‹ Le grand perturbateur romainChapitre 81 sur 277 · Velléius Paterculus, Ut. II, ch. xuT · texte numérisé non relu

Velléius Paterculus, Ut. II, ch. xuT

3. Plutarque, Pie d* Cétar, ch. xir. — Appian, Guerree twUn, lÎT. II,

cb. IIT.

CÉSAR

^ l’ordre établi par lui aux calendes de janvier pour recueillir les votes *.

La loi agraire fut le premier résultat du triumvirat et l’imposante preuve de sa puissance : elle sauva l’honneur de Pompée et paralysa l’aristocratie. Le refus du sénat d’entrer en pourparlers fut interprété comme une renonciation à ses droits, et, .dès ce moment, les ro,gations les plus importantes furent adressées directement au peuple. Et César régnait seul. La loi a.graire profita plus à César qu’a Pompée lui-même. Elle lui assurait, dans une étendue plus large et plus profonde, la faveur de la multitude pauvre, et Pompée enfin devint son obli.gé. A partir de celle époque, ses principaux efforts furent de rattacher le plus possible à son sort; il savait que le temps n’était point éloigné où il devait compter sur lui. C’est pour cela qu’il lui donna aussi sa fille. I^a rupture de César avec le sénat était complète ; pendant toute la durée de son consulat, il le prit |ieu en considération, mais porta sans détours les affaires les plus importantes devant le jieuple, affaires sur lesquelles le sénat seul avait à prononcer constitutionnellement. Enfin, il ordonnait et décidait toutes choses dans la ville avec l’arbitraire d’un autocrate, de sa seule et souveraine autorité, si bien que des railleurs, avant de signer leurs lettres, les dataient, par plaisanterie, non du consulat de Ci'sar et de Bibulus, mais du cons.uIat de Jules et de César, faisant ainsi deux consuls d’un seul, dont ils sé|Kiraient le nom et le surnom Le pauvre Bibulus, consi.gné

dans sa propre maison, n’agissait plus, dans son op[K>sition, que par la voie des édits. Le tiibun du peuple Pu-

î. Suétone, Vie de César, ch. »xi.

2. Suétone, Vie de Céear, ch. \x. — Dion Cossius, liv. XXXVIII, ch. vni.

HISTOIRE DE CESAR

blius Valinius le tenait à la lettre consigné dans sa demeure avec ordre de l’arrêter et de le conduire en prison s'il se montrait.

César cependant supportait avec impatience les obstacles qu’on suscitait à l’exécution complète de ses vues; voulant en finir avec ses adversaires, il suborna à prix d’argent le chevalier L. Vetlius, dont Cicéron s’était servi contre Catilina. Cet homme déclara que quelques-uns d’entre eux l’avaient engagé à tuer Pompée et César; amené au Forum, il nomma les prétendus auteurs de ce complot. Mais Vettius accusant sans preuves tantôt l’un, tantôt l’autre, la fraude fut bientôt soupçonnée ; et César, désespérant du succès d’une entreprise aussi imprudente, fut accusé d’avoir fait étrangler le dénonciateur en prison '. On disait qu’il s’était suicidé ; mais son corps avait offert des marques non équivoques de violences et dont parle Cicéron \

Nous avons parlé précédemment d’un outrage fait par Clodius à l'iionneur de César. Ce jeune homme, qui avait eu une intrigue amoureuse avec Pompéia, n’en fut pas moins nommé tribun par César pendant son premier consulat en cette année 59. Cette nomination est un témoignage non équivoque du peu de dignité qu’il y avait dans le caractère de César, qui faisait bon marché de son honneur quand il s’agissait de ses intérêts politiques.

1. Su^lotie. Vie ilt César, cli. x\. — Dion Cas.siiu, I. XXXVIll, ch. IX.

2. r.icero, ht Valiii., II. — IMulariiuc, Vie rie l.iieulliu, ch. xi.ir. — A|iplen, Ctterres riviter, 1, II, ch. xil.

HISTOIIIK UK CË8Alt.

Vers cette épo(|ue, Pùni|)ée avait à cœur de s’acquitter d’unedeüe contractée pendant songouvernementd’Asie, et César lui prêta encore son secours intéressé. Pendant sa campagne de Judée de l’année G3, il avait reçu d’Ëgypte des sommes considérables; le roi de ce pays. Ptolémée Auletés, fils naturel de Lathurus, craignait pour son trône, à cause du testament de son oncle, Alexandre I", d’après lequel Rome devait hériter de l’Égypte. En l’année G5, César avait demandé l’annexion du royaume d’Égypte, et, deux années plus tard, la chose fut de nouveau remise en question lors de la loi agraire présentée par Rullus. Dans sa j)erplexité, Auletés s’adressa à Pompée, mais en même temps il appuya sa requête auprès du consul et d’autres grands avec de l’argent, et César le tranquillisa au commencement de cette année par une décision du sénat et du peuple, par laquelle il fut reconnu comme ami et allié de Rome ; Suétone va même jusqu’à dire que César tira du seul Ptolémée, en son nom et en celui de Pompée, près de G, 000 talents ou 32,400,000 fr.‘. Vers cette époque, César, aidé du sénat, mit Arioviste (prince germain) dans ses intérêts, en lui faisant envoyer des présents de grande valeur. Selon le récit de César, ce chef avait recherché chaudement l’amitié des Romains ; mais la vérité est que, par l’alliance qu’on contracta avec lui, il devait être empêché de s’opposer à la conquête de la Gaule que le consul avait décidé dès cette époque.

R n’est pas facile de déterminer lesquelles des lois appartiennent au premier consulat de César ; mais on

f. Suélooe, Vie de César^ ch. liv.

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HISTOIRE DE CÉSAR

sait que la lex Julia de pecimi/s repetundis, date de l’année 59. Cette loi punissait l’attribution illégale de choses par des fonctionnaires provinciaux et leur suite, par des magistrats municipaux (|ui auraient mésusé de leur position, de leur autorité ou de leur influence. I.e citoyen romain, le provincial et l’allié qui dépendait de ces fonctionnaires et magistrats, ou qui était en rapport avec eux, devait être misa l’abri d’une décision partiale ou arbitraire en cas de discussions; le trésor devait, par cette oi, être sauvegardé de pertes, et l’État en général des préjudices d’une administration civile et judiciaire exercée sans conscience. La loi prescrivait les frais de voyage et les appointements des gouverneurs, ce qu’on leur devait en logement»,- dépendances, bois et sel, et ce qui revenait aux gens de leur suite, leurs subordonnés et leurs acolytes ; elle ordonnait encore les écuries et le fourrage pour leurs chevaux et leurs bêtes de somme. Cette loi ne touchait donc en rien les chevaliers ; elle fut louée par Cicéron qui ne voyait pas qu’elle atteignait les grands, tandis que le rusé César cherchait à éloigner tout soupçon sur les intentions qu’il avait d’agir dans les provinces selon son bon plaisir. Cette loi déterminait encore que tout gouverneur ne devait point franchir les limites de sa province, ni les laisser franchir à son armée, ni entreprendre de guerre, ni enfin s’immiscer dans les affaires des États voisins, sans en avoir reçu l’ordre soit du peuple, soit du sénat. Il ne lui était point, non plus, permis de demander de bas or comme subside aux dépenses de son triomphe, si le sénat n’avait auparavant autorisé cette demande. En quittant son gouvernement il devait déposer des comptes dans deux

HISTOinE l)E CKSAU.

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villes de sa province et un autre parfaitement identique au trésor public'.

Le tribun stipendié, P. Valinius, proposa plusieurs rogations qu’on peut attribuer directement à César : telle est la lex Yatinia de aliénas consiliis rejiciendis. Elle permettait non-seulement de ne pas récuser certains juges, mais elle donnait la latitude au plaignant et à l'accusé de récuser à la fois tous les juges. César fit encore voter d’autres lois qui lui étaient entièrement personnelles et qui diminuaient l’autorité du parti conservateur, lois que leur auteur était déterminé à ne pas observer pour son propre compte; et tandis que ces lois étaient discutées, il ne cessait de caresser et de s’attacher le peuple par les moyens ordinaires et vulgaires qui mènent à la popularité. Il empruntait de nouvelles sommes, donnait des jeux, des combats d'animaux et d’autres divertissements à la multitude, qui surpassaient tout ce (ju’on avait vu auparavant dans ce genre*. Il s’agissait en ce moment pour lui d’obtenir le gouvernement d’une province qu’il avait convoitée depuis longtemps. Tous ses efforts tendaient à obtenir cette province avec les pouvoirs les plus illimités, pouvoirs qui devaient le faire acheminer au but vers lequel il avait tendu toute sa vie. Tandis qu’il se donnait l’apparence de ne rien vouloir pour lui, qu’il se disait satisfait de sa position, d’autres le louaient comme l’homme le plus indispensable et le pins capable. Ses amis propo-

1. Plulart|uc, Vie de CaUm mm., di. xwviH. — Dinn Ca«iu*, 1. XXXIX, r|i. xxm. — r.icero, ad Atiic. <», 7. Lettret fam., il, 17, v, 20; in Piion.y 25 .

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