décision ultérieure ne pouvait avoir lieu. L’affaire n’eut pas de suite, mais elle nous fait voir encore une fois le caractère de César.

Au commencement de l’année 63, on procwla à la nomination d’un ponlifex maximus, dignité laissée vacante par la mort de Q. Métellus Pius, arrivée quelque temps auparavant. Anciennement cette élection se faisait par les autres prêtres du collège; mais par une loi de C. Domitien Ahenobarbe, de l’année 104 avant l’ère vulgaire, le choix d’un ponlifex maximus fut remis au peuple réuni en tribus. Sylla, pendant sa dictature, rétablit l'ancien mode d’élection * qu’enfin G;sar rendit de nouveau aux assemblées populaires pour arriver à ses fins. Il se présenta lui-même comme candidat à cette fonction; et le collège des sacerdotes le préfère, par reconnaissance, à ses compétiteurs Servilius Isauricus et Q. Lutatius Catulus, bien supérieurs à lui par l’âge et par la dignité, tous deux sénateurs, et très-considérés de leurs collègues. En quittant sa mère pour se rendre aux comices, il lui dit en l’embrassant : « Tu me verras revenir grand pontife ou proscrit » « César ne dédaignait pas de flatter même l’homme le plus commun, dit Dion. Il faisait bon marché

l’année précédente, et oncle du triumvir Marc-Antoine. Cétait un homnw d'une grande faiblesse.

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